Syrtes

  • La Fatigue du matériau est LE roman de la migration. Une géographie de la peur qui exhorte ses lecteurs à se mettre dans la peau d'un migrant. Ici pas de réflexion politique, économique ou jugement moral, car «c'est un livre volontairement physique, chaque phrase interpelle le lecteur, et l'oblige à vivre avec le héros». La force du roman du prometteur écrivain tchèque, Marek Šindelka, tient dans le fait que le lecteur ne consomme pas l'histoire mais la vit profondément, emporté dans le froid, la faim, l'angoisse et le désespoir de ce que l'auteur appelle «la conscience noire de l'Europe». Sans nom, sans pays, sans destination, les héros deviennent les archétypes du migrant.

    Deux jeunes frères fuient clandestinement leur pays, après la disparition de leurs parents dans un bombardement. Ils arrivent ainsi séparément en Europe où ils ont prévu de se retrouver. Ce sont alors deux périples qu'entreprend le lecteur dans ce récit court, intense et haletant, au gré des épreuves que traversent les deux frères, dans l'espoir de se voir accorder un nouveau droit à l'existence. Il faut fuir et se cacher, trouver à manger, tenter de se repérer, avancer. Le monde se révèle à travers le prisme de l'angoisse, nous faisant vivre une véritable expérience physique et humaine. Mus par la force du lien fraternel et par la volonté de ne jamais se laisser humilier, Amir et son frère doivent tenir malgré la « fatigue du matériau », c'est-à-dire l'usure extrême du corps. Un puissant remède contre la déshumanisation.

  • Béla est un enfant livré à lui-même dans la Hongrie des années 1920. Après avoir vainement essayé de s'en débarrasser pendant la grossesse, sa mère le confie à la « Tante Rozika », vieille prostituée et « faiseuse d'anges ». Là, seules ses ressources d'ingéniosité et d'humour lui permettent d'affronter le froid, la faim, les humiliations et l'injustice. A quatorze ans, il rejoint sa mère à Budapest, où il va connaître à la fois la vie humaine des faubourgs et l'atmosphère corrompue des palaces, l'amour idéal, le sexe et toutes sortes d'aventures étranges qui seront autant de tournants dans sa vie. En partie autobiographique, ce livre aux accents dickensiens nous plonge dans un univers où chaque individu brûle de vitalité.
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  • Certains n'iront pas en enfer Nouv.

    Si Ceux du Donbass, paru en 2018 était une chronique des événements, un exercice littéraire proche de celui d'un mémorialiste où, de l'aveu même de l'auteur, son Donbass à lui restait hors-champ, Certains n'iront pas en enfer est un roman d'autofiction. Écrit et publié après le retour de Zakhar Prilepine du Donbass (en juillet 2018), il est marqué par un certain recul pris par rapport aux événements. Cela imprègne le récit d'une indéniable mélancolie et permet de magnifier la réalité pour donner une stature quasi-mythique à certains des personnages évoqués.
    Certains n'iront pas en enfer est donc inspiré d'une expérience personnelle, issue de l'engagement de Prilepine dans le conflit du Donbass. Prilepine offre ici un texte éclectique, impressionniste et littéraire qui nous permet de mieux comprendre les raisons de son départ pour le Donbass, son état d'esprit et ses occupations concrètes pendant les années de guerre. Il retrouve ici sa plume imagée et concise et une force d'évocation captivante. Comme chez son mentor Edouard Limonov, la prose romanesque est aussi le prétexte pour créer un double fantasmé et omniprésent.

  • Les Petrov raconte quelques jours dans la vie d'une famille ordinaire en Russie post-soviétique.
    Souffrant d'une grippe intense, Petrov est entraîné par un ami dans une longue déambulation alcoolisée, à la lisière entre le rêve et la réalité. Progressivement, les souvenirs d'enfance de Petrov ressurgissent et se confondent avec le présent.
    Si au premier regard le couple Petrov ne se distingue guère, la face cachée de leur vie a de quoi étonner. Le mécanicien Petrov dessine des BD et croise régulièrement la route d'un homme étrange. La bibliothécaire Petrova passe son temps à assassiner des hommes ayant fait du tort à d'autres femmes.
    Le succès critique et populaire des Petrov est dû à la prose imagée, décalée, drôle et très vivante de Salnikov.
    Adapté au cinéma par Kirill Serebrennikov.

  • A cinquante ans, Gleb Ianovski, guitariste de renommée mondiale, apprend qu'il est atteint de la maladie de Parkinson. Lorsqu'il fait la rencontre de Nestor, un célèbre écrivain, celui-ci lui propose d'écrire sa biographie. Les deux hommes se retrouvent dès lors régulièrement pour des entretiens portant sur la trajectoire de Gleb. C'est ainsi que se nouent les fils d'une histoire dans laquelle alternent deux voix. Celle d'un enfant en Ukraine, qui aime la musique et rêve d'en vivre, et celle de l'adulte confronté à la maladie et à une tentative de donner un sens à son existence.

    Brisbane est un roman tout en finesse et sensibilité. Un roman symphonique dans lequel la mort est vaincue par la musique, par la force de la mémoire, de l'amour et de la parole. Un roman où, par le seul pouvoir évocateur de son nom, la ville de Brisbane devient un lieu mythique et réinventé, la cible de tous les rêves et la clé de toute l'histoire.

    Avec une écriture poétique, Evgueni Vodolazkine aborde des thématiques universelles qui font écho à tout un chacun et où l'émotion côtoie l'intensité et l'humanité la plus profonde.

  • Tenu par Thomas Mann pour un immense chef-d'oeuvre, Le Soleil des morts est un récit autobiographique déchirant. Pendant la guerre civile russe, un réfugié en Crimée attend la venue de son fils qui combat sur le front. En vain : celui-ci sera capturé et torturé jusqu'à la mort par les révolutionnaires. Chméliov décrit la lente descente aux enfers de tout un monde, avec un sens poétique rare et une retenue qui donnent à ce texte une force unique.

  • Par une nuit d'hiver, sur une côte sauvage du Lac Baïkal, Michka tente d'échapper à ses poursuivants. Son peuple est celui des Evenks, de l'antique famille sibérienne des Toungouses. Le jeune fugitif a été élevé à L'école de la taïga par la chamane Rata, sa grand-mère, qui incarne La sagesse de la communion avec la nature, sait parler aux animaux et lire la forêt comme un livre... Bientôt, Michka est rattrapé.
    Et pourtant sa cavale ne s'arrête pas là. Le Toungouse entame en effet une quête de ses origines qui, d'une spirale à l'autre, dans un mélange poétique de souvenirs, de songes et d'action, le ramène invariablement à l'univers baïkalien. Véritable déclaration d'amour au lac Baïkal et à sa nature envoûtante, Le Cantique du Toungouse est aussi une fable écologique et poétique qui nourrit La pensée en plongeant le lecteur dans une ambiance magique.

  • Chi?inau, en Moldavie. La petite Lastotchka est adoptée dans un orphelinat par Tamara Pavlovna, ramasseuse de bouteilles. Lastotchka va à l'école, apprend le russe alors qu'elle préfère sa langue, le moldave, et elle se fait punir par sa mère adoptive lorsqu'elle écorche les mots russes. Elle apprend à laver des bouteilles mais aussi à voler ou à repousser les sollicitations des hommes trop insistants... Les habitants de son immeuble deviennent sa nouvelle famille et lui donnent un peu de leur humanité. Mais les blessures ne s'effacent pas et les questions hantent.

  • Dans ce deuxième roman traduit en français, l'écrivain biélorusse Sacha Filipenko raconte la traque d'un journaliste qui enquête sur un homme politique.
    Pour s'en débarrasser, le notable ne reculera devant aucune intimidation... Il lance à sa poursuite ses hommes de main et gagne son combat. Le journaliste est complètement isolé et démuni, malgré toute sa ténacité, son bon sens et son courage ; il est d'avance condamné, personne ne l'aidera à faire triompher la vérité.
    Sacha Filipenko place au coeur de son intrigue la corruption et l'hypocrisie des hauts fonctionnaires, leur enrichissement illicite, dans un monde où tout peut s'acheter.
    Une fiction captivante et très efficace, mélange de fable politique universelle et de thriller psychologique.

  • Dans ce récit autobiographique, Natalia Kim rend hommage au quartier de Moscou situé près de l'usine ZIL, « Avtozavod » - « l'usine à automobiles ».
    C'est dans les appartements communautaires d'imposants immeubles staliniens que Natalia passe sa jeunesse dans les années 1980-1990.
    Au fil des pages, des épisodes tantôt poignants, tantôt drôles, tantôt tragiques, font revivre toutes sortes de personnages qui ont marqué le passé de la narratrice :
    De sa grand-mère adorée aux voisins alcooliques et un peu fous, en passant par des camarades de classe, des gardiens, des éboueurs et des facteurs.
    Ce récit émeut par son attachement romantique à une myriade d'histoires personnelles somme toute ordinaires.

  • Pétersbourg, le chef-d'oeuvre de Biely et l'un des grands romans européens du XX e siècle, évoque les balbutiements de la révolution d'Octobre. Il est bâti sur vingt-quatre heures d'attente d'un acte terroriste confié par le Parti à Nikolaï, le fils même de la future victime, le Sénateur Apollon Apollonovitch Ableoukov. Pendant de nombreuses pages, le lecteur suit les différents personnages, vivant plus ou moins bien les heures qui précèdent l'attentat : le vieux sénateur dépoussière sa bibliothèque ; ailleurs, un meurtre est commis ; quant à Nikolaï, engagé, naguère, en faveur d'un acte politique d'envergure, il se demande à quel saint se vouer. À vingt pages de la fin, un terrible coup de théâtre vient secouer une intrigue qui se perd dans ses propres méandres :
    La bombe a disparu. On assiste même aux retrouvailles entre Nikolaï et sa mère (alors qu'elle a quitté le domicile familial deux ans auparavant au bras d'un Italien).
    Porté par des phrases folles, on parcourt la ville à cent à l'heure, et l'oeil de Biely passe sur les choses sans jamais s'arrêter ; il lui arrive de trembler, de sortir du cadre, d'explorer les consciences des uns, l'inconscient des autres, et promener un oeil prophétique sur l'Union soviétique...
    Inspiré par les événements de 1905 dans la capitale russe, écrit entre 1910 et 1913, publié en 1916 puis remanié en 1922, tout dans Pétersbourg est machination, suspense, infiltration, prémo- nition d'une apocalypse finale. Mais c'est aussi une épopée délirante, loufoque, grotesque, parfois à la limite du carnavalesque ; le plus souvent, simplement monstrueuse.

  • Dans ce roman-fleuve, Melnikov-Petcherski décrit avec une certaine admiration les vieux-croyants de la région de Nijni Novgorod, dissidents orthodoxes persécutés après le XVIe siècle. L'action est centrée sur la famille d'un riche marchand, Patap Maximytch, véritable patriarche, et plus encore sur le destin de ses deux filles. Le roman est peuplé de nombreux personnages hauts en couleur, d'abbés, de moines, de paysans, de marchands et de villageois, tous peints d'après nature. Mais Dans les forêts est aussi un poème de l'abondance, un hymne à l'amour, à la nature, à la joie de vivre et qui s'épanche dans des digressions lyriques aux incontestables beautés.
    Lors de sa première publication en français, en 1957, Dans les forêts a été lauréat du meilleur livre étranger.

  • Chef-d'oeuvre de la littérature russe, Poltava fait l'éloge de la plus prestigieuse des batailles remportées par Pierre le Grand au début du XVIIe siècle et qui ouvrit à la Russie les portes du cercle restreint des grandes puissances européennes. Cinq ans plus tard, le poète fougueux et épris de justice s'oppose ouvertement à la monarchie et écrit Le Cavalier de bronze. Il dénonce le rêve mégalomaniaque de Pierre le Grand qui fit construire la ville impériale un siècle plus tôt, au mépris du peuple.

  • Le Péché est une gourmandise littéraire. Prilepine s est fait une joie de rassembler dans ce " roman en nouvelles " les fragments de la vie de Zakhar - double de l'auteur -, jeune trentenaire, plein de force et de volonté de vivre, aux prises avec la réalité russe. Les épisodes se succèdent dans un ordre imposé par la mémoire, lorsqu'elle se plaît à donner de la force et de la brillance à de menus faits de notre vie, en apparence insignifiants, et épars dans le temps. Tour à tour adolescent, en vacances à la campagne chez ses grands-parents, où il éprouve ses premiers émois sexuels pour sa jeune cousine, puis videur dans une boîte de nuit, joyeux fossoyeur dans un cimetière, qui se soûle gaiement avec ses compagnons après les enterrements, Zakhar promène toujours un regard tendre, étonné, émerveillé et plein d'humour sur le monde. Et sur cette Russie tant aimée, bien que tout y soit glacé et que les saisons y aient toujours un goût de neige. Cette Russie souvent dure, brutale, intolérable, qui le fait souffrir mais pour laquelle il ne cesse de se battre. Il manquait à la littérature russe, depuis des années, cette façon de rire à travers les larmes, et de pardonner malgré tout !

  • " Brûlure dévastatrice ", selon son auteur, Dernière nuit d'amour, première nuit de guerre est le roman de l'amour fou et de la jalousie vécus dans les méandres de la Première Guerre mondiale. Jeune
    homme issu de la petite bourgeoisie, Stefan vit une histoire d'amour passionnelle avec Ela, qui deviendra sa femme. Un héritage confortable va bouleverser leur vie, et Ela lui échappera de plus en plus. La séparation devient imminente. Il vit sa dernière nuit d'amour dans les tourments de la jalousie et commence alors la première nuit de guerre. Dans le journal de campagne de son héros, Camil Petrescu écrit les plus belles et les plus subtiles pages sur la Première Guerre mondiale : une vision personnelle, grinçante et critique, fondée sur son expérience de volontaire. Dernière nuit d'amour, première nuit de guerre est certainement le chef-d'oeuvre le plus brillant, le plus profond et le plus riche de Camil Petrescu. Avec une sensibilité hors du commun, il a exploré les profondeurs de la conscience et a su créer des personnages forts, toujours en proie à leurs conflits intérieurs.

  • C'est avec ce premier roman que Zakhar Prilepine s'est fait connaître en Russie et en France lors de sa parution en 2007. Pathologies fut salué par la critique comme la meilleure oeuvre contemporaine sur la guerre de Tchétchénie. L'auteur décrit avec justesse la Russie et la Tchétchénie à travers de jeunes militaires envoyés à Groznyï, qui tous les jours risquent leur vie et celle de leurs semblables. Ils ne se font pas d'illusions : c'est une boucherie, et celui qui ne tue pas le premier, sera tué à son tour...
    Une prose violente, naturaliste qui ne force pas les valeurs humanistes et patriotiques, mais qui par- vient à transmettre la honte et le courage, la peur et la témérité, la cruauté et l'humanité de l'engagé qui évolue malgré lui dans une « guerre injuste ».
    Zakhar Prilepine pouvait légitimement écrire sur le sujet. Philologue de formation, il a exercé divers métiers et a été envoyé en Tchétchénie à deux reprises, en 1996 et en 1999, non en tant que journaliste mais en tant que commandant d'une brigade d'OMON (détachements militaires spéciaux de la milice russe). Sa prose s'est ensuite révélée d'une force, d'une précision et d'une clarté rares. Il ne s'agit pas là d'un simple livre, mais d'un récit d'une extrême honnêteté sur la réalité de ceux qui ont la guerre pour métier, sur la part destructrice de chacun.
    Dix ans ont passé, et les éditions des Syrtes avaient vu juste en publiant Zakhar Prilepine.
    L'auteur, d'aujourd'hui 41 ans et père de quatre enfants, a confirmé son talent d'écrivain avec Le Péché (éditions des Syrtes, 2009) ; puis chez Actes Sud avec Sankia (2009), Des chaussures pleines de vodka chaude (2011), Le Singe noir (2012), Une fille nommée Aglaé (2015). Très engagé politiquement, membre actif du Parti national-bolchevique depuis 1996 et proche d'Edouard Limonov, ses essais sur la Russie d'aujourd'hui sont publiés aux éditions de la Différence : Je viens de Russie (2014), et De gauche, jeune et méchant (2015).

  • Innokenti Platonov se réveille amnésique dans une chambre d'hôpital. Geiger, son médecin, lui apprend son nom et lui demande de coucher sur le papier tout ce dont il pourra se souvenir. Les premiers épisodes remémorés décrivent l'enfance de Platonov dans la Russie tsariste : il se souvient être né en 1900, près de Saint-Pétersbourg. Son père meurt en 1917. Parallèlement, Platonov devine, atterré, qu'il s'est réveillé en 1999...
    C'est ensuite le Pétersbourg des années 1920 qu'il se remémore, avec la famine et le désarroi d'après Révolution. En 1921, Platonov et sa mère emménagent dans le logement du professeur de théologie Voronine, Platonov tombe amoureux d'Anastasia, sa fille. Vivant dans le même appartement commu- nautaire qu'eux, Zaretski dénonce le père d'Anastasia, qui sera arrêté et exécuté par la Guépéou. Peu de temps après, à son tour, Zaretski meurt assassiné. Faute d'autre suspect, la police politique arrête Platonov et lui tire une confession au cours d'une séance de torture.
    Platonov se souvient enfin d'avoir été envoyé, dès le début des années 1930, dans un camp de travail sur les îles Solovki où est installée l'équipe d'un laboratoire de recherche qui travaille sur la cryogénisation des humains. Pour échapper aux horreurs du camp, Platonov accepte d'être cryogénisé, persuadé qu'il ne se réveillera plus. C'est ainsi que Geiger le retrouve et parvient à le ressusciter soixante ans plus tard.
    L'Aviateur est un roman porteur de réflexions philosophiques profondes, dans un style fluide, laconique et précis. La remémoration fragmentaire est un moteur puissant pour le lecteur. Voué tout entier au thème de la mémoire, le récit est empreint d'une nostalgie poignante. Le fantastique devient prétexte à une réflexion littéraire et philosophique : chaque époque détermine notre vision du monde.
    Enfin, le roman offre un regard décalé sur la société de spectacle, où même la tragédie d'un rescapé des camps soviétiques donne lieu à un show.

  • L'ouvrage de Zakhar Prilepine comporte huit essais biographiques consacrés à des poètes et des écrivains russes des XVIII e et XIX e siècles dont les écrits reflètent leurs expériences militaires.
    L'auteur s'appuie sur une démarche originale et pertinente : dévoiler le lien entre la poésie de guerre (souvent abondante) de quelques écrivains classiques russes et leurs réelles expériences militaires (aujourd'hui oubliées ou méconnues). Il est vrai qu'il n'existe pas, à ce jour, d'étude qui serait consacrée à cette dimension particulière de la littérature russe. Nourri par de nombreuses sources historiques, le livre de Prilepine permet de se faire une idée assez précise de l'engagement de ces auteurs dans les différents corps de l'armée et, de ce fait, d'apprécier autrement la teneur autobiographique de leur oeuvre. Prilepine se penche également, le cas échéant, sur les écrits politiques de ses personnages - parfois diamétralement opposées - afin d'esquisser un portrait collectif des cercles intellectuels de l'époque.
    Pour appuyer ses analyses, Prilepine fait appel à des sources de première main : mémoires et carnets des écrivains dont il est question, ainsi que des souvenirs de leurs contemporains et cama- rades d'armes. Ces interventions à la première personne permettent de rendre la narration, par ailleurs assez dense et riche en détails historiques, plus vivante et fluide. Comme à son habitude, Prilepine adopte un style familier et nonchalant (bien que parfaitement maîtrisé), en se permet- tant de fréquents clins d'oeil aux lecteurs et une grande proximité avec ses personnages.
    Un autre mérite du livre consiste à faire connaître des écrits poétiques de grande qualité au- jourd'hui tombés dans l'oubli, qui sont ici longuement cités et commentés. On apprécie particu- lièrement la finesse et la pertinence des analyses littéraires de Prilepine, qui n'hésite pas à dresser des parallèles entre les auteurs étudiés et d'autres époques de la littérature russe, en proposant ainsi une vision plus complète de son sujet.
    Auteurs évoqués : Gavrila Derjavine (1743-1816), Alexandre Chichkov (1754-1841), Denis Davydov (1784-1839), Konstantin Batiouchkov (1787-1855), Piotr Viazemski (1792- 1878), Alexandre Bestoujev-Marlinski (1797-1837), Alexandre Pouchkine (1799-1837), Piotr Tchaadaïev (1794-1856).

  • inédits jusqu'à ce jour en français, les carnets de marina tsvetaeva, publiés ici dans leur intégralité, sont les documents les plus spontanés et les plus subjectifs dans l'héritage du poète.
    véritable laboratoire d'écriture, ils constituent une oeuvre littéraire majeure puisqu'ils offrent au lecteur la possibilité d'accéder aux sources mêmes de la création poétique. journal, carnets de travail, impressions de lectures, chronique de la vie au jour le jour ? une chose est sûre : ces croquis furtifs et poignants allient le prosaïque au sublime. fidèle à son art poétique, tsvetaeva y conjure les assauts du réel par la magie de sa conscience dans un dialogue avec elle-même qui devient parfois un dialogue entre le moi et le monde.
    commencé peu avant la première guerre mondiale pour prendre fin à la veille de la seconde, cet exercice de lucidité, qui livre les clés des secrets tsvetaeviens tour en ouvrant sur la scène de l'histoire, n'entrave pas son avancée à travers les mondes intimes que le lecteur a appris à côtoyer au gré des poèmes et des proses édités précédemment. dans son face-à-face toujours extrême avec le mot, dans son souci minutieux d'offrir l'éternité à l'infime, le poète se tient sur le qui-vive et entend non seulement le fracas de la destruction qui déferle sur sa patrie - et bientôt sur le monde - mais, aussi, le chuchotement intime des choses elles-mêmes en quête de noms nouveaux.
    pour accompagner l'édition française des carnets, la parole, vivante et complice, est donnée à ceux qui ont connu marina tsvetaeva, l'ont croisée ou aimée, à travers des notes, des réflexions ou des écrits divers. grâce à la collaboration avec les archives russes d'état de littérature et d'art, de nombreux documents, inédits pour la plupart, éclairent ces carnets.

  • Plus de dix ans après avoir fait une entrée fracassante sur la scène littéraire russe avec Pathologies (Syrtes, 2007), roman sur la guerre de Tchétchénie à laquelle il avait pris part en tant que chef d'une unité de combat, Zakhar Prilepine, écrivain engagé politiquement et très populaire en Russie, renoue avec la thématique guerrière. Il se penche cette fois sur un autre conflit et lève le voile de la désinformation sur la guerre qui se déroule dans l'est de l'Ukraine. Ce sujet brûlant d'actualité, l'auteur l'approche en revêtant tour à tour de multiples casquettes : celle de correspon- dant de guerre, de convoyeur d'aide humanitaire dans le Donbass, de conseiller politique du chef de la République populaire de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko, de commandant de bataillon de l'armée de la RPD. Sa chronique, il la veut prise sur le vif, laissant parler les acteurs du conflit et les témoins involontaires, les combattants et les journalistes, les jeunes hommes et jeunes femmes qui ont tout lâché pour aller se frotter au plus près à l'histoire en train de s'écrire dans le Donbass. Sa chronique fait résonner la parole non censurée de ceux dont la vie s'est trouvée fata- lement déraillée par l'Euromaïdan de l'hiver 2013-2014, ceux qui se sont découvert une vocation après la perte d'un être cher, ceux qui ont pris conscience de leurs propres engagements lorsqu'ils ont senti leur mode de vie et leurs valeurs menacées. La parole de l'auteur, elle, demeure alors en voix-off, loin pour autant de se désengager. Chronique d'une guerre en cours est un livre d'opinion, violent, une prise de position dense et sans équivoque. Au fil des interviews et des témoignages, Zakhar Prilepine donne aussi à voir et à entendre ses propres positions sur la guerre civile qui se poursuit à ce jour dans le Donbass, les origines du conflit, la crise de l'identité ukrainienne, le tout dans le style maîtrisé que le lecteur français lui connaît.

  • L'histoire commence un matin, sur le quai d'une gare, quand un groupe d'enfants part vers la mer Noire, en colonie de vacances. Stoppé en pleine campagne par les écoliers, leur train ne parviendra pas à destination. Aidés par Calman, " Tsigane blond à peau blanche ", les enfants vont y organiser leur propre vie devant des troupes spéciales déconcertées et des médias avides de nouvelles sensationnelles. Ce qui n'était au départ qu'un jeu pour les enfants, prêts à en découdre avec le monde réel ou virtuel des adultes, devient une véritable affaire d'Etat. On évoque la présence d'un groupe de terroristes voulant déstabiliser le gouvernement ; on pense par la suite à des malfrats, des trafiquants en tout genre - hypothèse encouragée par l'arrivée massive d'enfants des rues sur les lieux, qui demandent la liquidation des orphelinats et des foyers d'accueil. Les médias, la police, l'armée, les professeurs ou les parents, la société entière, semblent incapables, pour un temps, de mettre fin à la " croisade des enfants ", qui exigent le respect de leurs droits et de leurs libertés. L'issue sera précipitée dans une confusion générale et nul ne sortira indemne de cette aventure où le burlesque le dispute au tragique. Ecrit par un auteur doué d'une indéniable grâce littéraire, La Croisade des enfants est une fresque du chaos postcommuniste roumain, confronté à ses propres dilemmes : enfance et jeunesse déboussolées, progrès et adaptation, politique et corruption, innocence et compromis...

  • Fille de Marina Tsvetaeva, Ariadna Efron semble avoir compris dès sa prime enfance la singularité de la grande poétesse russe et la valeur de sa poésie. « Lectrice absolue », confidente et complice, elle semble vouloir la faire revivre ou, du moins, l'empêcher de disparaître. « Très bientôt elle prendra sa place, une très grande place, dans la littérature soviétique, dans la littérature russe ; et je dois contribuer à cela, parce qu'il n'y a personne au monde qui la connaissait mieux que moi. », écrira-t-elle plus tard. Marina Tsvetaeva, ma mère rassemble des souvenirs de la petite fille puis de l'adolescente à travers les errances de sa mère. C'est une Tsvetaeva prise dans la vie de tous les jours, celle qui consiste à trouver de quoi manger, de quoi se chauffer, de quoi se vêtir. Ariadna assiste à son travail, à ses rites, à ses habitudes, à ses angoisses face à la création, à la poésie. Elle évoque des bouleversements incessants, des changements de domicile comme de pays ; les villes, les maisons et les gens se succèdent et se superposent. Elle balaie les ombres qui planent sur le personnage de Marina, décrit des périodes et des rencontres, traque les gestes, les regards, les réactions. C'est aussi toute une Russie sur le point de devenir URSS que nous dévoile Ariadna Efron, animée par certains des plus grands esprits de l'époque, intellectuels et artistes : un milieu incroyable, un peu irréel, dans lequel la fille de Marina Tsvetaeva a baigné si longtemps. Et le portrait qui ressort de ces pages est à l'image de leur relation : tendre, complice, admiratif mais sans l'ombre d'une concession. Un livre essentiel pour une connaissance intime de Marina Tsvetaeva.

  • Marina Tsvetaeva, grand poète russe du XXe siècle (1892-1941), a vécu une enfance heureuse dans un milieu intellectuel moscovite. Mais la révolution russe de 1917, les privations et les angoisses de la guerre civile, la mort de sa fille cadette, la déroute de l'Armée blanche l'ont contrainte à faire ses adieux à son pays natal. Elle quitte Moscou pour rejoindre son mari, réfugié à Berlin et va vivre un exil de dix-sept ans en Occident.
    La vie quotidienne se révèle alors difficile, la solitude plus intense et les thèmes poétiques vont s'approfondir. Une réflexion philosophique enrichit les rythmes, des questions métaphysiques se posent auxquelles il est inhabituel d'apporter une réponse poétique. Mais Tsvetaeva emprunte justement cette voie, car selon ses propres paroles, elle ne sait faire rien d'autre qu'écrire. Elle va continuer à composer des poèmes, fidèle à son devoir de création, jusqu'aux derniers retranchements en URSS où son destin tragique la rattrape.
    Sa profonde vision humaniste, revêtue de rythmes toujours riches et sonores, exprimée dans les poèmes de 1921 à 1941, est offerte à présent au public dans son intégralité en langue française.

  • Le Cahier rouge : un simple cahier d'écolier sauvegardé par miracle qui accompagna Marina Tsvetaeva dans un moment décisif de sa vie à Paris en 1932-1933.
    Il aurait dû disparaître étant donné les circonstances mouvementées de son existence et de l'époque, mais elle le confia à un ami avant de quitter la France et de repartir en URSS en 1939. Un cahier inédit où l'on peut lire à livre ouvert le déroulement de sa création poétique. Où l'on observe le poète à sa table de travail écrivant, cherchant et trouvant, tantôt sous le coup de l'inspiration, tantôt dans une endurante patience, le verbe poétique ; où l'on découvre l'écriture en français d'un poète russe qui aurait pu devenir poète français.
    /> Un cahier célébrant deux géants de la poésie, Pasternak et Maïakovski, les amours féminines, les passions charnelles, le bonheur du conte et de l'enfance perdue, tous les démons et les délices de l'imagination. Une histoire de la création sur un fond idéologique et politique qui déchira le siècle. Une époque terrible, où il est question de survie, où le crime totalitaire est irrémédiable, qui voit la fin de toute espérance, la disparition de la génération des poètes de l'Age d'argent, la mort de la poésie.
    Tout cela nous l'éprouvons en feuilletant le cahier, car ce livre comprend aussi l'intégralité du manuscrit autographe. Nous tournons chaque page une à une, suivons chaque phrase ligne à ligne, pour entrer dans le laboratoire de l'écrivain et dans la matière de son écriture. C'est ce cahier rouge, braise incandescente, que nous offrons au lecteur, pour qu'il en saisisse la force inaltérable et qu'il se souvienne de cette merveilleuse énergie de création : celle d'un poète majeur de l'avant-garde russe du début du XXe siècle, Marina Tsvetaeva.

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