Nous

  • Venise, peut-etre Nouv.

    Venise, peut-etre

    Andrea Zanzotto

    • Nous
    • 6 Mai 2021

    Venise, peut-être recueille les textes qu'Andrea Zanzotto a consacrés à Venise et à la Vénétie. Mais il s'agit d'une autre Venise, peut-être : à la fois vue de très près et comme vue du ciel, prise dans un cadre plus vaste - une ville reliée, inscrite dans le temps intime et historique, dans la matière et dans l'espace. Venise n'est pas un joyau détaché, elle doit s'approcher de l'extérieur, ne se comprend qu'à travers sa lagune et son ancrage dans sa région, la Vénétie, site de terribles batailles de la première guerre mondiale et, plus tard, haut lieu de la lutte partisane. Venise, peut-être témoigne d'une certaine idée de l'écologie, du paysage et de l'habitation, où l'homme et la nature interagissent et se confrontent, où ville et nature sont le lieu d'une passion et d'un combat intimes et politiques.

    La ville entière a tenu ses temps resserrés contre elle, comme les pièces d'une marqueterie : fruit et ver, bave lumineuse et scories, puanteur chaque fois changée en parfum : comme un point d'absurdité dans le présent.

  • La rage

    Pier Paolo Pasolini

    • Nous
    • 22 Octobre 2020

    "Poème filmique" en prose et vers, La Rage est le scénario intégral du film sorti en 1963 (dans une version raccourcie). Un commentaire lyrique qui mélange l'analyse sociale et politique à l'invective, l'élégie à l'épique, en les tissant avec des images des actualités, des matériaux d'archives et des photographies des faits marquants de son époque.

    En interrogeant la société de son temps, le poète-réalisateur interroge aussi la nôtre. Dans ce texte, d'une brûlante actualité, on y retrouve le Pasolini le plus politique, le plus âpre et le plus clairvoyant.

    « Pourquoi notre vie est-elle domine´e par le me´contentement, l'angoisse, la peur de la guerre, la guerre ? C'est pour re´pondre a` cette question que j'ai e´crit ce film, sans suivre un fil chronologique, ni me^me peut-e^tre logique. Mais pluto^t mes raisons politiques et mon sentiment poe´tique ».
    Pier Paolo Pasolini.

    Introduction de Roberto Chiesi.
    Postface de Jean-Patrice Courtois.

  • Portrait sur mesure

    Leonardo Sciascia

    • Nous
    • 21 Janvier 2021

    Ce livre propose un choix d'essais dans l'oeuvre du grand écrivain italien, écrits dans les années soixante, traduits ici pour la première fois. Ce sont des textes incisifs, politiques et polémiques, qui donnent à voir l'écrivain qui lutte pour le développement, le progrès, la justice - et qui deviendra ensuite, dans les années soixante-dix, une des consciences de l'Italie, avec Moravia et Pasolini. Les analyses proposées incarnent la voix d'un combattant pour la vérité, d'un opposant, d'un hérétique, d'un sceptique et d'un pamphlétaire, d'un homme qui combat les pouvoirs, les abus de pouvoir - et d'un écrivain à la sobriété exemplaire, qui aime la concision et manie l'ironie.
    On reconnaît dans ces textes le premier auteur italien à écrire un roman sur la mafia - contre la mafia - au début des années soixante, à un moment où son existence est encore souvent niée (Le jour de la chouette).
    Celui qui met en garde contre la compromission des partis de gauche qui gouvernent avec la Démocratie Chrétienne, d'abord en Sicile puis à l'échelle de l'Italie. Celui qui voit venir le « compromis historique » avec le Parti communiste (À chacun son dû, Le contexte) et ses conséquences politiques désastreuses. On perçoit également dans ces courts essais l'admiration que Sciascia porte aux grands écrivains siciliens : Verga, De Roberto, Pirandello... jusqu'à son contemporain Vittorini, à qui il rend un bel hommage post-mortem. Mais aussi le rapport difficile qu'il entretient avec Le Guépard de Tomasi di Lampedusa, le fameux roman à succès, qu'il juge trop pessimiste et trop indulgent envers les aristocrates. On y voit son attachement de Sicilien au passé plus ou moins mythique de la Sicile arabe et normande au Moyen Âge - un modèle de civilisation, peut-être de tolérance. On y voit enfin un écrivain qui persévère, qui ne se laisse pas détourner ni corrompre - même s'il lui arrive de se décourager - alors que les campagnes se vident, que la Sicile se vide, que l'émigration des Siciliens est au plus haut. « J'écris seulement pour faire de la politique », écrit-il un jour au réalisateur Elio Petri, qui s'apprête à adapter au cinéma À chacun son dû. Les textes réunis ici le prouvent.
    Auteur d'essais autant que de fictions, Leonardo Sciascia (1921-1989) est le plus grand écrivain sicilien du XXe siècle avec Pirandello, l'une des figures centrales de la littérature « engagée » en Italie, l'une de ses voix polémiques les plus lucides et précieuses - que l'on pense à L'Affaire Moro, pamphlet contre l'élite politique italienne après l'enlèvement et l'assassinat d'Aldo Moro, ou aux films tirés de ses romans, comme Cadavres exquis de Francesco Rosi.

  • Un silence s'ouvre

    Amy Clampitt

    • Nous
    • 9 Avril 2021

    Un silence s'ouvre (1994) est le dernier livre d'Amy Clampitt. Elle y explore la beauté et la variété du monde naturel, les questions de l'exil, du déplacement et de l'appartenance, les grands mythes fondateurs américains, et le souvenir d'une enfance et d'une adolescence dans le Midwest. Son écriture déploie une syntaxe baroque, un vocabulaire foisonnant et une versification libre où l'on entend parfois l'écho d'un mètre plus classique. Les poèmes d'Amy Clampitt tissent les fils de la langue, de la croyance religieuse, de la dégradation du monde naturel, de la violence, de la colonisation, jusqu'au noeud du genre et de la sexualité.

  • La Sicile ; la côte italienne Nouv.

  • Journaux

    Franz Kafka

    • Nous
    • 17 Janvier 2020

    Les Journaux de Kafka, toujours surprenants, sont le lieu d'une écriture lucide et inquiète où se mêlent intime et dehors, humour et noirceur, visions du jour et scènes de rêves, où se succèdent notes autobiographiques, récits de voyages et de rencontres, énoncés lapidaires, ainsi qu'esquisses et fragments narratifs plus longs. Dans ce battement entre vie écrite par éclats et soudaines amorces fictionnelles, les Journaux se révèlent être le coeur de l'oeuvre de Kafka : le lieu où les frontières entre la vie et l'oeuvre s'évanouissent.

    Cette édition est la première traduction intégrale des Journaux de Franz Kafka. La seule traduction française visant l'intégralité était à ce jour celle de Marthe Robert, publiée en 1954 chez Grasset. Mais elle ne correspond pas à l'intégralité des Journaux de Kafka. En effet, elle se base sur la version établie par Max Brod en 1951 : celui-ci avait procédé à une censure des textes de son ami, en éliminant les noms des personnes encore vivantes, et un certain nombre des remarques qui le concernaient lui-même. Dans sa volonté de faire de Kafka un « saint laïque », il avait également supprimé des passages jugés « obscènes ». Enfin sa chronologie, qui a été suivie par Marthe Robert, s'est avec le temps avérée erronée (la traduction française contenait d'ailleurs un certain nombre de fragments traduits à partir de la version anglaise, plus complète que l'édition originale en allemand - avec tous les risques qu'une traduction de traduction comporte). Se pose enfin la question, cruciale, de la place à accorder aux fragments fictionnels. Dans l'édition de « La Pléiade », ils sont absents du volume contenant les journaux. Or, ces textes figurent dans les mêmes cahiers manuscrits qui contiennent les notations « diaristes ». Et il y a un intérêt certain, par exemple, à pouvoir lire dans la continuité la première version, manuscrite, d'une nouvelle et, immédiatement après, le commentaire qu'en fait Kafka.

    Les Journaux ce sont, matériellement, 12 cahiers in-octavo. Ils couvrent les années 1910 à 1922, avec de fortes disparités quant à la fréquence et à la longueur des notations. Kafka ne faisait pas de différence, quant au support d'écriture, entre la fiction et « l'autobiographie », celle-ci étant évidemment liée au projet de la tenue d'un « journal ». Nous suivons donc la leçon qui a été proposée dès 1990 par les éditeurs allemands de la « Kritische Ausgabe », qui ont reproduit à l'identique les cahiers manuscrits. La chronologie qui en résulte est très différente de celle de Max Brod. Le texte corrige aussi certaines erreurs du déchiffrage initial des manuscrits.

    Cette version est donc la première à traduire en français l'intégralité des cahiers des journaux à partir des manuscrits. La traduction de Robert Kahn reste au plus près de l'écriture de Kafka, en préservant les litotes, la syntaxe, en « laissant résonner dans la langue d'arrivée l'écho de l'original ». Elle s'inscrit ainsi à la suite de ses retraductions remarquables des lettres À Milena (2015) et des Derniers cahiers (2017).

  • A

    Louis Zukofsky

    • Nous
    • 6 Novembre 2020

    Livre culte, oeuvre majeure de la litte´rature ame´ricaine du vingtie`me sie`cle et aboutissement d'un immense travail de traduction qui aura dure´ une vingtaine d'anne´es, « A » est enfin accessible en franc¸ais dans son e´dition inte´grale.
    Chef-d'oeuvre de Louis Zukofsky et sommet de l'objectivisme, la publication de « A » est l'e´ve´nement poe´sie de ces dernie`res anne´es.

    Zukofsky disait de « A » : « ces mots sont ma vie » - il y aura consacre´ quarante cinq anne´es de travail.
    Oeuvre majeure de la modernite´ ame´ricaine, « A » peut e^tre lu a` la fois comme un manifeste, le te´moignage d'une vie traverse´e par les espoirs et les de´sastres du sie`cle dernier, une que^te de l'amitie´ (Ezra Pound, William Carlos Williams) et un chant d'amour pour sa femme Celia. Dans « A » se me^lent inextricablement la vie de Louis et de sa famille, les e´ve´nements historiques du vingtie`me sie`cle, la musique, une re´flexion morale et politique hante´e par la pre´sence textuelle de Marx et Spinoza. Les 24 sections qui composent « A » - 24 comme les heures d'une journe´e - re´ve`lent une me´thode de composition d'une grande audace, qui alterne le vers rime´, le vers libre, le collage, la correspondance, les citations, l'e´criture the´a^trale, l'e´criture musicale...
    Le mode`le prosodique demeure le vers de Shakespeare, son mode`le rythmique, l'art de la fugue et du contrepoint de Bach.

  • Ce livre est une plongée dans la pensée politique du grand philosophe allemand, figure fulgurante et rebelle de la philosophie, qui aura marqué le vingtième siècle de la pensée européene par sa sensibilité et exigence extrêmes. C'est le résultat d'un travail d'immersion complète dans l'oeuvre du jeune Nietzsche, que Michèle Cohen-Halimi mène ici avec la rigueur et la clarté qui caractérisent son approche de la philosophie allemande moderne, dont elle est l'une des plus lumineuses spécialistes.
    L'Action à distance ambitionne de mettre en perspective le XXe siècle politique allemand à partir du XIXe siècle de Nietzsche - à partir du diagnostic relatif au totalitarisme nazi annoncé par le wagnérisme, profondément anticipé par le philosophe. Il montre la fécondité de la pensée du jeune Nietzsche, qui a poursuivi son déploiement par-delà la rupture avec Wagner, par-delà l'abandon du modèle micropolitique grec, sans jamais céder sur la relation agonistique indissoluble de la culture, de l'État et de la religion.
    Comment le jeune philologue Nietzsche est-il devenu philosophe ? Peut-être fallait-il s'attarder sur son imperceptible écart au monde sécularisé et sur son désaveu de ce qu'il advenait de l'unité politique allemande, pour mieux saisir en lui les crises et le malaise par lesquels la philosophie s'est imposée à lui dans la souveraineté d'un geste antagonique.
    L'opération nietzschéenne de l'antagonisme montre d'emblée la force de sa relation à ce que l'on ne voit pas encore :
    La libération du devenir ordonné à une autre pensée du temps et l'horizon politique qui s'exorbite de la seule instance de l'État. Le levier du livre est la puissance sous-estimée de la négation. C'est la puissance du devenir que Nietzsche en tire : puissance plastique où se prépare l'ouverture d'un autre rapport à l'histoire et à la politique.

  • Une cause dansée tresse les éléments d'une traversée géographique et intellectuelle sur les traces de l'écrivain et historien de l'art Aby Warburg. Écrit dans une langue à la fois évocatrice et précise, Une cause dansée entend une nouvelle fois explorer les attendus et les effets de ce que Pierre Parlant a nommé l'« autobiographie d'un autre » - venant ainsi clore un cycle composé de Les courtes habitudes, Nietzsche à Nice (Nous, 2014) et Ma durée Pontormo (Nous, 2017). Pour chacun de ces ouvrages, la « méthode » n'a pas varié. Partant de la lecture d'écrits latéraux au regard de l'oeuvre la plus connue - ici le texte d'une conférence prononcée par Warburg en 1923, intitulée « Le rituel du serpent » -, l'auteur s'est rendu sur place afin de s'y installer provisoirement, d'y trouver d'éventuelles traces et d'éprouver les particularités et quelquefois l'étrange familiarité des lieux.
    Alors que le premier livre avait été conçu à partir d'extraits de la correspondance de Nietzsche, que le deuxième s'intéressait à l'oeuvre et au journal du peintre maniériste Pontormo, Une cause dansée trouve son origine dans l'expérience relatée par l'historien de l'art Aby Warburg à l'occasion du voyage qu'il fit chez les Hopis en 1895- 1896. Sa composition a été amorcée lors d'un séjour au Nouveau-Mexique (Santa Fe et sa proche région) puis dans le Nord-Est de l'Arizona, une zone aride de mesas où sont bâtis les pueblos des Indiens Hopis. Le texte s'est nourri de divers éléments empruntés à la biographie de Warburg, du contenu de sa conférence « Le rituel du serpent » et de ce que la présence et les déplacements accomplis dans les espaces démesurés de l'Ouest américain ont su produire sur le narrateur. On se doute par ailleurs que les rencontres effectuées et que le jeu du hasard n'ont pas été sans effets. Mêlant les bribes d'un journal de voyage à des remarques et observations d'ordre plus réflexif, Une cause dansée renoue avec ce genre hybride qu'Hubert Lucot, ayant lu Les courtes habitudes, avait désigné comme relevant de l'« essai-poème ».

  • Naissance de la phrase

    Bailly

    • Nous
    • 5 Juin 2020

    Naissance de la phrase est composé de deux textes. Le premier est consacré au langage et s'efforce d'explorer la question - insondable - de son origine. Le pari aura été de superposer à la question de l'origine des langues (et, donc, de l'apparition du langage) celle de la venue, en nous, des phrases que nous nous efforçons de former. Autrement dit de tenter de comprendre de quoi le langage répond et de quelle manière il le fait, différemment dans chaque langue et à chaque fois en ravivant le souvenir de sa venue.
    Le second texte s'efforce quant à lui de regarder de près comment il revient au poème de restituer au mieux cette éclosion. Le modèle étant Paterson, le livre de William Carlos Williams comme le film de Jim Jarmusch.

  • Lettres d'italie

    Friedrich Nietzsche

    • Nous
    • 22 Novembre 2019

    Ce livre propose un choix de lettres dans la correspondance du grand philosophe, écrites d'Italie entre 1876 et 1889. Le parti-pris qui façonne ce volume : choisir les lettres, nombreuses, où Nietzsche évoque l'Italie, son rapport à ce pays, si radicalement différent de son Allemagne natale, et plus particulièrement certaines de ses villes, dans une quête intellectuelle, existentielle et sensible de l'endroit où « la vie vaut la peine d'être vécue ».
    Une préface de Pierre Parlant, écrivain et philosophe (et déjà auteur d'un livre sur Nietzsche aux éditions Nous, Les courtes habitudes. Nietzsche à Nice, 2014), éclaire ce montage, qui met au premier plan le Nietzsche voyageur et marcheur (« Je suis au moins huit heures par jour sur les chemins : c'est à ce prix que je supporte la vie »), « médecin et patient en une seule personne », « homme qui aime le sud » qui cherche et trouve l'endroit où le travail est enfin porté par une « force vitale » débordante.

  • Dire cela

    Robert Creeley

    • Nous
    • 18 Septembre 2020

    Voici la nouvelle édition en format poche de Dire cela (première édition 2013). Le livre propose un choix de poèmes de Robert Creeeley traduits et présentés par Jean Daive. Il contient également des entretiens inédits avec le grand poète américain. C'est aussi un témoignage passionnant sur les autres poètes de sa génération.

  • Descriptions Nouv.

  • L'éthique est un texte dense, vif et facile d'accès, qui n'a rien perdu de son actualité. Ce petit livre polémique est par ailleurs un véritable manuel, au sens classique, où Alain Badiou expose son éthique des vérités, à savoir « les orientations majeures d'une éthique véritable, qui préserve, et même exige, les droits de la création, de l'invention dans la pensée, de la politique d'émancipation, de l'art d'avant-garde. » Alain Badiou dira plus tard de ce livre qu'il est « une introduction à la fois animée et consistante aux vastes entreprises par lesquelles je tente de déplacer les enjeux de la philosophie contemporaine. » Vingt cinq ans après sa première publication - et parmi la bibliographie si copieuse d'Alain Badiou - L'éthique reste l'introduction idéale à la philosophie d'Alain Badiou. Le plus traduit des livres de Badiou (désormais disponible dans une trentaine de langues), L'éthique est la meilleure vente des éditions NOUS.
    « Droits de l'homme », « bio-éthique », « respect de l'autre » : l'éthique est aujourd'hui à la mode. Mais ses valeurs (l'Homme, l'Autre, la Vie...) sont trop générales pour permettre une pensée des situations singulières. Contre cette vague « éthique des principes », surtout habile à dénoncer partout un Mal radical, une éthique des vérités concrètes - vérités de la politique, de la science, de l'art et de l'amour - nous permettrait d'identifier autrement le Mal, pour pouvoir alors y parer.

  • C'est du propre

    Jacques Barbaut

    Quatrième livre de Jacques Barbaut aux éditions Nous, C'est du propre explore la question du nom. Nom propre, prénom, anthroponyme, nom de famille, nom de scène : ce livre emprunte, sous la forme d'une anthologie malicieuse et savante, drôle et profonde, autant à divers textes critiques (Genette, Barthes, Starobinski, Richard...) et philosophiques (Derrida, Lacan, Deleuze & Guattari...), qu'aux figures littéraires qui se confrontèrent aux questions du pseudonyme ou du « nom d'artiste » (Céline, Gracq...), de l'« hétéronyme » (Pessoa, Gary...), aux enjeux de la nomination des personnages (et lieux) fictifs de leurs romans (Balzac, Proust...) ou qui écrivirent à partir des associations et rêveries que leur propre nom suscita (Ponge, Quignard...) Comme les autres livres de Jacques Barbaut aux éditions Nous (qui portaient sur la lettre A, sur l'année 1960, sur la lettre H), C'est du propre accueille citations, collages, fragments, extraits de publications de toute nature, jeux typographiques, calligrammes, listes, rassemblant les fantaisies (arbitraire du signifié et échos des signifiants) et effets de l'onomastique. C'est du propre mêle l'érudition la plus étendue à un humour permanent. Le lecteur est happé dans un labyrinthe fascinant de réflexions sur les pouvoirs du nom.

  • Transport vers l'été

    Wallace Stevens

    • Nous
    • 21 Février 2020

    Wallace Stevens peut prétendre, en France, au titre de plus grand poète méconnu de langue anglaise. Quasi conclusif de son oeuvre, Transport vers l'été est l'un de ses livres les plus importants, et le seul non traduit en français à ce jour.
    Transport vers l'été : ce titre assez étrange semble présenter la poésie comme une agence de voyages spécialisée dans les destinations paradisiaques. À y regarder de plus près, cela se complique : un des poèmes s'intitule « Vacances dans la Réalité », et Stevens déclarera que la belle saison promise par le titre de son livre était pour lui simplement le monde tel qu'il est.
    On en concluera que la vie réelle, selon Wallace Stevens, pourrait être quelque chose d'aussi délicieux qu'un séjour aux Baléares, à condition d'être transfigurée par la poésie.
    Stevens prêtait à la poésie, en tant qu'activité de l'imagination, un pouvoir d'exaltation comparable à la foi religieuse ou aux passions collectives qui ravagèrent le globe entre 1939 et 1945, à l'époque même où il composait Transport vers l'été. Les poèmes de ce livre déclinent cette idée sur un ton mystérieux et magistral. Le volume donne en supplément un long poème, poème central et lui aussi inédit en français : Notes pour une fiction suprême, où il ébauche la définition méthodique de cet art qui écrirait l'histoire humaine « en beau langage sans une goutte de sang » - Stevens regardait cette proposition comme le manifeste de son oeuvre. Le recueil s'achève sur une adresse au soldat américain de retour après guerre au pays, l'exhortant non à renoncer à tout combat, mais à engager désormais ses forces dans une lutte universelle et spirituelle : Soldat, il y a une guerre entre l'esprit / Et le ciel, entre le jour, la nuit et la pensée. / C'est pourquoi le poète est toujours dans le soleil... La traduction de Transport to Summer est suivie d'un choix de lettres où Wallace Stevens revient diversement sur l'intention générale des Notes pour une fiction suprême, sans craindre à l'occasion de donner la clef de ses images les plus énigmatiques.
    Transport vers l'été est accompagné d'une préface éclairante d'Alexandre Prieux, traducteur et spécialiste de Stevens, qui explicite les enjeux du choix des textes, les situe par rapport à l'oeuvre de Stevens, et considère la place de cette dernière dans l'histoire de la littérature.

  • Les mots sont des pierres, qui a reçu le prestigieux Prix Viareggio, est particulièrement important dans l'oeuvre de Carlo Levi. Témoignage puissant sur la Sicile, ses villes et sa géographie, mais plus encore sur la vie de son peuple, sa culture, ses luttes. Il marque le lecteur par l'urgence de son rythme, l'acuité de sa phrase et la bonté de son regard.
    Les mots sont des pierres est, dit Carlo Levi, « le récit de trois voyages en Sicile et des choses de là-bas, telles qu'elles peuvent tomber sous l'oeil averti d'un voyageur dépourvu de préjugés. » Ces récits sont de tonalités très diverses.
    Il y a l'histoire de ce fils de cordonnier sicilien devenu maire de New York et qui revient, presque comme une divinité, le temps d'une courte visite, dans son village natal. Levi découvre ensuite le vieux monde sicilien des soufrières et la première grève de ses travailleurs. Puis c'est Palerme, Palerme faste et misérable aux rues grouillantes d'humanité, aux souterrains des couvents remplis de cadavres embaumés, Catane, noire de lave, et enfin le désespoir des paysans de Bronte, le désespoir de toute cette Sicile qui pleure ses morts et souffre des injustices, l'histoire de Francesca Serio, mère d'un syndicaliste assassiné par la mafia, sa ferme détermination : « les larmes ne sont plus des larmes mais des mots, et les mots sont des pierres ».

  • Chant tacite

    Emmanuel Laugier

    Chant tacite, le deuxième livre d'Emmanuel Laugier aux éditions Nous (après Ltmw, paru en 2013), est un livre ambitieux : se donnant à lire sous la forme d'un journal en poèmes, il s'est élaboré à partir de l'ordre des jours et de leur succession sur toute l'étendue d'une année civile. Les choses les plus ordinaires (impressions, descriptions, réflexions, constats), s'entremêlent parfois au regard porté sur d'autres arts (dont la photographie, le cinéma, la peinture), comme aux événements les plus communs qui constituent et forment le « sentiment de l'existence ». Chant tacite tresse ainsi différentes temporalités (du temps présent au plus lointain passé), et tisse, par la succession des poèmes, une durée spécifique. Les expériences sensibles qui s'écrivent sont toujours issues de la traversée de lieux, de saisons, de voyages - réels, projetés ou remémorés.

  • Les journées en arlequin

    Jean Daive

    • Nous
    • 22 Octobre 2020

    Les journées en Arlequin est un livre des rencontres. Homme de radio, homme de revues, d'entretiens, Jean Daive a passé sa vie à dialoguer avec des poètes, des artistes, parfois des inconnus. Les journées en Arlequin racontent comment se trament le temps consacré à l'écriture et le temps libre, un temps ouvert à la rencontre, temps de l'écoute, de la chance, de l'accident, de l'imprévisible. Le livre réunit douze textes (sur Paul Celan, Georges Seurat, Jean Paulhan, Pierre Reverdy...) et s'ouvre sur un entretien avec Jean Starobinski à propos du temps et de la journée - la journée productrice de moments intenses, la journée qui doit pouvoir permettre d'écrire un livre.

  • Après L'Etna, Excursion aux îles Éoliennes est le deuxième titre d'Alexandre Dumas proposé dans la collection VIA. Initialement paru dans Le capitaine Arena (1842, épuisé depuis des décennies), ce texte vif et méconnu méritait d'être exhumé, mis en lumière, et édité pour lui-même. Ce récit haut en couleur d'Alexandre Dumas n'a pas pris une ride, il impressionne par son esprit de curiosité, sa rapidité narratve, son humour, et la soif de rencontres dont il témoigne.
    De Palerme vers les îles éoliennes (ces sept îles volcaniques et aujourd'hui paradisiaques du nord de la Sicile), Alexandre Dumas nous relate une équipée d'île en île faite d'expériences très contrastées : douces heures du voyage sur l'eau, aridité d'Alicudi, île désolée, puis séjour chez les moines de Lipari, enfer des forçats dans les mines de souffre de Vulcano, et enfin description du volcan Stromboli, de son ascension vertigineuse, et de ses explosions régulières, sa « pluie de lave et de pierres ». Le périple est ponctué d'épisodes bigarrés (pêche à la langouste, chasse aux lapins, tarantelle, mésaventures du chien Milord) et marque par le contraste entre le caractère immuable de ces îles dont le voyageur peut aujourd'hui faire une expérience sensible proche de celle des protagonistes de Dumas, et le bouleversement des conditions sociales et des manières de vivre.
    « Vulcano, pareil au dernier débris d'un monde brûlé, s'éteint tout doucement au milieu de la mer qui siffle, frémit et bouillonne tout autour de lui. Il est impossible, même à la peinture, de donner une idée de cette terre convulsionnée, ardente et presque en fusion. »

  • Les hommes et la poussière

    Elio Vittorini

    • Nous
    • 21 Novembre 2018

    Les hommes et la poussière regroupe l'intégralité des nouvelles d'Elio Vittorini des années 1930 et 1940 - toutes inédites en langue française - écrites au moment où Vittorini est au plus fort de son activité et de son rayonnement, et publie ses oeuvres les plus importantes. Ce livre nous font découvrir un autre Vittorini, non plus le romancier mais l'auteur de nouvelles brèves et énigmatiques, à l'écriture essentielle et d'une musicalité rare.
    Ce volume commence au début des années trente, où l'on voit Vittorini expérimenter diverses directions, dans un style plutôt classique et légèrement influencé par le surréalisme, dévoilant son intérêt particulier pour l'enfance, et nous amène jusqu'à la recherche d'un langage beaucoup plus « moderniste ». Son aboutissement est le petit recueil de « nouvelles » mis en avant dans la première partie du livre. Ces récits, écrits en concomitance ou immédiatement après Conversation en Sicile, témoignent de la même mise au point d'un langage symbolique et prophétique capable d'évoquer chez le lecteur la présence d'une communauté humaine manquante et désirée. Ce geste consistait à « dire sans déclarer », et Vittorini l'avait du reste lui-même imaginé pour soustraire ses textes à la censure. Mais dans ces nouvelles du début des années quarante, naissent aussi les motifs du désert qui figure la solitude humaine engendrée par le fascisme sous toutes ses formes, de la radio qui relie les hommes aux « villes du monde », ou encore de la « bête » qui signifie la peur et son envers - le désir d'action, de transformation. On y voit se forger les images d'une « autobiographie en temps de guerre » et la trame d'une catastrophe amoureuse. Mais le symbole politique qui traverse les années quarante est celui de la ville, qui rassemble chez Vittorini les motifs d'un mythe moderne et d'une recherche d'universalité. Les « villes du monde » (expression qui donnera son titre au futur grand roman inachevé de Vittorini) sont au début des années quarante cet espace utopique que quelques personnages rêvent de loin, pour devenir dans l'après-guerre l'emblème d'un espace politique à construire. Bien que Vittorini n'abandonne pas tout symbolisme, c'est une autre écriture que l'on voit ici, qui nous rappelle aussi qu'il fut l'un des initiateurs du néoréalisme italien. En filigrane, c'est aussi une histoire politique de l'Italie du 20e siècle et de ses intellectuels, dont Vittorini est un exemple à la fois exceptionnel et exemplaire, qui apparaît dans ce volume.

  • Dans Le corps miroir, la pensée explore à reculons le temps du commencement de l'univers. Cette exploration interroge la possibilité narrative, quand celle-ci est radicalement privée du témoignage d'un sujet. Provoquant une explosion du récit, sorti des gonds du « sujet » narrateur et de l'« objet » narré, Jean-Pierre Faye explore l'hypothèse d'une pensée narrative qui ne calcule ni ne juge, mais se transforme. La pensée narrative pousse le langage en avant des concepts qui la fixent, elle provoque en elle-même une espèce d'ébranlement de l'intelligence, toujours moins figurative, toujours plus dynamique, dont la trace est gardée dans les mots comme le dépôt mobile d'un processus infini de transformation.

    « Supprimez le corps de femme et d'homme, il n'y a plus de corps d'univers : il n'y a plus de lever du soleil, ni crépuscule ni aube ne donnent de mesure du temps et l'univers entier cesse de savoir son âge, qui maintenant atteint le chiffre - fictif?? - de treize milliards sept cent mille années. »

  • 80 fleurs

    Louis Zukofsky

    • Nous
    • 19 Octobre 2018

    Louis Zukofsky est l'un des plus grands poètes américains du vingtième siècle. Chef de file du mouvement « objectiviste », avec Charles Reznikoff, il est encore assez peu traduit en langue française (la traduction et la publication de son 'livre d'une vie' « A » ne sont encore que très partielles). 80 fleurs est son chef d'oeuvre conclusif et lyrique. Le projet de Zukofsky est littéralement - à travers une exploration formelle fondée sur le compte des mots, et en prenant comme objet la botanique - d'y condenser l'ensemble de ses livres précédents.
    Toute la prosodie tardive de Zukofsky est fondée sur le compte des mots et ses derniers poèmes sont écrits en vers de cinq mots. En choisissant de compter les mots, Zukofsky inaugure une métrique qui court-circuite les sens pour s'adresser directement à l'intellect. Cette recherche formelle lui permet de créer une langue curieuse et belle et de revisiter sans mièvrerie les topos de la lyrique. Zukofsky conclut avec les 80 fleurs une recherche passionnée de la forme dont « A » offrait un répertoire exceptionnel et qui explique la ferveur d'un grand nombre de poètes d'après-guerre pour son oeuvre, aux États-Unis mais aussi en Grande-Bretagne ou en France.
    80 fleurs est son dernier livre. Dans ses carnets préparatoires, Zukofsky en résume le projet : « Commencer à 70 ans pour finir à mon 80e anniversaire un livre de chansons intitulées 80 Flowers. Substance. Uniquement les fleurs que j'ai réellement vues et toute la botanique que j'aurais apprise en 10 ans. Forme. Chansons de 8 vers de 5 mots : 40 mots par poème, qui naissent de mes livres précédents et les condensent. » Ce projet est tout entier déterminé par la mort qui approche. Zukofsky n'atteindra pas sa quatre-vingtième année mais achèvera 80 fleurs, publié à titre posthume par sa veuve Celia en 1978.

  • La vie volatile

    Jacques Demarcq

    • Nous
    • 20 Août 2020

    Jacques Demarcq poursuit l'aventure des Zozios par des voyages aux Amériques, en Afrique et en Asie, que complète un tour du monde des arts traditionnels et modernes des cinq continents. Parmi les humains et d'autres animaux, il y rencontre beaucoup d'oiseaux, volatiles incitant son écriture et sa pensée à ne pas tenir en place.

    « Les oiseaux sont une chance à saisir, à l'égal de l'amour. »

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