Laura Bossi

  • Jusqu'au XVIIe siècle la mort est le « grand passage » vers une vie meilleure. Elle est devenue, avec la science moderne, un processus. On meurt par degrés, « peu à peu et par parties » (Buffon) ; un organe peut mourir le premier et entraîner la mort de l'organisme (Bichat) ; dans un organisme « mort », des organes ou des cellules peuvent survivre plus ou moins longtemps.
    À la fin des années 1960, avec le développement des techniques de réanimation et des greffes d'organes, la médecine propose une nouvelle définition de la mort fondée sur la perte complète et irréversible de l'activité cérébrale Pour la première fois les critères de la mort ne sont plus destinés à s'assurer qu'une personne vivante ne soit considérée comme morte, mais visent au contraire à accélérer la mutation du patient en cadavre, pour en permettre le prélèvement d'organes.
    La majorité des pays ont modifié leur législation pour permettre de déclarer légalement morts ces patients en état de mort cérébrale, désormais la principale source d'organes pour les greffes. La mort relève ainsi d'une décision médicale, fondée sur des critères d'utilité des « pièces détachées » de la dépouille.
    Mais l'inadéquation entre l'offre et la demande d'organes, due au développement des greffes, leur « pénurie », pousse aujourd'hui à avancer encore un peu plus la frontière entre la vie et la mort. De nouveaux protocoles dits « contrôlés » de prélèvement à coeur arrêté sont pratiqués dans de nombreux pays (États-Unis, Canada, Royaume Uni ou Pays Bas..) sur des personnes dont l'état conduit à en décider l'arrêt des soins de réanimation.
    L'arrêt du soutien vital entraîne à terme un arrêt cardio-circulatoire, et la mort est déclarée dans un délai de quelques secondes. Les organes sont alors prélevés.
    L'irréversibilité de la mort ne serait plus liée à la condition physiologique du mourant, mais à la décision de ne plus le réanimer.

  • Eclipse de l'âme. Une disparition si singulière appelle à la réflexion. Le mot très ancien se serait-il usé à force de trop signifier ? Faudrait-il le ranger définitivement au grenier des idées désuètes ?

    L'auteur propose de revenir sur les théories et les " modèles " que les philosophes, les théologiens, les médecins et les hommes de science ont proposés, et parfois soumis à l'expérimentation pour penser l'âme, d'en retracer les origines parfois très anciennes, et d'en suivre les avatars dans l'histoire naturelle de l'Homme. Tout cela afin de retrouver le moyen de penser notre " place " parmi les autres êtres " animés ", les relations entre notre " âme vitale " et notre " âme pensante ", de penser les problèmes de la vie, la mort, et de la frontière entre les deux.


    Table des matières Introduction : L'éclipse de l'âme 1 -- Les animaux, les animés : bêtes divines, métamorphoses, chimères, théogamies -- Métempsycoses et autres choses -- L'âme en forme d'animal, oiseau ou papillon -- Du paradis et des jardins zoologiques 2 -- La grande échelle des êtres : Un monde si plein de tant de choses -- Des pierres et des anges -- La Renaissance, les mondes infinis -- Descartes et l'âme des bêtes -- Les Lumières, chaînons manquants, taxinomies -- Les Romantiques, l'échelle en mouvement -- Le surhomme 3 -- L'arbre de l'évolution : Arbre buissonnant -- Un ancêtre commun -- Arbre généalogique, arbre de vie 4 -- L'animal qui est en nous : Ces dangeureux organes -- Les trois âmes -- L'âme et la bête -- Un message du fond des âges 5 -- Histoire de singes : Humain trop humain -- Le singe et la chute d'Adam -- La transformation du singe en homme 6 -- Principium individuationis : Un et indivisible -- Du simple au complexe -- Mortel, immortel 7 -- Le futur de la mort : Les signes de la mort -- La mort morcelée -- La mort cérébrale -- Euthanasie -- Eradiquer la mort ?

    Conclusion : Repenser l'âme, un plaidoyer pour l'homme ?

    Bibliographie -- Index

  • Le XIXe  siècle a connu un développement sans précédent des sciences naturelles. Si les grands voyages d'exploration témoignent de la diversité du monde et de la variété des espèces vivantes, la géologie dévoile l'inimaginable antiquité de la terre, et l'étude des fossiles révèle les prémices de la vie et l'existence d'espèces disparues, dont les dinosaures. La découverte de l'homme préhistorique questionne tout autant : comment le représenter ? Qui était le premier artiste ? Dans la seconde moitié du siècle, Darwin et ses adeptes interrogent les origines de l'homme, sa place dans la Nature, ses liens avec les animaux ainsi que sa propre animalité dans un monde désormais compris comme un écosystème. Ce bouleversement dans les sciences, ainsi que les débats publics qui traversent le siècle, in?uencent profondément les artistes. L'esthétique symboliste de la métamorphose se peuple alors de monstres et d'hybrides. L'in?niment petit, la botanique et les profondeurs océaniques inspirent les arts décoratifs. À la croisée des sciences et des arts, cet ouvrage confronte les principaux jalons des découvertes scienti?ques avec leur parallèle dans l'imaginaire.

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