Edouard Graham

  • Conçu en 1968 pour la télévision afin de promouvoir l'album Beggars Banquet, le Rolling Stones Rock and Roll Circus connaît un destin singulier. Les images tournées en studio alternent, sous le chapiteau dressé, musique rock et numéros de cirque dans une ambiance festive et chaotique. Avant Mick Jagger et ses comparses, des artistes pop, spécialement invités pour l'occasion, montent sur scène : John Lennon, Yoko Ono, Eric Clapton, Marianne Faithfull, les Who, Taj Mahal etc.
    Insatisfaits de leur propre prestation, les Stones renoncent néanmoins à toute diffusion. S'ensuit alors un black-out de vingt-huit ans. Quand le film de Michael Lindsay-Hogg paraît en 1996, il documente une époque à présent révolue. On y voit l'énergie créatrice et l'esprit communautaire prévaloir sur un show-business désormais standardisé.

  • Joni Mitchell n'a cessé, en quarante ans d'un parcours de pionnière, d'être là où on ne l'attend pas. Elle conquiert à vingt-cinq ans la Californie du Flower Power avec des chansons qui transcendent le folk. L'amplitude de sa voix cristalline, son lyrisme, les accordages spéciaux qu'elle forge à la guitare et l'originalité de ses compositions fascinent un Eric Clapton ou un Jimi Hendrix. Mais si Mitchell a écrit « Woodstock », elle défriche bientôt d'autres terres - rock, jazz, fusion et même world music. Dès les années quatrevingt, elle développera une critique virulente de la cupidité et du consumérisme, plus que jamais d'actualité. En dix-neuf albums studio, celle qui a joué avec Herbie Hancock et Peter Gabriel, inspiré Prince ou Björk, a modifié le cours de l'histoire de la musique.

  • Un exemplaire des Fleurs du mal dédicacé par Baudelaire à Vigny, une lettre autographe de Mallarmé à Huysmans, des poèmes de Barbey d'Aurevilly calligraphiés par Léon Bloy... Nombreux sont les échanges manuscrits entre écrivains que conserve la bibliothèque de littérature française Jean Bonna. De ces rêves de collectionneur, Passages d'encre présente un choix qui court du Second Empire à la Belle Époque. Ces pièces d'exception sont décrites ici au plus près de leur matérialité imprimée et manuscrite, et abondamment reproduites. Chacune apporte un éclairage particulier sur la nature des liens qui se nouèrent entre les figures littéraires d'une époque fascinante, ou entre celles-ci et leur entourage familial ou sentimental. De la genèse d'une oeuvre jusqu'à sa diffusion, de l'écrivain à son destinataire, sans omettre artistes, graveurs, éditeurs, imprimeurs, etc., tous les vecteurs et acteurs de la scène littéraire sont évoqués. A partir de ces signes tracés en marge de l'imprimé, le volume esquisse une cartographie des transmissions d'auteurs - depuis Nerval jusqu'à Jarry - et questionne les démarches stratégiques, sociales ou intimes qu'elles traduisent. Dix-neuf " réseaux " présentant quelque cent vingt livres et manuscrits exceptionnels sont ainsi proposés. La plupart se déploient autour d'un auteur phare, qu'il soit l'émetteur d'un exemplaire dédicacé ou d'une lettre, ou son destinataire. Outre leurs qualités bibliophiliques - reliures et grands papiers, qui participent également de la " cérémonie du don " sur les exemplaires dotés d'envois -, les livres rencontrés ici recomposent cinq décennies d'effervescence créatrice. De plus, des lettres autographes d'écrivains tels que Corbière et Jarry sont reproduites pour la première fois.

  • Partir de 1909 - année de publication de L'enchanteur pourrissant - jusqu'à sa mort en 1918, Guillaume Apollinaire occupe une place centrale au sein des nouveaux courants poétiques et artistiques. Également critique d'art, il campe sur la ligne de front de la peinture moderne dont il promeut les recherches. Certains de ses recueils sont le fruit du dialogue entre le poète et ses amis peintres (Derain, Dufy) : des relations inédites s'y nouent entre le texte et l'image. De cette occurrence de la «modernité», la bibliothèque Jean Bonna conserve des jalons essentiels, éditions originales et dédicaces, qui témoignent du rôle d'Apollinaire au coeur du mouvement. Ce faisceau de signes autographes (envois, mais aussi lettres adressées ou reçues par le poète) témoigne d'autant de rencontres, d'amitiés et parfois d'amours (Sonia et Robert Delaunay, Marie Laurencin, Marcoussis, Metzinger, Picabia). A partir de cet ensemble, Édouard Graham se propose d'esquisser un parcours de l'esthétique d'Apollinaire, et de retracer le rôle essentiel qu'il joua dans la diffusion des courants artistiques et littéraires de son temps. Ce volume, suivant Passages d'encre paru chez Gallimard qui recensait déjà une partie des pièces rares conservées dans la bibliothèque de Jean Bonna, contient de nombreuses reproductions inédites de documents uniques.

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