Premier Parallele

  • Grandir : éloge de l'âge adulte à une époque qui nous infantilise Nouv.

    Notre société est obsédée par la prime jeunesse. La chose semble partout admise : devenir adulte, c'est se résigner à une vie moins aventureuse et beaucoup plus insignifiante que ce à quoi l'on pensait pouvoir prétendre.
    Mais si l'on ne parle jamais de l'âge adulte en termes élogieux, ce n'est peut-être pas pour rien. Car en décrivant la vie comme un long déclin, nous laissons entendre aux plus jeunes qu'ils ne doivent pas en attendre grand-chose - et nous leur apprenons ainsi à ne rien réclamer. L'idéologie de la jeunesse éternelle n'est pas neutre d'un point de vue politique : l'enfant est d'abord assujetti à la volonté d'autrui.
    Dans cet essai incisif, Susan Neiman, philosophe américaine internationalement reconnue et pour la première fois traduite en français, interroge cette culture, la nôtre, qui promeut une adolescence permanente. Et se tourne vers des penseurs tels que Kant, Rousseau et Arendt pour trouver un modèle de maturité qui ne soit pas simple affaire de résignation. Car la véritable maturité implique de trouver le courage de vivre dans un monde incertain sans rien céder au dogme du désespoir. Un adulte, affirme Neiman, transforme le monde de sorte qu'il ressemble davantage à ce qu'il devrait être, sans jamais perdre de vue ce qu'il est vraiment. Et si le fait de prendre de l'âge, loin de rimer avec ennui et renoncement, était en fait un idéal pour notre temps - peut-être même l'idéal le plus subversif que l'on puisse trouver dans une société qui nous encourage à ne pas faire l'effort de penser par nous-mêmes ?

  • Ma santé, mes données : comment nous semons nos informations les plus précieuses et pourquoi elles sont si convoitées Nouv.

    Une carie sur la canine gauche, une coloscopie réalisée au printemps dernier, une anomalie du gène BRCA, responsable de cancers du sein... Nos dossiers médicaux contiennent des informations très intimes. Stockées dans nos montres Fitbit, sur notre carte vitale ou sur les serveurs des hôpitaux, elles sont loin d'y être en sécurité. En Grande-Bretagne, Amazon a accès gratuitement à l'intégralité des données du système national de santé. En France, Microsoft a désormais la main sur nos dossiers médicaux.
    Les données de santé s'arrachent à tel point que les hôpitaux sont devenus une cible ordinaire de cyberattaques pour les pirates informatiques. Sur le dark web, les dossiers médicaux se revendent même plus cher que des informations de carte bleue.
    En partant chaque fois d'une anecdote personnelle, Coralie Lemke nous entraîne sur la piste des ces données de santé qui valent de l'or. Leur revente peut certes faire avancer la science, mais les citoyens malades n'ont pas de ristourne sur les nouveaux traitements. Les compagnies d'assurances, elles, utilisent ces informations pour moduler leurs tarifs en fonction de la santé du patient.
    Il y a dix ans, alors que Google, Facebook, Instagram et d'autres réseaux sociaux prenaient leur essor, personne ne se souciait de leurs conséquences sur notre vie privée. La situation semble se reproduire, aujourd'hui, avec les données de santé. Sommes-nous en train de faire les mêmes erreurs?

  • Que faire si votre route croise celle d'un moustique, d'un chien errant, d'un ours, d'abeilles énervées, d'un macaque affamé ? Savez-vous que les corneilles ont une mémoire incroyable et comptent parmi les animaux les plus rancuniers ? Que les ours sont myopes mais ont un odorat incroyablement développé ?
    Face à une bête sauvage, nous réalisons l'étendue de notre ignorance. Nous faisons la brutale expérience de notre propre appartenance au monde animal, et de la faiblesse de notre espèce, qui n'inspire spontanément ni terreur ni crainte. Avec ce guide à la fois informé et étonnant, Joëlle Zask ne nous propose pas seulement de nous prémunir contre une morsure ou un coup de griffe. Elle nous invite à faire connaissance avec les autres animaux de la nature, et à remettre en question la place que nous accordons aux humains parmi eux.

  • « Après avoir passé un doigt sur la surface du texte pour en apprécier le niveau de grain, lire. Une première fois. Résonance du choc. Dégringolade en pied de page.
    On a lu pourtant, et reconnu les grands équilibres, la structure grammaticale ou la tonalité de sa langue maternelle. Mais on n'a rien compris.
    On recommence, on repasse.
    On pose ses coudes de part et d'autre, il faudra bien que le texte s'attable.
    Mais pour y parvenir, il ne suffira pas, même si c'est indispensable, de l'attaquer bille en tête, de le bloquer entre ses coudes et de se prendre la tête à deux mains. Il faudra ruser avec lui : le traiter comme un sujet, comme un oeil qui vous voit, comme un corps qui vous sent. Tourner autour, le lire dans toutes les pièces et toutes les positions, le maltraiter et le surprendre, le faire rire, le séduire. Alors il vous donnera tout, ou presque. »

  • « Et toi, tu vas te faire vacciner contre le Covid ? » Jamais nous n'aurons autant parlé des vaccins. Et pourant le sujet suscite les passions depuis fort longtemps déjà. C'est que les vaccins éveillent en nous les plus grands espoirs et les pires craintes. Quels sont ces vaccins anti-Covid conçus et commercialisés à la vitesse de l'éclair ? De manière générale, quels sont les enjeux des différents vacins en France ? De quoi sont-ils constitués et comment fonctionnent-ils ?
    Lise Barnéoud examine ici les vaccins maladie par maladie, de la tuberculose au Covid-19. Enrichi en infographies, ce petit volume est un guide indispensable pour tout citoyen désireux de comprendre comment marchent les vaccins, de saisir le délicat équilibre entre les bénéfices et les risques propres à chacun d'entre eux, et de se forger un avis éclairé et dépassionné.

  • «Le cyclisme, c'est Poulidor, Richard Virenque et Lance Armstrong, ça sent le camphre et la chicorée, les fautes de syntaxe et l'EPO. Le cyclisme, c'est le Tour de France, devant lequel vous ne cessez de vous ennuyer qu'en vous endormant.
    À rebours de cette idée, j'aimerais ici embrasser la liste des enchantements par lesquels je suis passé, à ne fréquenter que des cyclistes pendant des années, à ne vivre que comme eux, au point d'en être devenu un, ad vitam. J'ai dû me rendre à l'évidence : les livres ne rendent pas plus malins, la course cycliste oui. La course cycliste a la vertu de vous détromper. Vous pensez sans doute que rien n'est plus simple, plus mécanique que pédaler, et qu'une course de vélo c'est Les Temps Modernes version aseptisée, clinique, sans Chaplin et sans la poésie. Vous ne soupçonnez pas qu'être fort et rouler vite sont deux choses absolument différentes. Que la pédale se recouvre, se caresse, bien plus qu'on n'y appuie. Vous les croyez des brutes, ils sont délicats comme des danseuses, subtils plus que bien des écrivains, faute de quoi ils n'avanceraient pas.»

  • « Lagos vous rend vivant. Lagos vous tue. Ici, vous aurez tort sur tout. Ici, vous n'aurez plus raison de rien. Lagos crée autant de millionnaires qu'elle envoie de pauvres au tapis. Ici, la Nature abonde autant qu'elle s'autodétruit. Et jamais, vous, humains, malgré vos croyances et vos certitudes, jamais vous n'aurez voulu tant vivre. Au milieu de ce trop-plein, de ce trop de gens, de ce trop de déchets, d'injustices, de fêtes et d'excès. De tout ce que vous aviez tenté d'ignorer jusqu'à présent. » En mars 2020, Sophie Bouillon vit à Lagos, la capitale économique tentaculaire du Nigeria, quand le premier cas de Coronavirus y est déclaré. Journaliste, elle s'extrait de sa nuit pour aller écrire la dépêche qui annoncera au monde que l'Afrique, à son tour, est touchée par ce qu'on appelle alors le « virus des Blancs ». Manuwa Street, c'est le récit incroyablement puissant d'une année qui s'achèvera par le soulèvement d'un peuple. C'est aussi et surtout une déclaration d'amour à une ville qui ne connaît jamais de répit - et, pour nous lecteurs, une invitation urgente à voir le monde autrement.
    Ouvrez Manuwa Street, vous ne pourrez plus le refermer.

  • Pourquoi lire

    Collectif

    Pourquoi lire est un livre de lecteurs avant d'être un livre d'écrivains.
    À l'occasion de son soixante-dixième anniversaire, la maison d'édition allemande Suhrkamp a demandé à certains de ses auteurs de répondre à cette question très simple. Les éditions Premier Parallèle ont choisi de reprendre une partie des textes publiés alors et de poursuivre cette initiative en posant la même question à d'autres auteurs. Sur un ton tour à tour personnel ou plus théorique, les auteurs rassemblés ici nous parlent de la lecture de manière inattendue. Souvenir d'enfance qui marquera sa vie d'écrivaine pour Annie Ernaux, nécessité de faire résonner le réel pour Hartmut Rosa, éloge des turbulences littéraires pour Sybille Lewitscharoff, vertus politiques de la lecture à une époque de « modernité régressive » pour Oliver Nachtwey, portrait d'Emma Bovary en « lectrice générique » pour Eva Illouz... Les raisons de lire sont innombrables.
    En voici quinze.

  • Vous avez une « mauvaise mémoire » ? C'est ce que vous croyez. En vérité, vous ignorez simplement comment la solliciter. Que diriez-vous de la retrouver ? De citer les sommets du monde comme si vous y aviez planté votre drapeau ? De vous souvenir du prénom de tous ceux que vous croisez ? D'apprendre en un mois les mille mots principaux d'une langue étrangère ? De ne plus systématiquement recourir à Internet ? Bref, de retenir ce que vous voulez, quand vous le voulez ? Rien n'est plus facile et amusant.
    Ce livre va vous montrer comment quitter le territoire fastidieux de la répétition pour celui, fabuleux, des arts de mémoire, où l'imagination règne en maître et où tout, absolument tout, est possible. Un parcours initiatique qui vous aidera à développer une aptitude plus que jamais précieuse : l'attention.

  • « En janvier dernier, je publiais À la trace, une cartographie que j'espérais complète des acteurs et des enjeux de la surveillance contemporaine.

    Quelques mois plus tard, la pandémie de Covid-19 offrait un cas d'usage frappant des dispositifs que je m'étais efforcé de décrire. Elle commandait un complément aux réfléxions que je venais de faire paraître. Je ne pense pas que la crise marque une rupture dans le déploiement des technologies de contrôle. Au contraire, elle assoit leur légitimité en accélérant leur banalisation.

    On a vu des officines de toutes tailles, hier positionnées sur le juteux secteur de la sécurité, pivoter vers un nouvel impératif, celui de la traque des corps malades - un levier encore plus puissant que la lutte contre le terrorisme. L'américain Palantir, fondé après le 11-Septembre grâce au fonds d'investissement de la CIA, a délaissé les agences de renseignement pour démarcher les autorités sanitaires britanniques, françaises ou allemandes (avec des fortunes diverses) ; l'israélien NSO, qui vend toute l'année des logiciels espions à des régimes autoritaires pour surveiller opposants et journalistes, a voulu calculer le score de contagiosité des habitants de l'État hébreu ; en France, le petit Datakalab déploie ses caméras dans les rues de Nice ou le métro parisien, capables non plus de détecter des comportements suspects mais de vérifier le port du masque et le respect de la distanciation ont développé des applications de traçage, de «suivi des contacts», misant sur le numérique pour endiguer la course du virus. Dans le ciel, des drones sortis d'un futur proche ont fait respecter le confinement.

    Le moment a offert une vue panoramique sur cette montée en régime des dispositifs de surveillance. Chaque phase de la crise s'est accompagnée de ses réponses technologico-politiques et de ses sous-traitants, en accélérant et en révélant des tendances qui lui préexistaient, comme la militarisation de l'espace public ou la mise sous tutelle du domicile. On me demande souvent s'il faut craindre la généralisation d'une surveillance dite de masse; et s'il s'agissait plutôt d'une massification de la surveillance ? » Olivier Tesquet

  • Depuis la fin des années 1990, une science du bonheur a fait son apparition : la psychologie positive. Elle s'attache à conférer une légitimité scientifique à une idée fort simple : le bonheur se construirait, s'enseignerait et s'apprendrait. Il suffirait donc de vouloir, et d'écouter les experts, pour devenir heureux. L'industrie du bonheur affirme ainsi pouvoir façonner les individus en créatures capables de faire obstruction aux sentiments négatifs, de tirer le meilleur parti d'elles-mêmes en contrôlant totalement leurs désirs improductifs et leurs pensées défaitistes.
    Mais n'aurions-nous pas affaire ici à une autre ruse destinée à nous convaincre, encore une fois, que la richesse et la pauvreté, le succès et l'échec, la santé et la maladie sont de notre seule responsabilité ; que les maux des individus importent infiniment plus que les problèmes sociaux ? Et si la dite science du bonheur visait à nous convertir à un modèle individualiste niant toute idée de société ?
    Se faisant autant archéologues d'un pseudo-savoir que sociologues, Edgar Cabanas et Eva Illouz reconstituent ici avec brio les origines de cette nouvelle « science » et explorent les implications d'un phénomène parmi les plus captivants et inquiétants de ce début de siècle.
    Un livre urgent, accessible et provocateur.

  • Des renards dans les jardins de Londres, des sangliers dans les rues de Marseille, des léopards dans les artères étroites de Bombay, des coyotes dans les parkings de New York, des kangourous dans les rues de Canberra : repoussés une campagne chaque jour plus hostile - polluée, rognée par l'urbanisation ou déréglée par le changement climatique - les animaux sauvages s'installent dans les villes. Ils s'y adaptent. A New York, les rats mangent des bagels et de la bière ; à Paris, ils optent pour du beurre et des croissants.

    Ce phénomène s'accentue. Et si, demain, nous devions les côtoyer au quotidien ?

    La ville telle que nous la connaissons a été historiquement pensée contre les animaux sauvages­ et, plus généralement, contre la nature. Accueillir ces animaux parmi nous paraît impensable. Les rejeter, impossible. Les exterminer, cruel et dangereux pour les équilibres écologiques.

    Ce livre propose une expérience de pensée. A quoi ressemblerait une ville dans laquelle les distances et les espaces rendraient possible la coexistence avec les bêtes sauvages ? Une ville qui ne serait plus pensée contre les animaux, ni d'ailleurs pour eux, mais avec eux ? Comment, en somme, à l'heure des grands bouleversements écologiques, construire une nouvelle arche de Noé ?

  • La chose est entendue : nous ne vivons plus dans un système climatique stable, la biodiversité s'érode, les océans s'acidifient, le monde devient chaque jour plus toxique. En entrant dans l'ère de l'Anthropocène, nous avons perdu le contrôle de notre monde, qui menace de s'effondrer tel un jeu de dominos.
    La science de l'effondrement, ou collapsologie, affirme que la catastrophe est inévitable, et que nous n'avons pas d'autre alternative que celle de nous y préparer. Le monde se referme sur nous comme un destin : il nous faut accepter la chute, que l'on s'en désespère ou que l'on y trouve une jouissance coupable.
    Autrement dit, « il n'y a pas d'alternative » - comme le disait en son temps Margaret Thatcher, papesse des politiques libérales.
    Or il y a une alternative - il y en a même de très nombreuses, car ailleurs, la catastrophe est déjà arrivée et a déjà donné naissance à des mobilisations politiques et écologiques, à de nouveaux systèmes de solidarité et de nouvelles manières de produire. Le catastrophisme, cette construction qui touche les classes moyennes occidentales, c'est un « récit du Tout », un récit dépolitisé qui nous encourage à nous prendre en charge de manière privée, par l'entraide. Or s'il y a une chose que nous a montré la crise du Coronavirus, c'est que nous avons besoin d'État. Pour éviter la catastrophe - car elle est évitable - il faut politiser l'écologie, rompre avec un discours global et voir ainsi se rouvrir les possibilités d'action, dans leur pluralité.

  • Depuis toujours, des re´fugie´s, emmene´s par la guerre et la faim, toquent a` la porte de mieux lotis. Pour ceux qui se trouvent derrie`re ces portes, ces importuns ont toujours d'abord e´te´ des e´trangers, des e´trangers porteurs de peur et d'angoisse.

    Nous sommes, aujourd'hui, confronte´s a` une forme extre^me de ce motif historique. Alors que les me´dias sont obse´de´s par une « crise migratoire » qui menacerait notre mode de vie, on voit nai^tre une ve´ritable panique morale. L'ide´e que le bien-e^tre de nos socie´te´s est menace´e est de´sormais largement re´pandue.

    C'est cette panique morale que disse`que Zygmunt Bauman dans ce petit essai incisif paru en 2016.

    Il revient sur la manie`re dont hommes et femmes politiques ont exploite´ la peur pour la re´pandre d'abord chez les plus de´she´rite´s d'entre nous. A` ceux-la`, on promet d'e´riger des murs, non des ponts. Mais si cette promesse rassure a` court terme, elle est condamne´e a` l'e´chec sur le long terme.

    Car la crise a` laquelle nous sommes confronte´s concerne l'humanite´ dans son ensemble. Nous sommes, plus que jamais, de´pendants les uns des autres. Raison pour laquelle il nous faut inventer de nouvelles manie`res de vivre ensemble.

  • Incendies de Californie, de Grèce, du Portugal... Les feux de forêt, ce phénomène que l'on connaît depuis toujours, prennent désormais une ampleur telle qu'ils en viennent à changer de nature : nous avons désormais affaire, un peu partout dans le monde, à des « mégafeux ». À l'échelle de l'espèce humaine, ils sont cataclysmiques. Leur violence est telle qu'il est légitime de redouter que, parmi tous les scénarios des catastrophes naturelles liées au changement climatique que nous avons imaginés, celui de la destruction par les flammes s'avère le plus imminent.
    Or, qu'ils soient intentionnels, accidentels ou liés au réchauffement climatique, l'homme en porte la responsabilité.
    Ce phénomène nouveau est symptomatique, telle est la thèse de Joëlle Zask, de l'ambiguïté fondamentale de notre rapport à la nature à l'heure de la crise écologique. Une nature à la fois idéalisée, bonne en soi, à laquelle il ne faudrait pas toucher pour la laisser la plus vierge et pure possible ; et, de l'autre côté, une volonté de domination bien connue, menant à la destruction.
    Voilà qui ne laisse pas de place à l'idée d' « entretien », à une relation régulée, pragmatique, de l'ordre du partenariat.
    En cela, le phénomène des grands feux, phénomène extrêmement inquiétant, éclaire mieux que toute autre catastrophe écologique l'impasse dans laquelle nous semblons nous trouver ; seule catastrophe née de la main de l'homme, arme de pure destruction accessible à tout un chacun, il met par ailleurs au jour la jouissance de la destruction qui semble gagner chaque jour du terrain.

  • Quand on parle de surveillance, on ne parle pas que de grandes oreilles et de paires d'yeux dans le ciel. C'est une réalité bien plus quotidienne et moins spectaculaire que ces incantations inquiètes. Ecrasée par le vocabulaire orwellien, la réflexion sur la surveillance s'égare en mauvais diagnostics. De nos routines Instagram aux caméras intelligentes du Xinjiang, des courtiers en données discrets à nos profils Facebook, qu'est-ce qui lie nos destins - en apparence disparate - de citoyens sous contrôle ? Depuis trois siècles, les dispositifs s'éparpillent jusqu'à donner l'illusion de disparaître. Et pourtant, plus présents et intrusifs que jamais, ils font de nous des agents consentants de notre propre enfermement, modifient nos comportements et confisquent nos vies avec le sourire. Nous commandant de forger une nouvelle grammaire pour mieux saisir le monde inquiétant dans lequel nous évoluons tous : une description minutieuse, rigoureuse et à hauteur d'individu des dispositifs qui nous entourent.

  • De la détente proposée par le Club Med aux cartes sexuelles distribuées dans les rues de Tel Aviv, des techniques de psychologie positive aux films d'horreur, la consommation et les émotions s'intriquent désormais au point de se définir mutuellement. C'est là un trait fondamental, et pourtant jusqu'alors jamais étudié, de notre modernité. Une modernité qui fait de l'individu un être à la fois fondamentalement rationnel et soumis à une intensification sans précédent de ses émotions. Ce paradoxe est rendu possible par le fait que les émotions et les marchandises sont désormais coproduites, jusqu'à générer un type de produits tout à fait inédit et jusqu'à présent jamais étudié : les marchandises émotionnelles.
    Cet ouvrage collectif, initié et dirigé par Eva Illouz, montre brillamment comment ces nouvelles marchandises - produites par des industries aussi diverses que celles du tourisme, de la musique, du cinéma, du sexe ou des psychothérapies - entendent transformer et améliorer le moi. Il met ainsi le doigt sur une caractéristique majeure de nos sociétés, interrogeant avec profondeur - en se gardant de tout jugement - l'authenticité de l'individu moderne. Une réflexion fondamentale, qui ouvre un nouveau champ de recherches et jette une lumière éclatante sur nos modes de vie.

  • Il était une fois, au royaume de Léthésie, un jeune monarque écervelé dont la mémoire était si déplorable qu'il ne se souvenait de rien, ne savait rien nommer, ne comprenait rien au monde qui l'entourait. Les journées passaient ainsi, entre deux parties de petit train, sous l'oeil consterné de ses conseillers.
    Or voici qu'un beau jour, le roitelet doit se rendre au bal de la Rose, à Monaco. Fera-t-il bonne figure devant la diplomatie étrangère ?
    Une seule solution : faire appel à un certain Simonide, personnage loufoque dont on dit qu'il est capable, en quelques jours, de transformer le plus inculte des hommes en sage disposant d'une mémoire d'éléphant. Il suffit pour cela, dit-on, de plonger dans son imagination...
    /> Pour le roi comme pour le lecteur commence alors un fabuleux périple dans les arcanes de la mémoire. À la fin de ce voyage initiatique, tous connaîtront les techniques de mémorisation infaillibles. N'ont-elles pas déjà fait leurs preuves chez nos ancêtres grecs et romains ? Cicéron lui-même les utilisait...

  • Apprendre, c'est accompagner le processus naturel de la mémorisation ; ce n'est pas faire entrer des informations dans un cerveau à coups de marteau. Apprendre, c'est profondément joyeux. Sébastien Martinez, champion de France de la mémoire et formateur en mémorisation, en fait l'expérience chaque jour.

    Puisant dans son entraînement, il a isolé quatre facultés fondamentales, qui sont au coeur de tout apprentissage et qui méritent d'être travaillées en tant que telles :
    L'attention, sans laquelle rien n'est possible ;
    La perception, qui imprègne notre mémoire ;
    L'imagination, qui permet de relier l'inconnu au connu ;
    Et enfin l'observation, grâce à laquelle nous pouvons suivre nos progrès.

    Ce sont ces facultés fondamentales qu'il s'agit ici d'éveiller pour apprendre facilement et efficacement.
    Apprendre suppose de la gourmandise. En s'appuyant sur son expérience et sur celles de quelques « maîtres ès facultés » - écrivains, sportifs, parfumeurs, gastronomes, mystiques - et à l'aide de nombreux exercices qui permettent au lecteur de se tester et de progresser, c'est cette gourmandise que Sébastien Martinez nous invite à cultiver.

    Un athlète sportif s'entraîne avec des exercices respiratoires, des courses d'endurance et des séances fractionnées. Un athlète de la mémoire prend le temps de rêver.

  • En une série de courts textes, Mélancolie du pot de yaourt évoque ces petits objets a priori insignifiants - tubes, boîtes, bouteilles, sachets, flacons, pots, capsules - qui traversent notre vie et notre imagination. Ils prennent dans nos vies une place exorbitante, mais souvent à notre insu. Les regarder, les sonder, les interroger, y compris lorsqu'ils sont devenus des déchets, c'est-à-dire des fantômes : telle est l'ambition de ce livre, où le regard poétique, la réflexion et l'humour tentent de coexister. Conscient du désastre annoncé, ce texte n'est pas écrit sur le mode du pamphlet. Il compose avec cette part du monde visible que sont ces milliards de petits réceptacles éparpillés dans nos vies et sur le monde. Il revendique une position qui serait la moins blessante possible, où se mêleraient la lucidité, la contemplation et une certaine forme d'humour.

  • « Les quelques mois de la pandémie de 2020 ont-ils changé le cours de l'histoire du présent ? De l'événement sans fin on est passé à la quotidienneté de l'anormal, à l'inquiétude permanente, puis à la nécessité d'apprendre à vivre dans l'incertitude.

    Ce petit livre est un exercice : celui d'un anthropologue dont le terrain d'observation a semblé se dérober avant de réapparaître sous un tout autre jour et qui a décidé de faire état, patiemment, du changement qui s'est opéré, pour éviter de le laisser se perdre dans les oubliettes de l'histoire.

    Il y a deux moments dans cette écriture, et deux parties dans le livre. L'une consiste à porter un regard à la fois présent et décalé sur le temps de l'événement, comme le ferait l'anthropologue sur n'importe quel événement. L'autre étape est plus systématiquement réflexive et s'éloigne du terrain pour interroger les grandes questions que cet événement nous a laissées et qui sont apparues au fil de l'enquête qui la précède. Ni un journal de « vie confinée », ni une analyse définitive et surplombante du « monde d'après », ce livre est plus simple et plus risqué, c'est une tentative d'anthropologie du monde contemporain et de ses désordres.

    L'exercice a l'avantage de montrer que les questions des chercheurs en sciences sociales ne tombent pas du ciel pur des idées, ni ne sortent (seulement) de tours d'ivoire pleines de livres, mais viennent de leur existence réelle, vécue comme observateurs, comme citoyens, comme habitants, voisins ou travailleurs, et aussi, l'avait-on oublié que cela nous est revenu brutalement en pleine face, comme corps parmi d'autres millions de corps. »

  • Chaque 8 mai, la Russie célèbre la « Grande Victoire » de la Seconde Guerre mondiale. Des défilés sont organisés partout en Russie mais aussi à travers le monde. Ces défilés sont ceux du « Régiment immortel ».
    Pourquoi cet engouement soudain, quand la guerre est terminée depuis plus de 70 ans ? En perdant l'URSS, les Russes sont devenus une puissance régionale pauvre et mal aimée de ses voisins. Le génie de Poutine a été de redonner aux Russes la fierté de leur passé soviétique en occultant progressivement ses côtés sombres. Or la victoire sur le nazisme n'est-elle pas le moment le plus glorieux de l'époque soviétique ?
    Par un tour de passe-passe, le peuple russe, qui a « gagné la guerre contre le mal absolu », devient porteur du bien absolu. Et Staline, une figure populaire, désormais préférée à Poutine et à Pouchkine.
    La conscience nationale ainsi sacralisée, il n'est pas difficile à au gouvernement, qui s'appuie sur une armada de journalistes et de « technologues politiques », de convaincre le « petit peuple » que tous ses agissements sur la scène internationale et à l'intérieur du pays (aggressions contre l'Ukraine et la Géorgie, extinction de la liberté de la parole et de réunion, assassinats politiques), est légitime : le Régiment immortel ne doit-il pas rester prêt à défendre la Patrie et à écraser ses ennemis ?

  • « Sauver la nuit » : cette revendication se fait chaque jour plus pressante. Aujourd'hui, la Voie lactée n'est plus visible pour plus d'un tiers de l'humanité. 83 % de la population mondiale vit sous un ciel entaché de pollution lumineuse. Or, on connaît désormais les effets négatifs de la lumière artificielle sur l'environnement (érosion de la biodiversité) et sur la santé (troubles de l'horloge interne, influence de la mélatonine sur le développement de certains cancers, etc.). « Nous laissera-t-on un ciel à observer ? » demandaient déjà les astronomes amateurs dans les années 1970. Samuel Challéat raconte l'émergence du « besoin d'obscurité », concomitant au développement urbain, les solutions actuellement mises en oeuvre pour répondre à ce besoin, et la manière dont il est devenu un enjeu politique et économique. Économique, car dès lors que l'obscurité est rare, elle est chère, et donc potentiellement monétisable. Bien commun ou produit marchand, comment « sauver la nuit » au bénéfice de tous ?

  • Retrotopia

    Zygmunt Bauman

    A la mort de Zygmunt Bauman, en janvier 2017, Roger Pol-Droit soulignait dans le Monde que le lire, c'est toujours « rencontrer une éthique contemporaine sans dogme ni concession ». Philosophe et sociologue aussi érudit qu'inclassable, né en Pologne mais ayant vécu l'essentiel de son existence en Grande-Bretagne, cet intellectuel europeéen par excellence éclaire notre temps à l'instar d'un Norbert Elias ou d'un Georg Simmel. Rétrotopie, publié à titre posthume quelques mois après sa disparition, peut être considéré comme une manière de testament - et comme une mise en garde de poids.

    C'est que Bauman, avant de disparaître, constatait partout un refus général de se confronter véritablement aux grands défis de ce XXe sècle naissant - et, notamment, aux questions soulevées par des flux migratoires. Partout, on observe l'avènement d'une forme d'aspiration rétrograde, la volonté d'en revenir à un passé plus ou moins mythifié : soit le meilleur moyen d'éluder les questions les plus brûlantes tout en entamant un processus de régression possiblement catastrophique. « Le défi de la modernité, nous rappelle Bauman, est de vivre sans illusion et sans être désillusionné. » Il reste à relever et ce livre nous y aide puissamment.

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