Noir Sur Blanc

  • Faux Poivre relate l'histoire de la famille de Monika Sznajderman. Une histoire qu'elle a longtemps ignorée et qu'elle découvre grâce à des photos envoyées d'Australie par des parents dont elle ne connaissait même pas l'existence.
    Pour la sociologue polonaise Barbara Engelking, spécialiste de l'Holocauste, c'est « un livre extraordinaire qui montre l'enchevêtrement des histoires ayant fait la Pologne.
    L'auteure reconstitue le destin de ses aïeux juifs, trouvant des traces de leur existence dans les journaux, les archives d'infimes indices éparpillés entre le ghetto de Varsovie, Radom et jusqu'à l'Amérique et l'Australie. Elle présente avec le même soin les parents et ancêtres de sa mère, issus d'une pittoresque famille de la noblesse polono-saxonne. Leur histoire se déroule à Varsovie, à Moscou, en Volhynie, sur les domaines et les grandes villes que bouleversaient les Années folles.
    Monika Sznajderman évoque ces deux mondes avec une égale dévotion, nous faisant prendre conscience à la fois de la fugacité de l'existence et de la complexité des identités polonaises, ainsi que de la valeur et du sens de la mémoire. »

  • Joseph Czapski (1896-1993) a vécu de nombreuses vies au cours de sa longue existence. Étudiant à Saint-Pétersbourg pendant la Révolution russe, il s'installe à Paris durant les Années folles et devient peintre. Officier de réserve dans l'armée polonaise, il lutte contre l'envahisseur nazi dès les premières semaines de la Seconde Guerre mondiale. Mais il est fait prisonnier par les Soviétiques. Enfermé au camp de Starobielsk, il est l'un des très rares détenus à avoir échappé au massacre de Katyn (Voir Proust contre la déchéance et Souvenirs de Starobielsk, chez Noir sur Blanc et Libretto, ainsi que Terre inhumaine repris dans la « Bibliothèque de Dimitri »).
    Czapski n'est jamais retourné en Pologne après la guerre.
    Installé en région parisienne avec sa soeur et les intellectuels de la revue polonaise Kultura, il a travaillé sans relâche à faire connaître le sort de sa patrie soumise au totalitarisme.
    Personnalité publique de tout premier plan, il a donné sens à sa vie grâce à la peinture. Également peintre, Eric Karpeles révèle ici la complexité de Czapski en assemblant tous les fils de cette vie remarquable.

  • À Saint-Pétersbourg, les bolcheviks ont déjà gagné la guerre civile. Mais en Sibérie, à l'extrême est de la Russie, les Iakoutes résistent et tentent un dernier assaut contre l'Armée rouge. En 1922, le général Anatoli Pepeliaïev, poète à ses heures, défenseur de la justice et de la liberté, rassemble les soldats dispersés de l'Armée blanche et met sur pied un détachement de volontaires pour soutenir l'insurrection iakoute.

    Face à lui se dresse un commandant de l'Armée rouge, Ivan Strod, anarchiste et futur écrivain à succès. Lui aussi est une figure énigmatique de la révolution de 1917. Les deux hommes, guidés par des idéaux très proches, sont devenus ennemis par la force du destin.

    Dans cet épisode méconnu de la guerre civile russe, Youzefovitch dépeint les passions humaines : l'amour et la souffrance individuelle qui se cachent derrière les idéologies, la soif de justice, mais aussi l'ambivalence des personnages, tout à la fois oppresseurs et victimes. Au coeur du récit, la rivalité tragique des deux héros, dans les neiges de Sibérie, se révèle comme une captivante histoire de vie, d'amour et de mort.

  • Soixante-quinze ans ont passé depuis le jour du débarquement de Normandie. Ce petit matin de juin, la plus grande invasion par la mer jamais organisée dans l'Histoire allait s'avérer cruciale dans le dénouement de la Deuxième Guerre mondiale.   La bataille, aux dimensions épiques, impliqua 156 000 hommes, 7 000 bateaux et 20 000 véhicules blindés. Les événements du 6 juin 1944 furent menés par des individus héroïques, qui combattirent jusqu'à ce que les défenses allemandes soient détruites. C'est l'histoire de ces hommes (alliés, allemands, français) qui est racontée ici.   Pour évoquer les événements du D-Day, Giles Milton rapporte les récits des survivants : le jeune conscrit allié, le défenseur d'élite allemand, le résistant français. Depuis les stratèges du QG jusqu'aux soldats de la Wehrmacht dans les bunkers, D-Day : Les soldats du débarquement évoque avec force la terreur absolue de ceux qui étaient pris au piège de la ligne de front de l'Opération Overlord. Milton donne également la parole à ceux que l'on n'avait jamais entendus : la fille du boucher du village, la femme du commandant du panzer, le chauffeur du général.   Un ouvrage magistral.

  • L'art du reportage se porte toujours à merveille en Pologne, de nouveaux noms apparaissent, les champs d'investigation se renouvellent d'année en année. La jeune génération ne cesse pourtant d'évoquer toujours la même source d'inspiration : Ryszard Kapuscinski et Hanna Krall, considérés comme les inventeurs du reportage moderne, dans sa branche la plus littéraire.
    Soumis à un contrôle permanent et sévère, le reporter de l'époque communiste ne pouvait témoigner de la réalité qu'en déguisant le contenu de son texte. Puisqu'il était interdit de critiquer le système dans son ensemble, il fallait se tourner vers les destins individuels, vers le détail qui prendrait soudain une signification plus large, plus universelle, voire métaphorique. « Nous disions du reportage qu'il était l'art de voir la mer dans une goutte d'eau », rappelle le grand opposant Adam Michnik.
    Réunir en un seul volume les deux grands noms du reportage polonais (que liait par ailleurs une amitié réelle) permettra de faire découvrir leurs textes les plus anciens, datant de la période communiste, totalement inconnus à l'étranger, en dépit d'une qualité littéraire remarquable.
    Il est frappant de constater combien les récits-reportages de ces deux auteurs se complètent. Kapuscinski évoque les années soixante, Krall les années soixantedix, mais l'un et l'autre abordent souvent les mêmes thématiques et témoignent d'une grande empathie face aux plus démunis, aux victimes du système.

  • À l'occasion du XXe anniversaire de sa mort, voici la première biographie en France du grand poète polonais Zbigniew Herbert (1924-1998). En s'appuyant sur nombre d'archives inédites, Brigitte Gautier retrace la vie de « ce poète de l'ironie historique » (Czeslaw Milosz), qui est l'objet d'une immense ferveur en Pologne, mais aussi en Allemagne, en Italie, en Angleterre et aux États-Unis.
    Zbigniew Herbert est né en 1924 dans la ville de Lwow (aujourd'hui Lviv en Ukraine). Après une enfance heureuse, il fait l'expérience tragique de la mort de son jeune frère, de l'invasion soviétique de 1939, puis allemande de 1941, avec leur cortège d'atrocités. Au lendemain de la guerre, sa famille s'installe à Gdansk - l'est de la Pologne ayant été annexée par l'URSS. Tandis qu'il mène de front des études de droit, de commerce et de philosophie, Herbert écrit des poèmes « pour son tiroir » : il reste sourd aux séductions du pouvoir stalinien. Ce n'est qu'avec le tournant de 1956 qu'il peut enfin donner sa mesure : il publie son premier recueil, Corde de lumière, que le public reçoit comme une bouffée d'oxygène. Suivront Hermès, le chien et l'étoile (1957), Étude de l'objet (1961), Inscription (1969), Monsieur Cogito (1974). Mettant à profit les ambiguïtés du système, il parviendra à voyager en Occident : il y nouera des amitiés, y vivra des amours et en rapportera des pages incomparables sur l'art et la culture. Herbert a toujours considéré le communisme comme un totalitarisme aussi néfaste que le nazisme. Le public polonais lui en sait gré, et le poète en reçoit une reconnaissance éclatante quand, déjà célèbre, il met tout son prestige dans la lutte contre le régime du général Jaruzelski et publie à Paris, en 1983, son recueil Rapport de la ville assiégée.
    Il meurt alors que bien des voix avançaient son nom pour le prix Nobel de Littérature.

  • Née de la rencontre d'un historien et d'une illustratrice ayant l'un et l'autre vécu à Varsovie, cette « histoire d'une métropole » vient combler un vide en même temps qu'elle invente une approche nouvelle, où l'image questionne, bouscule et parfois contredit la narration, en particulier sur les sujets de société les plus actuels. Cette histoire de Varsovie à l'époque moderne et contemporaine est racontée à travers dix chapitres transversaux, touchant notamment à l'habitat, au travail, à la culture, aux genres et aux minorités, aux déplacements, à la consommation, aux blessures de l'histoire, aux visions de l'avenir. Depuis l'ouverture de la ligne ferroviaire qui la relia à Saint-Pétersbourg en 1862, Varsovie s'est trouvée au coeur des échanges économiques et culturels entre l'Europe et la Russie. Devenue métropole, elle fut un lieu unique d'expérimentation de toutes les idéologies modernes, des plus progressistes aux plus mortifères. En soulignant les cassures violentes de cette histoire, mais également les continuités, l'objectif de l'ouvrage est de dépasser certaines idées reçues sur une ville qui n'apparaît bien souvent qu'à travers le prisme de la guerre, de l'Holocauste et de la répression communiste.
    Varsovie Métropole permet de mieux comprendre les forces et les mouvements qui ont fait la ville d'aujourd'hui, passionnante et paradoxale. En mêlant histoire et sciences sociales, critique de l'urbanisme et de l'architecture, le livre vient combler un manque pour tous les spécialistes de ces disciplines, mais aussi pour les voyageurs désireux d'en savoir un peu plus.

  • Joseph Czapski (1896-1993), peintre polonais, écrivain et témoin éminent des tragédies de son temps, a donné durant l'hiver 1940-41 des conférences sur Proust pour ses codétenus au camp de prisonniers de guerre soviétique de Griazowietz. Il ne pouvait alors s'appuyer que sur sa seule mémoire. Quelques notes manuscrites témoignent de cet exercice extraordinaire : Czapski a consigné dans des cahiers des noms, des mots-clés et des citations, en polonais et en français, qu'il a organisés visuellement par des lignes et des couleurs. Dans sa recherche de La Recherche du temps perdu, on verra comme la mémoire du lecteur et la main du peintre ont su coopérer.
    Les notes prises au camp de Griazowietz (distinctes du texte Proust contre la déchéance, mis en forme immédiatement après la guerre) sont ici pour la première fois reproduites, déchiffrées et traduites. Le processus de leur composition par Czapski est reconstitué et contextualisé. Dans un second temps, on découvrira l'importance exceptionnelle de l'oeuvre de Marcel Proust pour Joseph Czapski à travers maints passages inédits de son journal intime.

  • Dans les années 1976-1977, alors qu'il est correspondant à Paris pour le quotidien de Montréal La Presse, Louis-Bernard Robitaille se rend à plusieurs reprises en Europe de l'Est. Ses voyages sont le point de départ des quatre textes de cet ouvrage, consacrés à Berlin-Est, à Prague, à Varsovie et à Moscou et Tbilissi. L'atmosphère particulière qui régnait au-delà du rideau de fer inspire à l'écrivain de nombreuses questions, nourries par ses rencontres et une fine observation des villes et de ses habitants.
    Sans se prendre trop au sérieux, Robitaille cherche à comprendre la vie quotidienne « outre-mur » et à décrypter les tentatives de ses interlocuteurs pour se dégager de la chape de plomb du Parti.

    En homme de gauche éloigné de toute chapelle, Robitaille déclare que le communisme a été pour lui, en tant que journaliste, la grande affaire politique de son époque. Fasciné par cette « créature bizarre » qui a aménagé une immense prison à ciel ouvert dans le bloc soviétique, il se pose la question de sa rapide disparition : alors que l'on avait cru le monument communiste indestructible, comment se fait-il qu'il se soit évanoui si rapidement ?

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