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  • Citoyen anglais élevé aux Indes, Durrell adopte la Grèce pour seconde patrie dès l'âge de 23 ans, en 1935, et c'est l'Égypte qui va lui inspirer son chef-d'oeuvre, Le Quatuor d'Alexandrie.
    Il y décrit une ville-lumière fascinante, enchanteresse et érotique - "grand pressoir de l'amour" -, étourdissante de vie, et en même temps ville d'ombre, de secrets et d'intrigues, torturée, maléfique. Le British Council l'envoie à Buenos Aires, le Foreign Office, à Belgrade, mais toujours son tropisme le ramène vers le soleil grec. Et c'est en Provence qu'il choisira de passer les trente dernières années de sa vie.
    Expatrié, puis réfugié, Durrell souffre de "l'exil qui ratatine le coeur dans son enveloppe". Et toute son oeuvre tente de réconcilier passé et présent, Orient et Occident, à travers une quête spirituelle originale qu'illustre également sa peinture, comme en témoignent les tableaux très peu connus présentés ici. Puisant dans ses récits de voyage, ses poèmes et sa correspondance - notamment avec Henry Miller, son ami pendant quarante-cinq ans -, Corinne Alexandre-Garner revisite une oeuvre foisonnante et complexe où l'écriture sensuelle, solaire donne à voir non seulement des lieux aimés mais aussi des paysages intérieurs contrastés, un espace psychique parfois très sombre, marqué par "la pérennité du désespoir, l'irréductibilité du langage, l'impénétrabilité de l'art et l'insipidité de l'amour humain".

  • La trajectoire de Joseph Conrad, ce sont deux vies successives et apparemment opposées : une carrière de marin qui dure vingt ans (de 1874 à 1894) et lui fait parcourir le monde, puis trente ans de quasi immobilité en Angleterre où va naître son oeuvre.
    Il n'en bougera que pour de brefs séjours en France, en Italie, en Suisse, en Pologne, aux États-Unis. Est-il devenu un autre homme, ce " capitaine de marine " qui, comme le note plaisamment son ami le sculpteur Jacob Epstein, " détestait le grand air " ? Ce qui est sûr, c'est que le petit Polonais Konrad Korzeniowski est devenu le grand écrivain anglais Joseph Conrad. Suivant tour à tour cinq pistes - Où Conrad a-t-il voyagé ? Quand ? Comment ? En quelle compagnie ? Pourquoi ? -, Sylvère Monod se livre à une exploration pleine de finesse et de perspicacité, nous donnant à voir l'homme Conrad, sous tous ses aspects.
    Mais surtout, il met peu à peu en lumière la relation entre la vie et l'écriture, le marin ayant engrangé dans son subconscient le matériel de l'oeuvre futur, tout entier projeté déjà, sans le savoir, vers ce qui va devenir la grande aventure de la vie de Conrad : la littérature. Car jamais ne se dément l'extraordinaire faculté d'observation, d'enregistrement, d'assimilation, de recréation imaginative de celui qui, du fond de sa campagne anglaise, se souvient de " l'Orient, parfumé comme une fleur, silencieux comme la mort, sombre comme une tombe ".

  • De Walter Benjamin, nous avons l'image d'un homme de bibliothèque plutôt que d'un voyageur. Pourtant, ce fut un intellectuel en mouvement, transportant avec lui ses livres aux quatre coins de l'Europe, de Paris à Moscou et Riga, en passant par l'Italie, l'Espagne, le Danemark ou la Norvège. Avec, en perspective, d'autres rivages plus lointains, et jamais atteints : la Palestine, New York. De façon générale, Benjamin privilégie les villes plutôt que la nature, et dans les villes, les ports, les foires, les marchés, lieux de la confrontation brutale entre les désirs humains et le triomphe de la marchandise. Mieux que les essais théoriques, sociologiques ou critiques du penseur, ses écrits de voyage permettent de découvrir un Benjamin écrivain, portant sur les lieux, les êtres, et sur les objets les plus modestes un regard d'une intensité sans pareille.

  • Plus que le goût des voyages, c'est l'espoir d'attiser en Europe la flamme révolutionnaire qui attire le jeune Marx hors de sa Prusse natale, en 1843.
    Mais il sera bientôt expulsé de Bruxelles, puis de Paris, et interdit de séjour dans son pays ; il a 31 ans lorsqu'il trouve refuge à Londres en 1849. Désormais apatride, Marx résidera jusqu'à la fin de sa vie en Angleterre, non loin de son ami Engels. Les voyages qu'il effectue pendant les trente quatre ans qu'il lui reste à vivre obéissent à des impératifs financiers, familiaux ou médicaux - en Hollande, il va tenter d'obtenir un peu d'argent de son oncle banquier, à Paris, il vient voir ses filles, et ses problèmes de santé le conduisent régulièrement à Karlsbad pour des cures, sur la Côte d'Azur, et jusqu'en Algérie.
    Marx n'a rien d'un touriste. Les paysages ne retiennent guère son attention, les individus qu'il croise à peine davantage. Ce qui intéresse avant tout le fondateur de la Première Internationale, ce sont les hommes étudiés à travers les livres, les journaux et les rapports des économistes et des historiens. Pour satisfaire cette curiosité insatiable, il apprendra plusieurs langues et fréquentera assidûment les bibliothèques.
    Ainsi Jean-Jacques Marie nous le montre-t-il décrivant avec un luxe de détails, sur des bases parfois essentiellement livresques, les dures conditions de travail des enfants et ouvriers anglais ou des paysans valaques de Moldavie, ou encore racontant, comme s'il y avait assisté, un épisode crucial de la guerre de Sécession. Accablé dans sa vie quotidienne par de multiples difficultés, Marx aura finalement consacré sa vie à un voyage grandiose à travers l'histoire universelle et à la réalisation de sa phrase fameuse : " Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c'est de le transformer.
    "

  • Annemarie Schwarzenbach se disait marquée par « la malédiction de la fuite ». Soucieuse de prendre ses distances avec un milieu familial qui l oppresse et la culpabilise, elle illustre aussi le « déracinement historique » de toute une génération après l effondrement des valeurs qui a résulté de la Première Guerre mondiale.Ses voyages sont de deux sortes, auxquelles correspondent deux styles d écriture. En Europe et en Amérique, elle part à la rencontre des autres. Ses reportages - textes et photos - dénoncent l injustice sociale (aux Etats-Unis en proie à la Grande Dépression) et la menace des libertés démocratiques en Espagne, à Moscou, en France, en Allemagne où elle voit avec anxiété grossir le « nuage noir » du nazisme. Les articles qu elle publie dans la presse suisse, les lettres qu elle adresse à ses amis (Klaus Mann, Claude Bourdet), témoignent d une conscience exigeante, révoltée.En Afrique, en Asie, elle poursuit une quête intime de sens, de vérité, qui prend une forme plus littéraire. C est en Orient, pour elle, que « bat le coeur du monde ». Ses voyages au Congo, en Turquie, en Perse, en Irak, en Afghanistan, sont comme un retour aux origines - origines de l Europe, innocence originelle d une humanité qu elle voit ailleurs emportée par un soi-disant progrès qui se révèle en réalité un facteur d abaissement. C est sous ces cieux-là qu en de rares instants de plénitude, cette mélancolique invétérée communie avec la « joyeuse sérénité de la terre ».

  • Le Corbusier, qui symbolise l'architecture moderne au même titre que Picasso la peinture, fut aussi " plus secrètement poète ", comme le déclara André Malraux.
    En témoignent les récits et impressions de voyages, le plus souvent ponctués de croquis, rassemblés ici par Philippe Duboÿ. Parus dans différents journaux et revues de 1911 à 1947, ils n'avaient jamais été republiés tels quels. On y suit Le Corbusier dans ses " voyages de jeunesse " - itinéraire classique qui passe par l'Italie, la Grèce, l'Orient -, puis partout en Europe et lors de ses " voyages intercontinentaux ", en Amérique du Sud, à New York.
    Parcourant le monde à la recherche d'une identité et d'une culture d'architecte, il empruntera à la Grèce l'idéal d'une architecture qui englobe le site tout entier, tandis que Rome le convaincra de la grandeur d'oeuvres utilitaires telles que barrages, usines ou ponts. Sensible à la " sécurité spirituelle merveilleuse " qu'assure aux Occidentaux leur tradition, Le Corbusier reste curieux de tout, prompt à " quitter les pantoufles et encourir l'aventure ", l'esprit ouvert.
    Au contact d'autres civilisations, son " Occident s'effrite, écrit-il, se débarrasse de ses étroitesses gênantes, de ses poussières d'épiderme mort. L'essentiel surgit décanté : l'homme, la nature, le destin ". C'est à travers le croquis que la décantation se fait. Comme si la plume, instrument de " l'âme qui ressent ", disait d'abord " avec des mots sincères le Beau rencontré " - d'où le style passionné, lyrique, riche en envolées poétiques et formules chocs.
    Puis, à la plume succède le crayon, instrument de " l'esprit qui mesure ", épure, dégage les lignes fortes. Ainsi Le Corbusier formule-t-il et donne-t-il à voir à chaque page la démarche du poète-architecte voyageur qu'il fut, dans un dialogue fécond entre le mot et le trait.

  • Sa rencontre avec une Allemande mariée et mère de trois enfants, Frieda von Richthofen, en 1912, vouera D.
    H. Lawrence à une errance à laquelle ce fils de mineur du Nottinghamshire, instituteur et romancier de 27 ans, n'était nullement promis. Un exil qui ne s'achèvera qu'avec sa mort, en France, en 1930 - à Vence où mourut un autre exilé, Witold Gombrowicz. L'Italie accueille pour un temps le couple illégitime et Lawrence conservera une tendresse particulière pour ce pays où il ne cessera de revenir pour en célébrer " l'indicible beauté ", de Capri à Taormina, du lac de Garde à la Sardaigne.
    Autre lieu-clé pour l'auteur du Serpent à plumes : Taos et le Nouveau Mexique, où l'écrivain, ulcéré par ses déboires avec la censure anglaise, croira avoir trouvé un monde neuf, libéré de l'homme et de ses lois. Il y aura aussi Ceylan, l'Australie, Mexico, la Californie... De chaque lieu nouveau, Lawrence saisit immédiatement la singularité. La vivacité de perceptions, la grâce de son écriture nous en restituent toute la fraîcheur, en même temps que nous y percevons comme en écho les grands thèmes qui vont structurer l'oeuvre.
    Outre ses emprunts aux récits de voyage - qu'elle a retraduits pour l'occasion - et à deux essais posthumes jamais publiés en français, Françoise du Sorbier a puisé l'essentiel des textes présentés ici dans la correspondance de Lawrence. De ces lettres, inédites en français, se dégage le portrait incroyablement vivant et attachant d'un Lawrence quasi inconnu : non pas l'écrivain scandaleux, auteur de Lady Chatterley, mais l'homme, avec sa sensibilité exacerbée, sa franchise, ses coups de gueule, son humour, et cette énergie inépuisable - cette " fontaine continuellement jaillissante de vitalité " dont le créditait Aldous Huxley.

  • Les chroniques rassemblées par Claudio Magris pour cette édition française furent publiées dans le Corriere della Sera entre 1981 et 2000.
    " Le "je" du voyageur, écrit l'auteur dans sa préface, n'est guère plus qu'un regard, une forme creuse où s'imprime le moule de la réalité, un récipient qui se laisse combler par les choses. " D'où l'extrême variété des paysages ici parcourus et déchiffrés comme des visages, de Madrid à Prague, Berlin ou Varsovie, de la Finlande à l'Australie, d'une mer à l'autre, en passant naturellement par Trieste où, plus qu'ailleurs, s'entrecroisent un labyrinthe d'époques ".

    " Le but du voyage, précise Magris, ce sont les hommes ", voyager, c'est " se confronter à l'Histoire et à ses variantes ". Confrontation saisissante, quand elle est le fait d'un observateur aussi curieux et érudit, ironique et généreux, à la fois poète, historien et philosophe. Car, au-delà de leur diversité, on est frappé par la cohérence profonde de ces textes où l'on reconnaît, particulièrement accessibles, les thèmes-clés de l'oeuvre de Magris et ses préoccupations les plus constantes : aller loin pour mieux revenir, arpenter le temps pour savoir savourer l'instant, perdre ses certitudes pour découvrir d'autres possibles, trouver peut-être, dans les drames et les ferments du passé, de quoi lutter contre " l'inconsistance diffuse " de la vie en Occident aujourd'hui.

  • Marguerite Duras n'aimait pas voyager. Elle a certes vécu jusqu'à la fin de son adolescence en Indochine, mais les descriptions de paysages du bout du monde dont son oeuvre abonde relèvent plus de l'imaginaire que du souvenir, et c'est d'une relecture de L'Ancien Testament qu'elle s'inspirait pour décrire la lumière et l'espace de Palestine.
    Laure Adler, qui a de Marguerite Duras et de son oeuvre une connaissance profonde et empathique, a composé un itinéraire qui, de la mer à la mort, en passant par le temps suspendu des dimanches aux colonies, par l'Italie des soirs d'été " où le Campari apaise la soif des amants ", nous entraîne à la redécouverte d'une oeuvre parmi les plus originales du XXème siècle. " Tout bouge, tout tremble, tout tangue quand son écriture nous prend ", écrit Laure Adler. " Duras nous envoûte, nous déstabilise et nous entraîne à marcher dans les rues en gardant les yeux grands ouverts sur l'apparente banalité du monde. " Duras avait le goût des maisons et des lieux où inventer à partir de trois fois rien un monde, son monde. Son appartement des Roches-Noires à Trouville fut un de ces lieux magiques. Dominique Issermann qui y fut sa voisine nous invite, à travers les trente photographies qui ponctuent ce livre, à revisiter l'univers de Marguerite Duras : sa maison, ses objets - coquillages, vestiges divers rejetés par la mer, bouts de tissus, vaisselle ébréchée, menus trésors amoureusement collectés et disposés, qui lui étaient à eux seuls tout un voyage.
    Pour la première fois dans notre collection : des photographies en couleur.

  • Né à Paris, " c'est-à-dire nulle part ", dit-il, Michel Tournier passe ses vacances d'enfant entre la Bourgogne, Villers-sur-Mer sur la côte normande et Fribourg en Brisgau en Allemagne, trois univers qui, avec les livres, nourriront son imaginaire d'écrivain. Plus tard s'y ajouteront Arles et la Méditerranée, le Maghreb.
    Pour préparer puis promouvoir ses livres, Tournier voyage, de l'Islande au Japon, en passant par le Canada, le Brésil. Il fait le tour du monde comme le héros des Météores, sillonne le Sahara pour écrire La Goutte d'or, séjourne au bord de la Mer Morte pour Gaspard, Melchior et Balthasar. " Ecrivain géographique ", comme il se définit lui-même, il voyage beaucoup et loin mais pour de brefs séjours, écartelé entre un désir de " perpétuelle pérégrination " , de " chasse cosmopolite à la chair, aux images et aux paysages ", et la tentation d' " une vie coite, casanière, tapie à l'intérieur d'une forteresse de livres ".
    Arlette Bouloumié montre brillamment comment la double culture franco-allemande de Tournier, la prégnance de ses souvenirs et impressions d'enfance, la philosophie, " clé multiple " pour accéder au monde, nourrissent une oeuvre d'une extrême richesse conceptuelle, d'imagination et d'écriture. Pour Michel Tournier, tout déplacement géographique amorce " une mue en profondeur ", voire une initiation - comme l'illustrent ses personnages, aussi bien le Robinson de Vendredi, que Tiffauges, le prisonnier de guerre en Prusse-Orientale du Roi des Aulnes, ou Jean, le héros des Météores, qui parcourt le monde en quête de son jumeau disparu.

  • Nul doute que le voyage soit un angle privilégié pour découvrir une Beauvoir intime et méconnue. La « jeune fille rangée » découvre le monde après sa rencontre avec Sartre, en 1929 : ce seront dans les années trente l'Espagne, l'Angleterre, l'Allemagne, et surtout l'Italie, qui deviendra pour elle comme une « seconde patrie ». Plus tard viendront les grands voyages politiques : l'URSS, la Yougoslavie, Cuba, la Chine, l'Egypte, le Brésil, les États-Unis. Éric Levéel a puisé dans l'oeuvre autobiographique et dans la correspondance les pages les plus significatives : on y découvre une femme d'une curiosité insatiable, enchantée par la beauté du monde, qu'elle goûte avec sensualité et dépeint dans un style vif, précis et souvent empreint d'un lyrisme qu'on n'attendait pas de sa part. Il apparaît, au terme de cette lecture, que le voyage fut un des éléments clés de l'expérience existentialiste de Simone de Beauvoir : « tout voir », afin de « tout connaître » et de « tout comprendre ». S'abandonner à l'exaltation de l'inconnu pour s'arracher à soi-même, chercher dans le foisonnement du monde une illusion d'infini.

  • Dick n'avait aucun goût pour le voyage, au sens concret du mot. Il ne sortit que très rarement de sa Californie natale, si ce n'est pour se rendre, parfois, à des conventions de SF : une fois au Canada, où il se comporte étrangement ; une autre fois à Metz, où il prononce un discours mémorable et délirant. On retrouvera ces épisodes, transposés et magnifiés, dans son oeuvre. Quand Dick voyage, souvent sous l'effet de l'herbe, du LSD, des amphétamines, il écrit. Et quand il écrit, les aventures cosmiques dans lesquelles il entraîne son lecteur se passent essentiellement dans la galaxie des neurones. Dick est un grand dynamiteur de frontières... du sens commun. Avec lui, le doute s'installe : plus rien n'est stable, ni le temps, ni l'espace, ni le moi. Le réel se décompose en configurations de réalité. Le passé se modifie sournoisement, plusieurs présents se superposent, on se rencontre soi-même dans des univers parallèles. Ainsi le voyageur dickien se trouve-t-il emporté dans une spirale vertigineuse où l'impossible n'est jamais que du possible inexploré. Dépossédé de son ego, il gagne une disponibilité affolante.

  • «Le voyage, comme la lecture, l'amour ou le malheur, nous offre d'assez belles confrontations avec nous-mêmes, et fournit de thèmes notre monologue intérieur.» Ce monologue, nourri du spectacle du monde, Marguerite Yourcenar l'amorce dès l'enfance, et le poursuivra toute sa vie en parcourant et reparcourant inlassablement l'Europe, puis l'Amérique et l'Asie. Cette Française, née à Bruxelles en 1903, se fera naturaliser américaine en 1947, suite à sa rencontre avec Grace Frick.

    Yourcenar n'a jamais fréquenté l'école ; ce sont la lecture et les voyages qui l'ont formée. Qu'elle évoque la Grèce, l'Italie, l'Espagne ou le Japon, la Thaïlande, la Russie, le Canada, elle fait preuve d'une érudition étourdissante, relayée par une grande sensibilité aux hasards et à l'éphémère des rencontres, et surtout à la nature - et aux destructions que lui inflige l'homme. Si le voyage est à ses yeux le moyen de se libérer des préjugés, de l'étroitesse d'esprit aussi bien que des enthousiasmes naïfs, c'est aussi l'occasion de vérifier que l'humanité est partout la même, soumise aux mêmes épreuves et aux mêmes maux.

    Le voyage, pour Yourcenar, se double d'une aventure intérieure, d'un itinéraire spirituel : il s'agit de «s'éprouver à la pierre de touche d'une terre et d'un ciel différents», de trouver sa juste place dans un temps si chichement mesuré et, puisque «l'irréversible commence à chaque coin de rue tourné», de se préparer au Voyage final.

    Michèle Goslar a enrichi son parcours à travers l'oeuvre en y incluant plus d'une cinquantaine de pages inédites de Marguerite Yourcenar.

    Le livre est illustré de photographies de Carlos Freire.

  • Française née en Belgique, naturalisée américaine en 1947, Marguerite Yourcenar fut une grande voyageuse, et ce dès l'enfance, grâce à son père, un anticonformiste fortuné et nomade. Pendant la Première Guerre mondiale ils vivront en Angleterre, à Paris, à Menton, à Monte Carlo, puis dix ans en Provence. Vers vingt ans, elle visite, seule, l'Italie. Après la mort de son père en 1929, elle partage son temps entre Paris, la Belgique, la Hollande, l'Italie et les pays d'Europe centrale. La Grèce, qu'elle découvre en 1934, la marque profondément. La rencontre avec l'Américaine Grace Frick en 1937 lui ouvrira les portes d'un nouveau continent. Dès lors, elle partagera sa vie entre le calme de Mount Desert Island, dans l'Etat du Maine, où elle écrit, et de longs voyages en Europe, jusqu'en Russie, puis au Japon et en Inde.
    Elle n'a jamais fréquenté l'école ; ce sont la lecture et les voyages qui l'ont formée. D'où, sans doute, son appréhension d'abord livresque des lieux. Qu'elle évoque la Grèce, l'Espagne ou le Japon, Yourcenar fait preuve d'une érudition étourdissante, relayée par une grande sensibilité aux hasards et à l'éphémère des rencontres, et surtout à la nature (et aux destructions que lui inflige l'homme). Elle traque, en moraliste, l'uniformité cachée sous la variété des apparences. Si le voyage est à ses yeux le moyen de se libérer des préjugés, de l'étroitesse d'esprit aussi bien que des enthousiasmes naïfs, c'est aussi l'occasion de vérifier que l'humanité, au-delà des différences culturelles, est partout la même, soumise aux mêmes épreuves et aux mêmes maux.
    Le voyage, pour Yourcenar, se double d'une aventure intérieure, d'un itinéraire spirituel : il s'agit de « s'éprouver à la pierre de touche d'une terre et d'un ciel différents », de trouver sa juste place dans un temps si chichement mesuré et de se préparer au Voyage final.

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