Syrtes

  • Devenir un livre culte. Roman de la tragédie russe après l'avènement de la dictature bolchevique, il évoque les derniers feux d'une noblesse héroïque et d'une intelligentsia idéaliste qui tentent de survivre sous la terreur stalinienne. Le lecteur suit les destins entrelacés d'une illustre famille et d'une foule de personnages dans leur quotidien harassant: vente de maigres biens pour survivre, car le travail leur est interdit, assignation à résidence, prisons ou camps.
    Ce sont des individus aux abois, traqués par les dénonciations, les interrogatoires et les arrestations arbitraires. Poursuivis par la Guépéou, exilés, persécutés, exécutés, aucun n'échappera au rouleau compresseur soviétique. Mais Les Vaincus est aussi une sublime histoire d'amour, celle d'une princesse en haillons, et le lecteur est emporté par l'émotion que suscite ce drame puissant. Dans cette fresque historique aux dimensions de l'épopée tout est véridique et prend valeur de témoignage.
    L'auteur a su ériger l'expérience de toute une génération en une oeuvre littéraire d'une terrible intensité dans la lignée des grands romans russes du XIXe siècle.

  • Béla est un enfant livré à lui-même dans la Hongrie des années 1920. Après avoir vainement essayé de s'en débarrasser pendant la grossesse, sa mère le confie à la « Tante Rozika », vieille prostituée et « faiseuse d'anges ». Là, seules ses ressources d'ingéniosité et d'humour lui permettent d'affronter le froid, la faim, les humiliations et l'injustice. A quatorze ans, il rejoint sa mère à Budapest, où il va connaître à la fois la vie humaine des faubourgs et l'atmosphère corrompue des palaces, l'amour idéal, le sexe et toutes sortes d'aventures étranges qui seront autant de tournants dans sa vie. En partie autobiographique, ce livre aux accents dickensiens nous plonge dans un univers où chaque individu brûle de vitalité.
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  • Le Livre des nombres est un roman monumental : à la fois fresque d'une époque, saga familiale, monographie d'un village d'Europe centrale, depuis 1900, en passant par les tragiques années 1950 et l'instauration du régime communiste et jusqu'à nos jours. Le lecteur assiste à l'entreprise d'un homme qui se lance dans l'écriture du roman de sa famille dans un village de Transylvanie. Peu à peu, se dévoile à lui une histoire impressionnante sur quatre générations de deux familles apparentées.
    Dans une construction littéraire originale, les personnages se racontent afin de reconstituer un arbre généalogique séculaire, bien ancré dans la terre, et sur les branches duquel il y a des noms que l'histoire n'a pas retenus. Faulkner et son Bruit et la Fureur ne sont jamais loin...

  • Un chef-d'oeuvre absolu de la littérature russe du XXe siècle et de la littérature de l'enfance Paru en 1917, Kotik Letaïev est une autobiographie poétique, épopée intérieure de l'enfance sur les trois premières années de la vie de son auteur, Andreï Biely. Le héros, Kotik (diminutif de Konstantin qui signifie également chaton) Letaïev est un enfant précoce qui, depuis son plus jeune âge est familiarisé avec les trésors de la culture. Un jour, poussé par une nostalgie toujours plus grande, il part vers l'inconnu. Le récit, à la première personne, a d'une part le charme naïf d'un discours enfantin au travers duquel se recompose la ville Moscou de la fin du XIXe siècle, et d'autre part l'inquiétant surréalisme d'un parcours initiatique conduisant sa victime par le dédale des mythes.

  • Un gardien de camp tatare, victime comme ses prisonniers de l'isolement ; un jeune procureur qui, plein d'enthousiasme et de naïveté, croit encore à la justice ; un peintre détenu et dont l'univers carcéral devient le modèle obsessionnel de ses toiles ; un ancien chanteur d'avenir qui ne chante plus que pour la mort dans un terrible camp de la Kolyma... Tels sont quelquesuns des personnages que Demidov fait revivre avec une puissance d'évocation exceptionnelle dans ces cinq récits : Doubar (1966), Le peintre Bacille et son chefd'oeuvre (1972), L'amok (1965), Au bruit de l'ardent métal (1973), Deux procureurs (1969-1974). Des histoires d'hommes qui, devenus les jouets tragiques de la folie stalinienne, témoignent grâce au talent d'un authentique écrivain.

  • La Fatigue du matériau est LE roman de la migration. Une géographie de la peur qui exhorte ses lecteurs à se mettre dans la peau d'un migrant. Ici pas de réflexion politique, économique ou jugement moral, car «c'est un livre volontairement physique, chaque phrase interpelle le lecteur, et l'oblige à vivre avec le héros». La force du roman du prometteur écrivain tchèque, Marek Šindelka, tient dans le fait que le lecteur ne consomme pas l'histoire mais la vit profondément, emporté dans le froid, la faim, l'angoisse et le désespoir de ce que l'auteur appelle «la conscience noire de l'Europe». Sans nom, sans pays, sans destination, les héros deviennent les archétypes du migrant.

    Deux jeunes frères fuient clandestinement leur pays, après la disparition de leurs parents dans un bombardement. Ils arrivent ainsi séparément en Europe où ils ont prévu de se retrouver. Ce sont alors deux périples qu'entreprend le lecteur dans ce récit court, intense et haletant, au gré des épreuves que traversent les deux frères, dans l'espoir de se voir accorder un nouveau droit à l'existence. Il faut fuir et se cacher, trouver à manger, tenter de se repérer, avancer. Le monde se révèle à travers le prisme de l'angoisse, nous faisant vivre une véritable expérience physique et humaine. Mus par la force du lien fraternel et par la volonté de ne jamais se laisser humilier, Amir et son frère doivent tenir malgré la « fatigue du matériau », c'est-à-dire l'usure extrême du corps. Un puissant remède contre la déshumanisation.

  • En 1890, le marxiste Georges Plekhanov notait combien fut réelle l'influence de Tchernychevski et de son Que faire ? - écrit et publié en 1863 - sur des générations de révolutionnaires russes :
    « Qui n'a lu et relu ce livre fameux ? Qui n'a subi son attrait et son influence bénéfique, qui ne s'est purifié, amélioré, fortifié, enhardi ? Qui, après avoir lu ce roman, n'a réfléchi sur sa propre vie, n'a pas soumis ses propres aspirations et inclinations à un examen rigoureux ? Nous en avons tiré la force morale et la foi en un avenir meilleur. » Rééditer Que faire ? aujourd'hui c'est permettre de retrouver ces années 1850-1860, une période charnière où émerge en Russie l'intelligentsia, un nouveau groupe social ouvert à la pensée politique occidentale, tout en restant arc-bouté sur les refus slavophiles envers la culture libérale bourgeoise européenne.
    À l'évidence, ce roman politique est un marqueur dans l'histoire du bolchevisme. On connaît d'ailleurs son impact sur la structure mentale du jeune Lénine. Que faire ? témoigne d'une ébauche de rapprochement entre les trois éléments fondamentaux de l'orthodoxie communiste : la promesse de perfection contenue dans l'utopie, la violence rédemptrice et la sacralisation de la connaissance du mouvement historique et de ses lois.
    Nikolaï Tchernychevski est un philosophe, critique et écrivain russe, collaborateur notamment de la revue Sovremennik (Le Contemporain). Emprisonné en 1862 pour avoir appelé les paysans à la révolte, Tchernychevski écrit en détention son ouvrage le plus célèbre, Que faire ? Il y expose son idéal de vie et sa vision d'un socialisme qui le rend proche des utopistes. Portée aux nues par l'intelligentsia progressiste et révolutionnaire, la conception du monde de Tchernychevski sera la cible de Dostoïevski, dans Crime et châtiment notamment. Jugé et exilé en Sibérie en 1864, Tchernychevski pourra revenir dans sa ville natale en 1889, année de sa mort.
    Cette réédition est précédée d'un avant-propos inédit de Vassili Rozanov.

  • Si Ceux du Donbass, paru en 2018 était une chronique des événements, un exercice littéraire proche de celui d'un mémorialiste où, de l'aveu même de l'auteur, son Donbass à lui restait hors-champ, Certains n'iront pas en enfer est un roman d'autofiction. Écrit et publié après le retour de Zakhar Prilepine du Donbass (en juillet 2018), il est marqué par un certain recul pris par rapport aux événements. Cela imprègne le récit d'une indéniable mélancolie et permet de magnifier la réalité pour donner une stature quasi-mythique à certains des personnages évoqués.
    Certains n'iront pas en enfer est donc inspiré d'une expérience personnelle, issue de l'engagement de Prilepine dans le conflit du Donbass. Prilepine offre ici un texte éclectique, impressionniste et littéraire qui nous permet de mieux comprendre les raisons de son départ pour le Donbass, son état d'esprit et ses occupations concrètes pendant les années de guerre. Il retrouve ici sa plume imagée et concise et une force d'évocation captivante. Comme chez son mentor Edouard Limonov, la prose romanesque est aussi le prétexte pour créer un double fantasmé et omniprésent.

  • Piotr Krasnov était un général du tsar Nicolas II, un ataman des Cosaques du Don pendant la guerre civile russe, mais aussi un talentueux romancier au style réaliste, direct et efficace, dont les phrases claquent comme des balles. Dans son roman fleuve au titre on ne peut plus clair, il s'empare de l'histoire de la Russie d'Alexandre III et de Nicolas II jusqu'à la fin de la dynastie des Romanov : Guerre du Japon, Première Guerre mondiale, révolution de Février, d'Octobre, enfin guerre fratricide qui déchira le peuple russe.
    Cette grande saga raconte, à travers le destin du personnage central, Alexandre Sabline, celui d'un empire en voie de décomposition. Mêlant fiction et réalité, l'auteur nous fait côtoyer les grandes figures de l'histoire russe de cette époque : Nicolas II et son épouse Alexandra Fiodorovna, Raspoutine, Lénine, Trotski et bien d'autres, qui, grâce à une intrigue habilement menée, des descriptions minutieuses et des dialogues finement ciselés, nous font véritablement vivre les der- nières années de l'autocratie russe.
    Le roman de Krasnov traduit la vision manichéenne de l'auteur sur l'Histoire de son pays :
    Les méchants Rouges d'un côté, et les bons de l'autre : Sabline, les Blancs, et l'armée russe du tsar, colonne vertébrale du roman, à laquelle l'auteur voue un attachement sans bornes, qui y est montrée dans toute sa splendeur.
    Écrit de 1918 à 1921, publié à Berlin en 1921, en France en 1926, en Russie en 1992, De l'aigle impérial au drapeau rouge connut un énorme succès dans l'émigration et est considéré au- jourd'hui en Russie comme un témoignage.
    Piotr Krasnov (1869-1947), officier russe et écrivain militaire. Ancien officier de la Garde impériale russe, il mène dès 1917 la lutte armée antibolchevique dans sa région du Don.
    Fondamentalement antisoviétique, il opère un rapprochement avec l'Allemagne nazie dès 1941 préconisant la création d'unités cosaques armées par la Wehrmacht. Il finira pendu par les auto- rités soviétiques après un procès éclair.

  • Tenu par Thomas Mann pour un immense chef-d'oeuvre, Le Soleil des morts est un récit autobiographique déchirant. Pendant la guerre civile russe, un réfugié en Crimée attend la venue de son fils qui combat sur le front. En vain : celui-ci sera capturé et torturé jusqu'à la mort par les révolutionnaires. Chméliov décrit la lente descente aux enfers de tout un monde, avec un sens poétique rare et une retenue qui donnent à ce texte une force unique.

  • Les Petrov raconte quelques jours dans la vie d'une famille ordinaire en Russie post-soviétique.
    Souffrant d'une grippe intense, Petrov est entraîné par un ami dans une longue déambulation alcoolisée, à la lisière entre le rêve et la réalité. Progressivement, les souvenirs d'enfance de Petrov ressurgissent et se confondent avec le présent.
    Si au premier regard le couple Petrov ne se distingue guère, la face cachée de leur vie a de quoi étonner. Le mécanicien Petrov dessine des BD et croise régulièrement la route d'un homme étrange. La bibliothécaire Petrova passe son temps à assassiner des hommes ayant fait du tort à d'autres femmes.
    Le succès critique et populaire des Petrov est dû à la prose imagée, décalée, drôle et très vivante de Salnikov.
    Adapté au cinéma par Kirill Serebrennikov.

  • A cinquante ans, Gleb Ianovski, guitariste de renommée mondiale, apprend qu'il est atteint de la maladie de Parkinson. Lorsqu'il fait la rencontre de Nestor, un célèbre écrivain, celui-ci lui propose d'écrire sa biographie. Les deux hommes se retrouvent dès lors régulièrement pour des entretiens portant sur la trajectoire de Gleb. C'est ainsi que se nouent les fils d'une histoire dans laquelle alternent deux voix. Celle d'un enfant en Ukraine, qui aime la musique et rêve d'en vivre, et celle de l'adulte confronté à la maladie et à une tentative de donner un sens à son existence.

    Brisbane est un roman tout en finesse et sensibilité. Un roman symphonique dans lequel la mort est vaincue par la musique, par la force de la mémoire, de l'amour et de la parole. Un roman où, par le seul pouvoir évocateur de son nom, la ville de Brisbane devient un lieu mythique et réinventé, la cible de tous les rêves et la clé de toute l'histoire.

    Avec une écriture poétique, Evgueni Vodolazkine aborde des thématiques universelles qui font écho à tout un chacun et où l'émotion côtoie l'intensité et l'humanité la plus profonde.

  • Pétersbourg, le chef-d'oeuvre de Biely et l'un des grands romans européens du XX e siècle, évoque les balbutiements de la révolution d'Octobre. Il est bâti sur vingt-quatre heures d'attente d'un acte terroriste confié par le Parti à Nikolaï, le fils même de la future victime, le Sénateur Apollon Apollonovitch Ableoukov. Pendant de nombreuses pages, le lecteur suit les différents personnages, vivant plus ou moins bien les heures qui précèdent l'attentat : le vieux sénateur dépoussière sa bibliothèque ; ailleurs, un meurtre est commis ; quant à Nikolaï, engagé, naguère, en faveur d'un acte politique d'envergure, il se demande à quel saint se vouer. À vingt pages de la fin, un terrible coup de théâtre vient secouer une intrigue qui se perd dans ses propres méandres :
    La bombe a disparu. On assiste même aux retrouvailles entre Nikolaï et sa mère (alors qu'elle a quitté le domicile familial deux ans auparavant au bras d'un Italien).
    Porté par des phrases folles, on parcourt la ville à cent à l'heure, et l'oeil de Biely passe sur les choses sans jamais s'arrêter ; il lui arrive de trembler, de sortir du cadre, d'explorer les consciences des uns, l'inconscient des autres, et promener un oeil prophétique sur l'Union soviétique...
    Inspiré par les événements de 1905 dans la capitale russe, écrit entre 1910 et 1913, publié en 1916 puis remanié en 1922, tout dans Pétersbourg est machination, suspense, infiltration, prémo- nition d'une apocalypse finale. Mais c'est aussi une épopée délirante, loufoque, grotesque, parfois à la limite du carnavalesque ; le plus souvent, simplement monstrueuse.

  • Chi?inau, en Moldavie. La petite Lastotchka est adoptée dans un orphelinat par Tamara Pavlovna, ramasseuse de bouteilles. Lastotchka va à l'école, apprend le russe alors qu'elle préfère sa langue, le moldave, et elle se fait punir par sa mère adoptive lorsqu'elle écorche les mots russes. Elle apprend à laver des bouteilles mais aussi à voler ou à repousser les sollicitations des hommes trop insistants... Les habitants de son immeuble deviennent sa nouvelle famille et lui donnent un peu de leur humanité. Mais les blessures ne s'effacent pas et les questions hantent.

  • Par une nuit d'hiver, sur une côte sauvage du Lac Baïkal, Michka tente d'échapper à ses poursuivants. Son peuple est celui des Evenks, de l'antique famille sibérienne des Toungouses. Le jeune fugitif a été élevé à L'école de la taïga par la chamane Rata, sa grand-mère, qui incarne La sagesse de la communion avec la nature, sait parler aux animaux et lire la forêt comme un livre... Bientôt, Michka est rattrapé.
    Et pourtant sa cavale ne s'arrête pas là. Le Toungouse entame en effet une quête de ses origines qui, d'une spirale à l'autre, dans un mélange poétique de souvenirs, de songes et d'action, le ramène invariablement à l'univers baïkalien. Véritable déclaration d'amour au lac Baïkal et à sa nature envoûtante, Le Cantique du Toungouse est aussi une fable écologique et poétique qui nourrit La pensée en plongeant le lecteur dans une ambiance magique.

  • Dans ce deuxième roman traduit en français, l'écrivain biélorusse Sacha Filipenko raconte la traque d'un journaliste qui enquête sur un homme politique.
    Pour s'en débarrasser, le notable ne reculera devant aucune intimidation... Il lance à sa poursuite ses hommes de main et gagne son combat. Le journaliste est complètement isolé et démuni, malgré toute sa ténacité, son bon sens et son courage ; il est d'avance condamné, personne ne l'aidera à faire triompher la vérité.
    Sacha Filipenko place au coeur de son intrigue la corruption et l'hypocrisie des hauts fonctionnaires, leur enrichissement illicite, dans un monde où tout peut s'acheter.
    Une fiction captivante et très efficace, mélange de fable politique universelle et de thriller psychologique.

  • Dans ce roman-fleuve, Melnikov-Petcherski décrit avec une certaine admiration les vieux-croyants de la région de Nijni Novgorod, dissidents orthodoxes persécutés après le XVIe siècle. L'action est centrée sur la famille d'un riche marchand, Patap Maximytch, véritable patriarche, et plus encore sur le destin de ses deux filles. Le roman est peuplé de nombreux personnages hauts en couleur, d'abbés, de moines, de paysans, de marchands et de villageois, tous peints d'après nature. Mais Dans les forêts est aussi un poème de l'abondance, un hymne à l'amour, à la nature, à la joie de vivre et qui s'épanche dans des digressions lyriques aux incontestables beautés.
    Lors de sa première publication en français, en 1957, Dans les forêts a été lauréat du meilleur livre étranger.

  • Chef-d'oeuvre de la littérature russe, Poltava fait l'éloge de la plus prestigieuse des batailles remportées par Pierre le Grand au début du XVIIe siècle et qui ouvrit à la Russie les portes du cercle restreint des grandes puissances européennes. Cinq ans plus tard, le poète fougueux et épris de justice s'oppose ouvertement à la monarchie et écrit Le Cavalier de bronze. Il dénonce le rêve mégalomaniaque de Pierre le Grand qui fit construire la ville impériale un siècle plus tôt, au mépris du peuple.

  • Dans ce récit autobiographique, Natalia Kim rend hommage au quartier de Moscou situé près de l'usine ZIL, « Avtozavod » - « l'usine à automobiles ».
    C'est dans les appartements communautaires d'imposants immeubles staliniens que Natalia passe sa jeunesse dans les années 1980-1990.
    Au fil des pages, des épisodes tantôt poignants, tantôt drôles, tantôt tragiques, font revivre toutes sortes de personnages qui ont marqué le passé de la narratrice :
    De sa grand-mère adorée aux voisins alcooliques et un peu fous, en passant par des camarades de classe, des gardiens, des éboueurs et des facteurs.
    Ce récit émeut par son attachement romantique à une myriade d'histoires personnelles somme toute ordinaires.

  • Le Péché est une gourmandise littéraire. Prilepine s est fait une joie de rassembler dans ce " roman en nouvelles " les fragments de la vie de Zakhar - double de l'auteur -, jeune trentenaire, plein de force et de volonté de vivre, aux prises avec la réalité russe. Les épisodes se succèdent dans un ordre imposé par la mémoire, lorsqu'elle se plaît à donner de la force et de la brillance à de menus faits de notre vie, en apparence insignifiants, et épars dans le temps. Tour à tour adolescent, en vacances à la campagne chez ses grands-parents, où il éprouve ses premiers émois sexuels pour sa jeune cousine, puis videur dans une boîte de nuit, joyeux fossoyeur dans un cimetière, qui se soûle gaiement avec ses compagnons après les enterrements, Zakhar promène toujours un regard tendre, étonné, émerveillé et plein d'humour sur le monde. Et sur cette Russie tant aimée, bien que tout y soit glacé et que les saisons y aient toujours un goût de neige. Cette Russie souvent dure, brutale, intolérable, qui le fait souffrir mais pour laquelle il ne cesse de se battre. Il manquait à la littérature russe, depuis des années, cette façon de rire à travers les larmes, et de pardonner malgré tout !

  • L'histoire commence un matin, sur le quai d'une gare, quand un groupe d'enfants part vers la mer Noire, en colonie de vacances. Stoppé en pleine campagne par les écoliers, leur train ne parviendra pas à destination. Aidés par Calman, " Tsigane blond à peau blanche ", les enfants vont y organiser leur propre vie devant des troupes spéciales déconcertées et des médias avides de nouvelles sensationnelles. Ce qui n'était au départ qu'un jeu pour les enfants, prêts à en découdre avec le monde réel ou virtuel des adultes, devient une véritable affaire d'Etat. On évoque la présence d'un groupe de terroristes voulant déstabiliser le gouvernement ; on pense par la suite à des malfrats, des trafiquants en tout genre - hypothèse encouragée par l'arrivée massive d'enfants des rues sur les lieux, qui demandent la liquidation des orphelinats et des foyers d'accueil. Les médias, la police, l'armée, les professeurs ou les parents, la société entière, semblent incapables, pour un temps, de mettre fin à la " croisade des enfants ", qui exigent le respect de leurs droits et de leurs libertés. L'issue sera précipitée dans une confusion générale et nul ne sortira indemne de cette aventure où le burlesque le dispute au tragique. Ecrit par un auteur doué d'une indéniable grâce littéraire, La Croisade des enfants est une fresque du chaos postcommuniste roumain, confronté à ses propres dilemmes : enfance et jeunesse déboussolées, progrès et adaptation, politique et corruption, innocence et compromis...

  • C'est avec ce premier roman que Zakhar Prilepine s'est fait connaître en Russie et en France lors de sa parution en 2007. Pathologies fut salué par la critique comme la meilleure oeuvre contemporaine sur la guerre de Tchétchénie. L'auteur décrit avec justesse la Russie et la Tchétchénie à travers de jeunes militaires envoyés à Groznyï, qui tous les jours risquent leur vie et celle de leurs semblables. Ils ne se font pas d'illusions : c'est une boucherie, et celui qui ne tue pas le premier, sera tué à son tour...
    Une prose violente, naturaliste qui ne force pas les valeurs humanistes et patriotiques, mais qui par- vient à transmettre la honte et le courage, la peur et la témérité, la cruauté et l'humanité de l'engagé qui évolue malgré lui dans une « guerre injuste ».
    Zakhar Prilepine pouvait légitimement écrire sur le sujet. Philologue de formation, il a exercé divers métiers et a été envoyé en Tchétchénie à deux reprises, en 1996 et en 1999, non en tant que journaliste mais en tant que commandant d'une brigade d'OMON (détachements militaires spéciaux de la milice russe). Sa prose s'est ensuite révélée d'une force, d'une précision et d'une clarté rares. Il ne s'agit pas là d'un simple livre, mais d'un récit d'une extrême honnêteté sur la réalité de ceux qui ont la guerre pour métier, sur la part destructrice de chacun.
    Dix ans ont passé, et les éditions des Syrtes avaient vu juste en publiant Zakhar Prilepine.
    L'auteur, d'aujourd'hui 41 ans et père de quatre enfants, a confirmé son talent d'écrivain avec Le Péché (éditions des Syrtes, 2009) ; puis chez Actes Sud avec Sankia (2009), Des chaussures pleines de vodka chaude (2011), Le Singe noir (2012), Une fille nommée Aglaé (2015). Très engagé politiquement, membre actif du Parti national-bolchevique depuis 1996 et proche d'Edouard Limonov, ses essais sur la Russie d'aujourd'hui sont publiés aux éditions de la Différence : Je viens de Russie (2014), et De gauche, jeune et méchant (2015).

  • " Brûlure dévastatrice ", selon son auteur, Dernière nuit d'amour, première nuit de guerre est le roman de l'amour fou et de la jalousie vécus dans les méandres de la Première Guerre mondiale. Jeune
    homme issu de la petite bourgeoisie, Stefan vit une histoire d'amour passionnelle avec Ela, qui deviendra sa femme. Un héritage confortable va bouleverser leur vie, et Ela lui échappera de plus en plus. La séparation devient imminente. Il vit sa dernière nuit d'amour dans les tourments de la jalousie et commence alors la première nuit de guerre. Dans le journal de campagne de son héros, Camil Petrescu écrit les plus belles et les plus subtiles pages sur la Première Guerre mondiale : une vision personnelle, grinçante et critique, fondée sur son expérience de volontaire. Dernière nuit d'amour, première nuit de guerre est certainement le chef-d'oeuvre le plus brillant, le plus profond et le plus riche de Camil Petrescu. Avec une sensibilité hors du commun, il a exploré les profondeurs de la conscience et a su créer des personnages forts, toujours en proie à leurs conflits intérieurs.

  • L'ouvrage de Zakhar Prilepine comporte huit essais biographiques consacrés à des poètes et des écrivains russes des XVIII e et XIX e siècles dont les écrits reflètent leurs expériences militaires.
    L'auteur s'appuie sur une démarche originale et pertinente : dévoiler le lien entre la poésie de guerre (souvent abondante) de quelques écrivains classiques russes et leurs réelles expériences militaires (aujourd'hui oubliées ou méconnues). Il est vrai qu'il n'existe pas, à ce jour, d'étude qui serait consacrée à cette dimension particulière de la littérature russe. Nourri par de nombreuses sources historiques, le livre de Prilepine permet de se faire une idée assez précise de l'engagement de ces auteurs dans les différents corps de l'armée et, de ce fait, d'apprécier autrement la teneur autobiographique de leur oeuvre. Prilepine se penche également, le cas échéant, sur les écrits politiques de ses personnages - parfois diamétralement opposées - afin d'esquisser un portrait collectif des cercles intellectuels de l'époque.
    Pour appuyer ses analyses, Prilepine fait appel à des sources de première main : mémoires et carnets des écrivains dont il est question, ainsi que des souvenirs de leurs contemporains et cama- rades d'armes. Ces interventions à la première personne permettent de rendre la narration, par ailleurs assez dense et riche en détails historiques, plus vivante et fluide. Comme à son habitude, Prilepine adopte un style familier et nonchalant (bien que parfaitement maîtrisé), en se permet- tant de fréquents clins d'oeil aux lecteurs et une grande proximité avec ses personnages.
    Un autre mérite du livre consiste à faire connaître des écrits poétiques de grande qualité au- jourd'hui tombés dans l'oubli, qui sont ici longuement cités et commentés. On apprécie particu- lièrement la finesse et la pertinence des analyses littéraires de Prilepine, qui n'hésite pas à dresser des parallèles entre les auteurs étudiés et d'autres époques de la littérature russe, en proposant ainsi une vision plus complète de son sujet.
    Auteurs évoqués : Gavrila Derjavine (1743-1816), Alexandre Chichkov (1754-1841), Denis Davydov (1784-1839), Konstantin Batiouchkov (1787-1855), Piotr Viazemski (1792- 1878), Alexandre Bestoujev-Marlinski (1797-1837), Alexandre Pouchkine (1799-1837), Piotr Tchaadaïev (1794-1856).

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