Littérature traduite

  • Un chef-d'oeuvre absolu de la littérature russe du XXe siècle et de la littérature de l'enfance Paru en 1917, Kotik Letaïev est une autobiographie poétique, épopée intérieure de l'enfance sur les trois premières années de la vie de son auteur, Andreï Biely. Le héros, Kotik (diminutif de Konstantin qui signifie également chaton) Letaïev est un enfant précoce qui, depuis son plus jeune âge est familiarisé avec les trésors de la culture. Un jour, poussé par une nostalgie toujours plus grande, il part vers l'inconnu. Le récit, à la première personne, a d'une part le charme naïf d'un discours enfantin au travers duquel se recompose la ville Moscou de la fin du XIXe siècle, et d'autre part l'inquiétant surréalisme d'un parcours initiatique conduisant sa victime par le dédale des mythes.

  • Suivi de la postface de Georges Nivat, Piège mystique et carriole dadaïste (« La Colombe d'argent » d'Andreï Biely)   Intellectuel occidentalisé déçu par toutes les idéologies mais ayant toujours au coeur la nostalgie d'un idéal inconnu, Darialski, le héros de La Colombe d'argent, se laisse séduire par une paysanne inculte, symbole pour lui de la Russie profonde, et tombe sous la coupe d'un homme sombre et rusé, fondateur d'une secte maléfique. C'est une Russie mi-païenne, mi-chrétienne, la Russie des convulsionnaires et des flagellants, mais aussi la Russie en proie à l'essor du capitalisme et à l'effervescence révolutionnaire, infiltrée d'espions et de provocateurs, qui est présentée ici. Les scènes de transes érotico-mystiques, scandées de formules magiques, sont parmi les pages les plus extraordinaires de ce livre. oeuvre de mystique, de poète, récit initiatique et rapport d'ethnographe, conte philosophique et roman policier, satire hilarante et drame sanglant, La Colombe d'argent est inclassable.   « On a envie de fuir quelque part, mais il n'y a plus d'endroit où fuir... Vraisemblablement, c'est toujours ainsi après un incendie. De désespoir, j'ai relu La Colombe d'argent. Dieu ! Comme cette chose est admirable ! Qui oserait dire que les Remizov, les Zamiatine et les Alexis Tolstoï ont créé quoi que ce soit de comparable ? Ils devraient embrasser les semelles de Biely, tous sont ses apprentis. Quelle langue ! Quelles digressions lyriques ! Après ça, on peut vraiment mourir ! C'est notre unique joie depuis Gogol ! » (Sergueï Essenine, 1921)

  • Pétersbourg, le chef-d'oeuvre de Biely et l'un des grands romans européens du XX e siècle, évoque les balbutiements de la révolution d'Octobre. Il est bâti sur vingt-quatre heures d'attente d'un acte terroriste confié par le Parti à Nikolaï, le fils même de la future victime, le Sénateur Apollon Apollonovitch Ableoukov. Pendant de nombreuses pages, le lecteur suit les différents personnages, vivant plus ou moins bien les heures qui précèdent l'attentat : le vieux sénateur dépoussière sa bibliothèque ; ailleurs, un meurtre est commis ; quant à Nikolaï, engagé, naguère, en faveur d'un acte politique d'envergure, il se demande à quel saint se vouer. À vingt pages de la fin, un terrible coup de théâtre vient secouer une intrigue qui se perd dans ses propres méandres :
    La bombe a disparu. On assiste même aux retrouvailles entre Nikolaï et sa mère (alors qu'elle a quitté le domicile familial deux ans auparavant au bras d'un Italien).
    Porté par des phrases folles, on parcourt la ville à cent à l'heure, et l'oeil de Biely passe sur les choses sans jamais s'arrêter ; il lui arrive de trembler, de sortir du cadre, d'explorer les consciences des uns, l'inconscient des autres, et promener un oeil prophétique sur l'Union soviétique...
    Inspiré par les événements de 1905 dans la capitale russe, écrit entre 1910 et 1913, publié en 1916 puis remanié en 1922, tout dans Pétersbourg est machination, suspense, infiltration, prémo- nition d'une apocalypse finale. Mais c'est aussi une épopée délirante, loufoque, grotesque, parfois à la limite du carnavalesque ; le plus souvent, simplement monstrueuse.

  • Andréi Biély (pseudonyme de Boris Bougaev) est une des figures majeures de la " charnière " des XIXe et XXe siècles russes.
    D'abord connu comme praticien et surtout théoricien du symbolisme poétique en Russie, ses romans La Colombe d'argent et Peterbourg sont l'ouverture fastueuse du renouveau de la prose russe à l'époque moderne, dilacérée de façon rhapsodique entre les courants de conscience et les mythes visionnaires. Ils côtoient les voies de Proust et de Joyce, celles des recherches les plus avancées de ces années sur l'autonomie du matériau artistique.
    Biély mémorialiste éblouissant voyage beaucoup et parfois séjourne à l'étranger, toujours en rapport étroit avec les tumultes de sa biographie, avec sa quête philosophique et artistique et selon des itinéraires méditerranéens inhabituels chez les intellectuels russes. Il est l'auteur sans doute le plus notoire de la littérature russe d'avant 1918 qui choisit de rester (jusqu'à sa mort en 1934) en Russie à partir d'un loyalisme ambigu à l'égard de la révolution, dans la mouvance d'une fascination pour l'ésotérisme anthroposophe du " docteur " Steiner qui le retiendra un moment au foyer de Dornach en Suisse.
    Derrière des frontières closes, Biély, que le bolchevisme malmène de façon sournoise, circule inlassablement à l'intérieur de l'URSS, arpentant les derniers foyers de pensée et de création plus ou moins indépendantes.
    Sa correspondance est à la fois une chronique de ces endroits ensoleillés où une certaine culture soviétique de haut niveau a connu ses derniers rands moments et les péripéties d'un " compagnon e route " qui a vraiment la tête ailleurs.

empty