Libertalia

  • En mai-juin 1936, une vague de grèves éclate en France, juste après la victoire électorale du Front populaire. Elle atteint son apogée le 11 juin avec près de deux millions de grévistes. La revue syndicaliste La Révolution prolétarienne publie alors, sous pseudonyme, un article devenu célèbre de Simone Weil qui donne tout à la fois une description accablante de la condition ouvrière dans la métallurgie - le secteur le plus en pointe dans le conflit - et un éclairage inégalé sur la nature et le climat de ces grèves en soulignant leur caractère inédit : les occupations d'usines.
    En reprenant trois articles, il s'agit de mettre en avant la lucidité et le génie d'une philosophe qui n'hésita pas à se faire ouvrière, et de rappeler que la grandeur et l'importance des combats ouvriers.

  • La Fabrique du Musulman propose une réflexion originale sur la confessionnalisation et la racialisation de la question sociale en France. En revenant sur les processus à l'oeuvre depuis une quinzaine d'années, cet essai souligne le rôle des politiques, toutes tendances confondues, dans la propagation d'une fièvre identitaire qui brouille les clivages économiques et sociaux.

  • Le 1er janvier 1994, en s'emparant, armes à la main, de plusieurs grandes villes de l'État du Chiapas, dans le sud du Mexique, les rebelles zapatistes ont donné à voir la réalité dans laquelle vivent des centaines de milliers d'Indiens mexicains. Réclamant la reconnaissance de leurs droits et de leur identité, ils ont remis sur le devant de la scène internationale l'un des aspects de la mondialisation : l'écrasement des peuples indigènes par la machine capitaliste. Dépossédés de leurs terres, délaissés par les programmes publics de santé et d'éducation, victimes d'une répression implacable, les peuples indiens font partie des laissés-pour-compte du libéralisme. Ce livre entend donner un aperçu des réalisations concrètes de ce projet de société que les zapatistes appellent « autonomie ».

  • « Dans un pays où la police parle bien plus de ses droits que de ses devoirs, quel espace de liberté peut bien subsister pour les citoyens ?
    Ces droits revendiqués par les policiers ne peuvent que signifier, parallèlement, le renoncement à la critique quant à la qualité de leurs activités. Lorsque la parole du policier ne peut être réfutée, c'est toute la liberté d'expression qui se trouve mise en cause [.]. Il est nécessaire que des témoins ou des observateurs se fassent entendre. C'est le rôle qu'a tenté de jouer, depuis le printemps 1994, l'Observatoire des libertés publiques et son bulletin mensuel Que fait la Police ? Avons-nous réussi à décrire les aspects malfaisants de la police et à sensibiliser les esprits ? Peut-être pour une minorité. Sans doute pas pour le plus grand nombre. Est-ce une raison pour renoncer ? Sans doute pas ! »

  • Ce petit livre invite à relire de manière originale la première phrase du Capital de Marx.
    À contre-courant du marxisme orthodoxe, Holloway montre que Marx ouvre sa critique de l'économie politique à partir de la « richesse » et non pas de la « marchandise ». Cette lecture minutieuse conduit à ne pas considérer la « marchandise » comme un fait accompli dont nous ne pourrions nous défaire.

  • Il y a quarante ans, en juin 1969, le militant communiste brésilien Carlos Marighela rédigea le Manuel du guérillero urbain. Convaincu que seule l'action armée pourrait mettre fin à la dictature militaire au pouvoir depuis le coup d'État de 1964, il livra dans cet opuscule nombre de conseils pratiques à l'attention des ouvriers et étudiants révolutionnaires de son pays. Abattu en novembre 1969, il a payé de sa vie son engagement dans la guérilla urbaine.

    Ce texte est un document politique important. Il contredit la théorie du foco, donc du foyer révolutionnaire en milieu rural, conceptualisée par Che Guevara et Régis Debray. Il illustre une certaine vision de la période post-68 et s'inscrit dans un contexte particulier : celui de la radicalisation de certaines franges de la gauche à l'heure de la dénonciation de l'impérialisme et des luttes tiers-mondistes, celui des "années de plomb" et de la lutte armée en Italie, en Allemagne, en Irlande, mais aussi au Proche-Orient et en Amérique du Sud.

    Interdit par le ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin lors de sa première publication en France sous le titre Pour la libération du Brésil, il fut immédiatement réédité par un collectif de 23 éditeurs (Flammarion, Robert Laffont, Minuit, Maspero, Gallimard, Grasset, etc.).

    Dans une longue préface, le sociologue Mathieu Rigouste (auteur de L'Ennemi intérieur, La Découverte, 2009) démontre que le texte a eu une circulation paradoxale : il a en effet inspiré les théoriciens de la contre-guérilla à l'initiative du plan Condor. L'histoire éditoriale saisissante de cet ouvrage est développée en postface.

    « Toute personne hostile à la dictature militaire et désireuse de la combattre peut faire quelque chose, pour modeste que soit son action. Ceux qui, après avoir lu ce manuel, auront conclu qu'ils ne peuvent rester passifs, je les invite à suivre les instructions que je propose et à s'engager tout de suite dans la lutte. Car en toute hypothèse et dans toutes les circonstances, le devoir du révolutionnaire est de faire la révolution. »

  • Nées sous le signe de la révolte et de la volonté d'« arracher la joie aux jours qui filent » (Maïakovski), les éditions Libertalia ont lancé, à l'automne 2008, une petite collection d'agit-prop intitulée « À boulets rouges ». C'est à Ricardo Flores Magon, poète et révolutionnaire mexicain, que revint l'honneur d'ouvrir le bal avec les picaresques Propos d'un agitateur. Le premier tirage du livre (1 500 exemplaires) étant épuisé, nous proposons avec ravissement une nouvelle édition actualisée et complétée.

  • Ce livre est la première enquête sur la multinationale Vinci et s'inscrit dans le cadre du mouvement de résistance à la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

  • L'auteur explique que la peur est un outil politique fondamental pour les classes dominantes. Transformée en marchandise, elle constitue le secteur d'activité d'idéologues organisés pour vendre ces produits aux gouvernements et aux complexes industriels. Le cas du haut fonctionnaire et consultant en sécurité Alain Bauer est notamment évoqué.

  • Instaurant des services publics à crédit, démantelés, vite ravagés, les partenariats public-privé (PPP) lèguent des cadeaux empoisonnés aux effets désastreux sur les finances des collectivités territoriales. L'opacité des contrats appuyés sur les marchés financiers profite aux géants du BTP (Vinci, Bouygues, Eiffage) et aux banquiers, les usagers devant nourrir les dividendes de leurs actionnaires.

  • Au premier tour de l'élection présidentielle, le 22 avril 2012, Marine Le Pen a recueilli un million de voix de plus que son père et Bruno Mégret dix ans auparavant. Cette nouvelle avancée de l'extrême droite en France ne constitue pas un phénomène isolé en Europe : les « partis frères » du FN frôlent ou dépassent les 10 % dans une douzaine d'États, de l'Ouest à l'Est du continent.
    Plusieurs d'entre eux participent déjà au pouvoir ou pourraient y parvenir prochainement.
    Comment s'explique cette percée, particulièrement sensible dans l'électorat populaire ? Que recouvre le « nouveau discours » de ces formations ? Pourquoi sont-elles passées de l'antisémitisme à l'islamophobie ? Quel rôle joue dans leur ascension la « mise en flottement » des identités traditionnelles ? Leur nationalisme répond-il à la peur de la mondialisation ?

  • La nomination de l'ex-patron de Charlie Hebdo à la direction de France Inter fut l'apothéose d'une décennie de réalignements idéologiques.
    Entre 1999 et 2009, Philippe Val a en effet reconsidéré nombre de ses points de vue, passant de la gauche altermondialiste à la récitation de psaumes conservateurs. Pour accompagner ce réaménagement, il a mis au point une méthode consistant à disqualifier ses éventuels contradicteurs par des imputations extravagantes. L'éditorialiste qui déclarait naguère qu' " à chaque fois que l'on recule, à chaque fois qu'on est prudent à l'intérieur de nos États de droit, on perd l'estime de ceux qui nous font reculer (...) car devant eux nous piétinons nos propres valeurs " s'est ainsi gagné assez d'estime, à droite, pour être promu à la direction d'une radio d'État sous le règne de Nicolas Sarkozy, et ce n'est même pas drôle.

  • Les grèves des travailleurs sans papiers des dernières années ont été l'occasion d'un renversement de l'argumentation dominante.
    Ni misérables ni profiteurs, les grévistes clament leur intégration au salariat et révèlent toute la contradiction de leur situation illégale. Soumis aux formes les plus brutales de subordination, les sans-papiers développent une série de tactiques et de résistances dont l'action collective est le prolongement. A l'heure où les conflits sociaux sont mis à mal par une précarisation généralisée du salariat, la lutte de ces précaires parmi les précaires peut servir d'enseignement.

  • « Les journaux et magazines «de référence» publient régulièrement de longues exhortations à «réduire la dépense publique», et des anathèmes contre «la France des assistés».

    Mais depuis trente ans, ces mêmes publications sont littéralement gavées de millions d'euros d'aides publiques - qui ne servent à rien, puisque la presse écrite continue de s'enfoncer dans une crise structurelle. Mais qui représentent jusqu'à 12 % de leur chiffre d'affaires.

    Cette gabegie, documentée par de nombreux rapports, est de celles qui font généralement, pour les journalistes spécialisés dans la chasse à l'«assistanat» et aux «gaspillages», un scandale réussi.?

    Or la révélation que le contribuable nantit la presse écrite de gigantesques subventions ne leur inspire aucun commentaire. Car ici, le silence est d'or : l'éditocratie sous perfusion l'a parfaitement compris, qui continue de faire sponsoriser par l'État ses incessants appels à diminuer la dépense étatique. »

  • Depuis près de dix ans, les cheveux des femmes musulmanes sont devenus ce qu'il est convenu d'appeler un enjeu politique majeur, et leur dévoilement fait désormais partie des priorités les plus impérieuses.
    C'est de ce dévoilement forcé, et de son incroyable violence, qu'il est question dans ce livre, mais pas seulement. Car ce que ne soupçonnent pas les chasseurs de hijab, de niqab ou de burqa, c'est qu'au moment même où ils s'évertuent à dévoiler les femmes musulmanes, ils accomplissent de manière beaucoup plus intégrale et obscène leur propre dévoilement. C'est un certain féminisme, un certain laïcisme, mais aussi une certaine idée de la République et de son école, et enfin une certaine idée de l'intellectuel et de sa mission, qui apparaissent, à l'occasion de ces "affaires de voiles", dans leur effrayante nudité - autoritariste, raciste, sexiste.

  • Lip, grande fabrique de montres à Besançon, vécut en 1973 une lutte exemplaire. Celle-ci déboucha sur une autogestion innovante. Ce conflit, dont on fêtera bientôt le quarantième anniversaire, fut très médiatisé à l'époque. En revanche, la minutieuse construction du collectif au sein de l'entreprise est peu connue. Syndicaliste et porte-parole des Lip, Charles Piaget (né en 1928) a été l'un des principaux acteurs de ces luttes. Il poursuit aujourd'hui encore son combat pour davantage de justice sociale.

  • Au cours des six mois qui ont précédé l

  • L'affaire dite « de Tarnac », en novembre 2008, a révélé au grand public l'existence d'un arsenal législatif censément destiné à lutter contre le terrorisme.
    Mis en place à partir de 1986 par les gouvernements de gauche comme de droite, il a trouvé une nouvelle légitimité depuis les attentats du 11 septembre 2001 et de nouveaux moyens dans les dispositifs européens. Bien avant Tarnac, il a permis d'arrêter, dans l'indifférence générale, des centaines de prétendus « islamistes », le plus souvent relâchés après de longs mois de détention. Ce sont maintenant des militants révolutionnaires qui font les frais de textes sans cesse révisés et durcis.
    L'auteur analyse ici les mécanismes et la signification de cette « terrorisation démocratique » qui concerne et vise désormais toutes les formes d'opposition au système capitaliste.

  • Ricardo Flores Magon (1873-1922) fut l'un des principaux théoriciens de la Révolution mexicaine. Responsable du journal Regeneración, il incarne la tendance radicale, anarchiste et poétique des mouvements qui combattaient pour la terre et la liberté (Tierra y Libertad). Le mouvement zapatiste contemporain de Marcos et la toute récente Commune de Oaxaca (2006) doivent beaucoup à cette pensée allégorique.

  • En 2005, Alain Finkielkraut explique à des journalistes que l'équipe de France de football n'est plus « black-blanc-beur », comme lorsqu'elle avait remporté la coupe du monde en 1998, mais qu'elle est devenue « black-black-black », et que cela fait « ricaner » l'Europe entière.
    Dix ans plus tard : Alain Finkielkraut fait son entrée à l'Académie française.
    Par la grâce de l'assouplissement des limites de ce qui pouvait être publiquement énoncé, une petite clique de clercs de médias et de démagogues de métier - d'Ivan Rioufol à Éric Zemmour, d'Élisabeth Lévy à Philippe Val, de Nicolas Sarkozy à Manuel Valls - a procédé, en l'espace d'une dizaine d'années, à une droitisation générale du débat public - où de conséquents pans de la gauche ont, de fait, malheureusement, également succombé.

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