Bernard Fauconnier

  • «L'âme humaine [...] est comparable à ces créatures fabuleuses - la Chimère, Scylla ou Cerbère - qui unissent en un seul corps les formes de plusieurs espèces d'êtres vivants.» Platon (env. 428-347 av. J.-C.) fait aujourd'hui figure de mythe. Fondateur de nombreux concepts dont nous sommes les héritiers, il apparaît comme le père de la philosophie moderne. Mais quel homme fut-il? Remarquable par son physique athlétique et son esprit brillant, cet enfant de l'aristocratie athénienne se destinait à la politique ou aux arts. Sa rencontre avec Socrate bouleverse le cours de son existence. Rejetant dès lors la futilité de ses premiers penchants et condamnant les excès de la vie politique, il se voue corps et âme à la quête de la vérité.

    De son oeuvre, il nous reste vingt-huit écrits, qui ont traversé vingt-cinq siècles. De son vécu, bien peu de chose. L'entreprise de Bernard Fauconnier soulève la question des sources : faute de pouvoir apporter une réponse ferme et limpide, l'auteur tente de retracer la ligne d'une vie qui, à bien des égards, fut exemplaire.

  • "J'affirme que le monde des sens est à l'origine de toute compréhension humaine." Marin, chasseur de phoques, boxeur, chauffeur, repasseur, mineur, correspondant de guerre, vagabond du rail, chômeur, clochard, Jack London (1876-1916) vécut dans sa courte existence plus de mille vies. Sa bibliographie, qui compte une cinquantaine de volumes, comprend des nouvelles, des romans, des pièces de théâtre, des articles, des reportages, des discours enflammés au nom du socialisme. L'Appel de la forêt, Croc-Blanc, Construire un feu, Martin Eden, Le Talon de fer, autant de titres qui composent une oeuvre dans laquelle l'autobiographie et le combat pour la vie occupent une place primordiale. À l'aube de sa quarante et unième année, consumé par tous les excès, il décide de mettre fin à ses jours en s'administrant une dose mortelle de morphine.

  • « Il y a beaucoup à faire sur la terre. Fais-le vite ! » Fils d'un père alcoolique et d'une mère tuberculeuse, Ludwig van Beethoven (1770-1827) n'avait guère d'autre solution pour échapper aux tares de son milieu que de devenir un génie. En ce temps où le romantisme né des Lumières et de la Révolution française est en pleine expansion, celui qui se qualifie lui-même de Tondichter (poète sonore) croit très vite en son destin. Ses dons sont éclatants, sa volonté inébranlable. Jeune compositeur, il suit les traces de Mozart et de Haydn. Homme mûr, il impose des compositions d'une hardiesse et d'une puissance qui choquent ses contemporains. Au crépuscule de sa vie, il écrit des oeuvres testamentaires d'une profondeur stupéfiante, qui préparent et annoncent le chemin de la musique pour les siècles à venir.

  • « Pour l'artiste, voir c'est concevoir, et concevoir c'est composer. L'art est une religion. Son but est l'élévation de la pensée. Peindre d'après nature ce n'est pas copier l'objectif, c'est réaliser ses sensations. Tout se résume en ceci : avoir des sensations et lire la nature. Travailler sans souci de personne et devenir fort, tel est le but de l'artiste, le reste ne vaut même pas le mot de Cambronne. »
    Il se rue vers le motif. Paul Cézanne (1839-1906), c'est l'homme qui marche. Il installe son chevalet, écarquille les yeux, fouille le paysage pour lui arracher sa formule. Quand ça ne vient pas il hurle, détruit ses toiles inachevées. À Aix, à Paris, on se moque de lui, on l'insulte, on le prend pour un fou. Il feint l'indifférence, en souffre, brise ses amitiés, néglige ses amours, continue sur le chemin qu'il a choisi et que lui seul entrevoit : il sait qu'il est en train de réinventer la peinture.

  • L'être et le géant

    Bernard Fauconnier

    « C'est cette nuit-là, le 18 mai 1969, entre onze heures du soir et deux heures du matin, que le général de Gaulle rencontra Jean-Paul Sartre. » Dans ce roman de politique fiction, Bernard Fauconnier fait dialoguer, au cours d'une rencontre nocturne en Irlande, deux figures majeures du vingtième siècle. Dans cette confrontation entre la pensée et le pouvoir, caustiques, méfiants, mais aussi étrangement complices pour quelques heures, le philosophe et l'homme d'Etat revisitent leur histoire, leurs engagements, et concluent une sorte de pacte secret aux enjeux majeurs.
    Lors de sa première publication, ce livre a reçu un accueil enthousiaste de la part de la critique et des lecteurs.

  • À la fin du XIXe siècle, le peintre Paul Cézanne abandonne sur le bord d'un chemin une toile figurant la montagne Sainte-Victoire en flammes. En août 1989, la Sainte-Victoire est dévastée par un incendie. Pour Sarah et Thomas, un couple dont l'union vacille, cet événement est la source d'une expérience essentielle : le passé qui resurgit, le leur et celui de ce coin de terre détruit. Ce roman est le récit d'une double quête : celle de ce tableau doté de pouvoirs étranges et celle de Thomas qui cherche aussi, à travers le monde et l'histoire de quelques vies, un sens à cette énigme.
    Bernard Fauconnier est romancier. Il a également publié plusieurs biographies, parmi lesquelles Platon (Folio biographies, 2019).
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    1 autre édition :

  • « J'aime les viandes juteuses, les eaux profondes, les styles où l'on en a plein la bouche, les pensées où l'on s'égare. La vie ! la vie ! bander, tout est là ! C'est pour cela que j'aime tant le lyrisme. » La vie de Gustave Flaubert (1821-1880) est l'histoire d'une obsession et d'un sacrifice : écrire. Peu d'artistes se confondent avec leur oeuvre à un point tel que leur existence semble s'effacer derrière la tâche à accomplir. Les 58 années que Flaubert passa sur cette terre n'ont rien de très romanesques : quelques voyages, des amours interrompues, peu d'intrigues carriéristes, aucun engagement politique sinon quelques coups de gueule antirévolutionnaires ou anticommunards, qu'un jugement rapide pourrait faire passer pour réactionnaires. Et pourtant cette vie est une aventure prodigieuse, celle d'une conscience toute entière tournée vers l'oeuvre à faire et la conquête de soi. Le mystère, peut-être, est que cette vie, comme l'écrivait Sartre, « si plate, si terne, où les phrases sont des aventures », puisse susciter une telle fascination, et que cette expérience, pour l'essentiel, intérieure, prenne si souvent l'allure d'un combat épique.

  • Mon père était né dans les semaines qui suivirent leur retour du Maroc. C'est à partir de ce moment-là que s'établit vraiment le long silence entre mes grands-parents. Augustin quitta l'Armée en 1936, avec une petite retraite. Peu de temps après, à Tours où ils étaient revenus s'installer, il trouva un poste de chef de personnel chez Grossman, une usine de confi serie. On y fabriquait des friandises pour les enfants, des guimauves, des boules de coco, des fi gurines en chocolat, des pochettes surprise. Un ancien militaire était-il à sa place dans une fabrique de rêves pour enfants ? » « Mon père se souvenait d'un voyage qu'ils fi rent ensemble, peut-être en 1947 ou 1948, sur les lieux où Augustin avait combattu pendant la Grande Guerre. La Seconde venait de s'achever. Le pays en portait encore des stigmates, comme d'un refl ux sanglant - des blessures qui étaient surtout gra- vées dans les esprits, orgueil bafoué et rancoeurs, puisqu'on s'était si peu battu, qu'on avait été occupé, que beaucoup avaient collaboré. On se remet plus facilement d'une guerre - on la gagne, on la perd, on se prépare pour la suivante - que d'une occupa- tion humiliante, qui installe pour longtemps des rancoeurs insidieuses, des haines recuites, qui pourrit les consciences. Et la honte aussi, la honte de s'être laissé traiter ainsi pendant quatre années, sous le joug et la botte, et d'avoir permis que se perpètrent les crimes les plus abominables que l'humanité ait connus. Mon père se rappelait le long trajet jusqu'à Verdun, dans la voiture cahotante d'Augustin.
    Pourquoi mon grand-père avait-il voulu revoir ces lieux, où il avait souff ert comme un damné pendant quatre ans ? (...) Ils prirent la route du Chemin des Dames, s'arrê- tant à chaque virage. Augustin descendait de la voi- ture, contemplait un moment le morne paysage où se dessinaient encore les cratères laissés par les obus.
    Ils visitèrent l'ossuaire de Douaumont, où reposent les restes disloqués de milliers de jeunes hommes à qui on n'avait pas laissé le temps de vivre. Je n'ai su que très tard la réalité de ce voyage, que mon père me raconta après la mort d'Augustin. Je sentais que pendant ces journées, il s'était passé entre eux quelque chose d'in- défi nissable, peut-être d'intransmissible. » Les blessures qu'Augustin a reçues pendant la Grande Guerre ont à jamais compromis ses chances de devenir père. Louise, l'épouse qu'il admire tant, lui donnera pourtant un fi ls, André. S'agit-il d'un miracle ? Le grand silence qui a pesé pendant plus de soixante ans sur le couple semble désigner une toute autre vérité. Le narrateur, naguère très proche d'Augustin, va se mettre en quête de l'histoire secrète de ses grands-parents. Leur séjour au Maroc entre décembre 1929 et juillet 1931, révélé par les Archives militaires, concorde précisément avec celui du Capitaine de Tournon-Brochard, homme du monde, élégant et léger, mais qui, déjà, ne se comporte plus qu'en « survivant ».
    Comme une blessure de guerre Bernard Fauconnier extrait littéralement la balle au coeur d'Augustin - l'homme du devoir, le « résis- tant », quoiqu'il arrive, au drame d'une famille fauchée par l'Histoire -, par ce retour pudique et incessant des réminiscences qui se transforment peu à peu en secrets véritables, en aveux tragiques et bouleversants - silences, trahisons, occasions manquées, portraits des êtres, emmurés vivants ; dans une existence subie.
    Un silence, c'est la blessure intime racontée comme une vraie blessure de guerre avec en toile de fond les orages d'acier de 14-18 et c'est aussi ce silence, aveugle et informe, de l'après-guerre résonnant dans toute sa violence.

  • Ainsi conçu qu'il lui faut mettre du sens partout, dans la nature, dans les choses, dans sa propre vie. L'être humain est une machine à fabriquer du sens, même à ce qui n'en a pas, surtout à ce qui n'en a pas. Et je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais quand vous cherchez à faire le plein de sens, vous trouvez toujours quelqu'un pour vous en vendre curé, philosophe, dictateur en herbe, et même journaliste ou présentateur de débats télévisés. " La plume acérée et l'humour corrosif, Bernard Fauconnier fustige chaque semaine dans Témoignage chrétien les conformismes et le prêt-à-penser contemporains. Réagissant dans ses chroniques à l'actualité immédiate et aux soubresauts de nos sociétés, il ne se résigne pas à la bêtise ambiante, à la consommation régnante ni au politiquement correct. Ses flèches n'épargnent rien ni personne. " Athée grâce à Dieu ", cet esprit libre s'élève aussi contre les multiples dérives du religieux aujourd'hui.

  • Kairos

    Bernard Fauconnier

    Benoît Ferrand, le narrateur, est écrivain et animateur d'une émission de radio à laquelle participent des personnalités du monde culturel. Il est depuis des années l'ami de Marc Sauguet, archéologue et écrivain, lui aussi, qui croit que, pour chaque être, existe un {kaïros}, dieu grec qui, dans une destinée, représente l'occasion à saisir, le moment opportun. Marc Sauguet donne rendez-vous à Benoît Ferrand : il croit avoir découvert le moyen de capter des voix contenues dans des objets anciens. Il demande à Benoît de l'inviter dans son émission afin de parler de cette découverte. Ils se quittent. Benoît, ce soir-là, reçoit un personnage douteux, un psychanalyste : le docteur Fernando Diez-Schmidt. L'émission tourne mal et Benoît apprend quelque temps plus tard que cet homme est le chef d'une secte appelée : {les enfants de Kaïros}... Le lendemain du week-end de Pâques, Sylvia, la femme de Marc, téléphone à Benoît pour lui apprendre que Marc a été retrouvé mort. En arrivant à l'hôpital, Benoît et Sylvia découvrent que le mort n'est pas Marc mais le docteur Fernando Diez-Schmidt. Il y a eu confusion car on a retrouvé, dans la poche du docteur, une carte de crédit appartenant à Marc... Marc a donc disparu. Sylvia confie à Benoît les écrits de Marc, un journal intime et le début d'un roman. Le narrateur entreprend avec Silvia un voyage dans le Sud de la France, pour tenter de retrouver Marc et de saisir le fin mot de cette histoire...

  • Chacun sait que le grand écrivain Jacques Sinteuil, ancien ambassadeur au Vatican, est mort à 93 ans en 1991, entouré de l'affection des siens, dans sa propriété de la Brenne. Quelques années plus tard, en 1998, on s'apprête à fêter le centenaire de sa naissance. A Paris, un notaire est sauvagement assassiné. En apprenant ce meurtre, Alexandre Marciac, biographe de Sinteuil et son fils spirituel, demande à rencontrer le policier chargé de l'enquête. En effet, quelques semaines auparavant, ce notaire lui avait remis un document étonnant : la dernière confession du vieil écrivain, qui tenait à ce que la célébration de son centenaire se déroulât selon ses voeux... Or l'histoire qu'Alexandre Marciac raconte au commissaire - ou qu'il revit du fond de son coma, car il est lui aussi, quelques jours plus tard, victime d'une tentative d'assassinat - est bien étrange. Qui était donc Jacques Sinteuil ? Un paisible écrivain catholique, ou le diable en personne, membre d'une confrérie occulte et maître en coups tordus ? Quelle mission, outre celle d'écrire sa biographie, avait-il confiée à Alexandre ? Pourquoi son ultime confession, quand elle est révélée, provoque-t-elle des remous jusque dans les plus hautes sphères de l'Église et de l'État ? Quel jeu jouent les enfants Sinteuil qui cherchent à récupérer l'héritage paternel ? Enquête policière à la construction labyrinthique, traversée du siècle d'un homme doté de pouvoirs inquiétants, Esprits de Famille est aussi le portrait satirique d'un monde hanté par l'obsession du pouvoir et du complot, un théâtre où faux policiers, écrivains de l'ombre, conseillers corrompus, ecclésiastiques et théologiens s'agitent dans une comédie humaine qu'un narrateur construit et déconstruit avec jubilation.

  • Lors d'une flânerie dans les ruelles étroites de la bonne ville de Barbezieux, l'auteur, Bernard Fauconnier, ressuscite ceux qui en ont fait la réputation littéraire : en premier lieu, son père Henri Fauconnier, prix Goncourt pour Malaisie, sa tante Geneviève Fauconnier prix Fémina pour son roman Claude et Jacques Chardonne l'auteur entre autre du Bonheur de Barbezieux... mais aussi François Fontaine, prix Méditerranée, et, pour conclure, notre contemporain, Philippe Besson.

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