Arts et spectacles

  • L'objet que se donne la peinture chinoise est de créer un microcosme, « plus vrai que la Nature elle-même » (Tsung Ping) : ceci ne s'obtient qu'en restituant les souffles vitaux qui animent l'Univers ; aussi le peintre cherche-t-il à capter les lignes internes des choses et à fixer les relations qu'elles entretiennent entre elles, d'où l'importance du trait. Mais ces lignes de force ne peuvent s'incarner que sur un fond qui est le Vide. Il faut donc réaliser le Vide sur la toile, entre les éléments et dans le trait même.

    C'est autour de ce Vide que s'organisent toutes les autres notions de la peinture chinoise ; celles-ci forment un système signifiant auquel François Cheng est le premier à appliquer une analyse sémiologique. Son commentaire est enrichi par d'amples citations et des reproductions.

  • « La vocation de la musique n'est pas de répondre à l'alternative du près et du loin. La musique récuse les catégories tranchées et les disjonctions brutales, comme elle récuse tout ultimatum. Le son est perpétuellement en mouvement. Le son se rapproche, s'éloigne, nous enveloppe entièrement, et puis nous quitte pour s'éteindre dans les lointains. Les ondes de la musique circulent dans l'espace sonore. De là ce charme captivant, mais aussi décevant, instable, problématique dont le nom est musique. Car la musique est un charme. Ce charme de l'inachevé est celui de la présence absente. » V. J.

  • Voici le portrait de celui qui deviendra le plus grand architecte du XXe siècle : Charles-Édouard Jeanneret, dit Le Corbusier. La première partie du livre, Corbeau, relate ses débuts : de sa naissance en 1887 à La Chaux-de-Fonds à ses tentatives de devenir l'architecte du régime de Vichy. Cet artiste radical et magnifique fut-il fasciste ? Le livre entreprend avec nuances de répondre à cette question. Il deviendra en tout cas la figure emblématique de la Reconstruction et des années de l'après-guerre : une immense figure d'architecte. La seconde partie du livre, Fada, retrace cet autre versant de sa carrière, avec l'examen du destin tumultueux de la Cité radieuse de Marseille et de ses trois répliques. On est plongé dans les polémiques que suscita cette « machine à habiter » que son créateur présentait comme l'une des grandes oeuvres de l'histoire. Ce livre est la chronique de la construction d'un personnage et celle de la fabrication d'un mythe.

  • « Plus que toute autre, l'oeuvre de Beethoven possède le don de la migration perpétuelle, et rend un sens au mot galvaudé d'"immortelle". Ce privilège est celui de l'esprit moderne ».

    Pas de meilleur point de vue que celui d'un autre compositeur pour pénétrer le dédale créatif de Beethoven. André Boucourechliev met ici en évidence tout ce qui lie l'atelier du compositeur au monde, au contexte historique et psychologique qui entoure chaque création. Ce livre est une notice poétique, un mode d'emploi, la clef d'un trésor, un passeport : on ne saurait partir en expédition auditive sans lui.

  • « Il y a dans la musique une double complication, génératrice de problèmes métaphysiques et de problèmes moraux, et bien faite pour entretenir notre perplexité. Car la musique est à la fois expressive et inexpressive, sérieuse et frivole, profonde et superficielle ; elle a un sens et n'a pas de sens. La musique est-elle un divertissement sans portée ? ou bien est-elle un langage chiffré et comme le hiéroglyphe d'un mystère ? Ou peut-être les deux ensemble ? Mais cette équivoque essentielle a aussi un aspect moral : il y a un contraste déroutant, une ironique et scandaleuse disproportion entre la puissance incantatoire de la musique et l'inévidence foncière du beau musical ».

    Vladimir Jankélévitch (1903-1985).
    Philosophe, musicien et musicologue, il a occupé la chaire de philosophie morale à la Sorbonne de 1951 à 1979. Il est l'auteur d'une oeuvre considérable, traduite dans le monde entier.

  • Ravel

    Vladimir Jankelevitch

    « Cette musique, disons qu'elle fut tout de suite lucide et clairement consciente de ses intentions. Lucide, plutôt que précoce : car il ne court sur son compte aucune de ces anecdotes fabuleuses avec lesquelles se fabrique à l'ordinaire l'hagiographie des enfants prodiges ; il n'a pas, comme les nourrissons mythologiques, étranglé deux boas dans son berceau ni composé un concerto à trois ans ; même il fut, somme toute, un assez mauvais élève [...] ».

    Ce célèbre texte de Jankélévitch n'a rien d'une monographie ordinaire : nourri par une grande connaissance de l'oeuvre, se gardant de suivre simplement la chronologie, il nous plonge dans l'atmosphère d'une époque pour s'ouvrir sur une réflexion sur l'art de Ravel, et sur l'art en général.

    Philosophe, musicien et musicologue, Vladimir Jankélévitch (1903-1985) a occupé la chaire de philosophie morale à la Sorbonne de 1951 à 1979. Il est l'auteur d'une oeuvre considérable, traduite dans le monde entier.

    Préface inédite d'Alexandre Tharaud. Discographie inédite de François Hudry.

  • « Mes mains, je veux bien vous les montrer. Blanches, veineuses, rien d'extraordinaire. » C'est avec la modestie des grands artistes qu'Alexandre Tharaud, pianiste phare de sa génération, nous parle de son métier. Souvenir après souvenir, il nous livre ses doutes, ses convictions profondes, ses habitudes les plus intimes. Quelles sont les différences entre Bach et Ravel, au contact du public ? Entre la loge du Symphony Hall de Boston et celle du Musikverein de Vienne ? Entre le public de Tokyo et celui de Paris ? Quelle est la sensation des touches sous les doigts ? Au fil des réponses apparaît un homme qui consacre chaque mesure de la partition de sa vie - chaque note, chaque silence, chaque soupir - à la musique.

  • Dans une fable illustre, Borges a montré que deux textes littéralement indiscernables pouvaient constituer deux oeuvres différentes, voire antithétiques. Arthur Danto étend ici à l'ensemble des pratiques artistiques cette interrogation : le même objet peut être ici une vulgaire roue de bicyclette, là une oeuvre (Roue de bicyclette, par Marcel Duchamp) cotée à cette Bourse des valeurs esthétiques qu'on appelle le « monde de l'art ». Une telle transfiguration montre que la spécificité de l'oeuvre d'art ne tient pas à des propriétés matérielles ou perceptuelles, mais catégorielles : l'oeuvre possède une structure intentionnelle parce que, figurative ou non, elle est toujours à propos de quelque chose.

  • Une fillette et son tueur devant une vitrine, une silhouette noire descendant un escalier, la jupe arrachée d'une kolkhozienne, une femme qui court au-devant des balles : ces images signées Lang ou Murnau, Eisenstein ou Rossellini, iconisent le cinéma et cachent ses paradoxes. Un art est toujours aussi une idée et un rêve de l'art. L'identité de la volonté artiste et du regard impassible des choses, la philosophie déjà l'avait conçue, le roman et le théâtre l'avaient tentée à leur manière. Le cinéma ne remplit pourtant leur attente qu'au prix de la contredire.

    Jacques Rancière analyse les formes de ce conflit entre deux poétiques qui fait l'âme du cinéma et montre comment la fable cinématographique est toujours une fable contrariée, qui brouille les frontières du document et de la fiction.

  • Au lecteur le plus curieux, cet ouvrage présente une synthèse claire et ordonnée des courants d'idées apparemment disparates et hétéroclites qui, depuis les débuts de la révolution industrielle, ont l'urbain pour objet ; ainsi qu'une anthologie de trois cents pages groupant des textes de trente-sept auteurs.
    Plus fondamentalement, c'est une thèse : l'urbanisme du XXe siècle n'est pas ce qu'il croit être - réponse nouvelle à des problèmes nouveaux - mais, pour l'essentiel, reprise, répétition, de configurations discursives inconscientes nées au siècle précédent, que Françoise Choay nomme modèles.

  • Comment s'opère une révolution symbolique et comment réussit-elle à s'imposer ? À travers le cas exemplaire d'Édouard Manet, c'est à cette question que Pierre Bourdieu a consacré les deux avant-dernières années de son cours au Collège de France.

    Située en pleine crise de l'Académie, à un moment où la croissance du nombre des peintres remettait en cause la tutelle de l'État sur la définition de la valeur artistique, la rupture inaugurée par Manet a abouti à un bouleversement de l'ordre esthétique. En abordant la genèse des tableaux de Manet comme une série de défis lancés à l'académisme conservateur des peintres pompiers, au populisme des réalistes, à l'éclectisme commercial de la peinture de genre et même aux « impressionnistes », Bourdieu montre qu'une telle révolution est indissociable des conditions d'émergence des champs de production culturelle.

    Cours au Collège de France (1998-2000) suivis d'un manuscrit inachevé de Pierre et Marie-Claire Bourdieu.

  • la peinture chinoise classique, au-delà de ses multiples courants, témoigne d'une continuité due à ce qu'elle est, aux yeux mêmes des chinois, l'expression la plus haute de leur spiritualité.
    tout au long des siècles, les théoriciens et les peintres eux-mêmes ont consigné par écrit leurs réflexions et leurs expériences. cet ensemble de textes constitue un corpus organique, dans la mesure où il se réfère à une même conception cosmologique de base, où prime la notion de shen-ch'i (" souffle-esprit "), ainsi qu'à une même pratique de l'art du pinceau. ce qui est tenté ici, c'est, pour la première fois en occident, une présentation organisée selon des rubriques claires - art pictural en général, arbres et rochers, fleurs et oiseaux, paysages et hommes - de la meilleure part de ce corpus, traduite et annotée.
    je voudrais très humblement offrir ce livre aux peintres
    vivants et à venir, et également à ceux qui s'intéressent à la pensée chinoise, à ceux qui aiment l'art en général et s'interrogent sur sa signification ultime, et finalement à tous ceux qui sont à la recherche d'une possibilité de vivre aujourd'hui.
    françois cheng

  • Oublier le temps

    Peter Brook

    Ni autobiographie classique, ni thèse sur le théâtre, Oublier le temps étire le fil des souvenirs. Ancrés dans un monde de sensations, à la fois précis et évanescents, ils se manifestent sous la forme de réminiscences - bribes qui s'appellent mutuellement, comme pour esquisser une vaste réponse à la question de savoir comment on en vient au théâtre. Peter Brook montre combien une vie peut être habitée par une vocation autant qu'elle peut la faire.

    L'auteur relate dans cet ouvrage ses débuts à Londres, son installation à Paris, ses rapports avec le groupe Gurdjieff, ainsi que ses rencontres avec des figures culturelles marquantes de la vie culturelle française et internationale.

  • Les architectes sont-ils nuls ? Beaucoup le pensent.
    Devant le spectacle affligeant de la Bibliothèque nationale de France, la désolation des quartiers sur dalle, comme Montparnasse ou Euralille, la prétention du ministère des Finances, la pesante médiocrité de l'Opéra Bastille, les quartiers de barres et de tours. on ne peut que faire chorus avec la foule.
    Pourtant le jugement est expéditif. L'architecte est un bouc émissaire facile. Il y a d'autres coupables : maires mégalomanes, entreprises déficientes, juridiction écrasante, pots-de-vin, inculture des maîtres d'ouvrages et poujadisme du public.
    Faut-il pendre les architectes ? dresse le constat sévère d'un système qui n'en finit pas de produire des erreurs monumentales. Les architectes qui s'en sortent n'en sont que plus méritants. On peut se pendre à leur cou.

  • Présentée en 1933 par Le Corbusier lors du IVe Congrès international d'architecture moderne, La Charte d'Athènes reste en tous points à l'ordre du jour : qu'il s'agisse de l'habitation, des loisirs, du travail, de la circulation ou encore de la sauvegarde du patrimoine historique des villes, les observations sur lesquelles est fondé ce manifeste montrent que « le chaos est entré dans les villes » et y demeure. Rendre la cité habitable et harmonieuse, telle est l'exigence qui sous-tend les vingt-cinq propositions de ce livre qu'accompagne l'Entretien avec les étudiants des écoles d'architecture, véritable définition d'un état d'esprit, d'un état de créativité du bâtisseur.

    « Académisme : manière de ne pas penser qui convient à ceux qui craignent les heures d'angoisse de l'invention, pourtant compensées par les heures de joie de la découverte ».

    « La tradition est la chaîne ininterrompue de toutes les novations et, par-là, le témoin le plus sûr de la projection vers l'avenir ».

    Le Corbusier

  • La peinture flamande du XVe siècle est témoin d'une révolution dans les esprits : les peintres de ce temps découvrent que la vie sur terre mérite d'être observée et représentée. Or, montrer le monde tel qu'on le voit, c'est le peindre dans son individualité : celle des objets, des paysages, des animaux et - plus que tout - des êtres humains. Les êtres sont désormais peints pour eux-mêmes et non pour illustrer une leçon pieuse. Nous entrons dans l'ère de l'individu.

    Tzvetan Todorov situe cette révolution dans l'histoire de l'image, il reconstitue le contexte théologique, philosophique et social dans lequel ont été peints ces tableaux. Il analyse l'art des grands pionniers Robert Campin et Jan van Eyck, celui de leurs disciples comme celui de leurs contemporains italiens : pensée et image marchent ici d'un même pas.

  • « La beauté gît dans le geste le plus humble. Quand Steen et Ter Borch, de Hooch et Vermeer, Rembrandt et Hals nous font découvrir la beauté des choses, ils ne se comportent pas en alchimistes capables de transformer en or n'importe quelle boue. Ils ont compris que cette femme qui traverse une cour, cette mère qui pèle une pomme, pouvaient être aussi belles que les déesses de l'Olympe, et ils nous incitent à partager cette conviction. Ils nous apprennent à mieux voir le monde, non à nous bercer de douces illusions; ils n'inventent pas la beauté, ils la découvrent - et nous permettent de la découvrir à notre tour. Menacés aujourd'hui par de nouvelles formes de dégradation de la vie quotidienne, nous sommes, en regardant ces tableaux, tentés d'y retrouver le sens et la beauté de nos gestes les plus élémentaires.

  • De l'influence des plasticiens à celle des ingénieurs, de l'urbanisme rationaliste (Le Corbusier, Gropius) à l'apport des pays nordiques, de l'architecture américaine (F. L. Wright) au développement d'un style international, tout ce qui préside au devenir de la cité moderne et notre propre environnement est évoqué dans ce deuxième volume.

    Les trois volumes de l' Histoire de l'architecture et de l'urbanisme modernes montrent et expliquent l'habitat humain dans ses réalisations et ses projets, de l'aube des temps contemporains jusqu'à nos jours. Une irremplaçable synthèse illustrée, comprenant un index des noms cités.

  • Après la cité antique, la ville médiévale, après l'espace urbain de la Renaissance, le XIXe siècle apporte un nouveau changement. L'architecture et l'urbanisme deviennent les agents et les serviteurs de la révolution industrielle, celle du fer et du charbon, du béton et de l'électricité. Les hommes bâtissent alors de nouvelles villes en un bouleversement de styles et d'habitudes qui prennent parfois les couleurs de l'utopie...

    Les trois volumes de l'Histoire de l'architecture et de l'urbanisme modernes montrent et expliquent l'habitat humain dans ses réalisations et ses projets, de l'aube des temps contemporains jusqu'à nos jours. Une irremplaçable synthèse illustrée, comprenant un index des noms cités.

  • Traçant l'atlas de l'architecture au XXe siècle, esquissant une sociologie de l'urbanisme, ne ménageant pas les bâtisseurs de notre décor quotidien, ce livre rend aussi justice aux grands créateurs de notre époque. L'auteur brosse, par touches successives, de Barcelone à Moscou, de Paris à Brasilia, le tableau vivant des méthodes, des échecs et des rêves dont l'homme se sert pour construire ses cités et tenter d'y vivre.

    Les trois volumes de l' Histoire de l'architecture et de l'urbanisme modernes montrent et expliquent l'habitat humain dans ses réalisations et ses projets, de l'aube des temps contemporains jusqu'à nos jours. Une irremplaçable synthèse illustrée, comprenant une chronologie générale, une bibliographie et un index des noms.

  • Le 27 juillet 1890, en plein travail, en plein soleil, en pleine détresse, en pleine jouissance, en plein champ, planète, univers de blé, devant une de ses toiles qui tentent de « mettre en bocal le chaos », Van Gogh tombe transpercé d'une balle de revolver. Qui a conduit sa main à changer d'instrument, à dévier de la toile vers lui-même ? À détruire son modèle ? Qui a tué Vincent ?

    Une exploration étonnante et bouleversante de ce que fut le peintre Vincent Van Gogh qui disait de Rembrandt : « Il faut être mort plusieurs fois pour peindre ainsi. »

  • Avec son premier livre, L'Espace vide, Peter Brook avait tracé le cadre du formidable travail de mise en scène théâtrale auquel il s'était livré dès la fin des années quarante, en abordant très jeune l'oeuvre de Shakespeare, au coeur même du théâtre occidental, à Stratford-sur-Avon.

    Points de suspension ouvre un débat plus vaste. Entre le titre original, The Shifting Point, et le titre français, tout semble déjà suggéré de cet état d'interrogation permanente qui définit le rapport essentiel entre l'acteur et le spectateur.

    Dans ce livre, Peter Brook parle des problèmes quotidiens du metteur en scène, des personnalités qu'il a rencontrées au long des années, du cinéma, de l'opéra, de la création d'un groupe d'acteurs de dix-sept pays, de leurs voyages à travers le monde et des créations aux Bouffes du Nord, de Timon d'Athènes au Mahabharata.

    L'ensemble porte témoignage de l'une des grandes aventures théâtrales de notre temps.

    Traduit de l'anglais par Jean-Claude Carrière et Sophie Reboud.

  • La relation entre le message transmis par une oeuvre et la manière de vivre de son créateur n'est jamais simple, même si on n'est pas toujours conduit à un choix aussi cruel que celui entre « la bourse ou la vie ! ». Le premier des essais de ce volume, « Le cas Rembrandt », décrit d'une part la leçon d'humanité et d'universalité qui se dégage des tableaux et des gravures du peintre ; d'autre part, il rappelle ce que nous savons de ses rapports avec ses femmes et compagnes, enfants et autres proches. Le second, « Art et morale », résume d'abord le conflit séculaire entre les conceptions demandant la soumission de l'art à la morale et celles qui affirment l'autonomie de l'art. Il tente de montrer ensuite que l'amour du monde, et singulièrement du monde humain, est à la base tant de l'art que de la morale.

empty