Langue française

  • Beauté des instantanés qui fixent l'image de l'eau jaillissante, fusant hors d'elle-même, rebondissant vers le haut, comme la gerbe d'écume d'une vague fracassée au bord d'un rocher. La vague morte engendre ce grand fantôme blanc qui dans un instant ne sera plus. L'espace d'un déclic, l'eau pesante monte comme une fumée, comme une vapeur, comme une âme.
    Rêverie sur l'eau, l'air ou la terre, ce texte secret (il n'avait été publié du vivant de Yourcenar qu'à cinquante exemplaires) se transforme en profonde méditation alchimique sous le signe des éléments.
    A partir d'un paysage minéral où l'homme trouve peu de place, se dessinent les contours de Mount Desert Island. Et l'écriture, qui dessine l'essentiel avec une ligne, une branche ou du vent, nous donne la clef des engagements écologiques de Marguerite Yourcenar : Écrit dans un jardin a valeur de manifeste.

  • Carnet de Notes d'Électre a connu une seule parution dans la revue Théâtre de France. A l'occasion de la création à Paris, en 1954, de sa pièce Électre ou la chute des masques, - production que Yourcenar désavouera suite à un désaccord sur la distribution - elle confronte sa conception de la tragédie et des mythes grecs avec celles de quelques-uns de ses contemporains (Cocteau, Gide, Sartre, Giraudoux, Anouilh), qui, comme elle, ont opéré durant l'entre-deux guerres un «retour au mythe». Comme Yourcenar l'affirme en 1954, dans Carnet de notes d'Électre, si les masques grecs offrent encore au poète moderne le maximum de commodité et de prestige, c'est précisément parce qu'ils ont cessé d'être d'aucun temps, même des temps antiques. Chacun les porte à sa guise ;
    Chacun s'arrange pour verser le plus possible de soi dans ces moules éternels.
    Légèrement différente du texte publié en 1954, cette version inédite, éditée à l'occasion du trentième anniversaire de la mort de Marguerite Yourcenar (1903-1987) intègre quelques corrections ou modifications notées de sa main dans un exemplaire de Théâtre de France qu'elle a conservé dans ses archives.
    On ignore quand et pourquoi Yourcenar a porté ces quelques corrections à un article déjà publié.
    Peut-être songeait-elle à reprendre dans un de ses recueils d'essais des années 1980, comme elle l'a fait pour de nombreux articles parus en revue, ce texte qui synthétise sa vision du drame grec antique et ce qu'elle a tenté de faire en écrivant durant l'été 1943 Électre ou la Chute des masques, puis renonça à ce projet ou l'oublia. Plus simplement, son perfectionnisme quand il s'agit de la moindre de ses productions lui a-t-il fait corriger les petites erreurs qu'elle avait laissée passer à la première parution de son texte.

  • Nous caressions l'espoir, depuis Écrit dans un jardin (paru de son vivant), de participer à nouveau à la publication de l'oeuvre de Marguerite Yourcenar. Ce volume nous en donne l'occasion d'une façon bien originale puisque rien dans l'oeuvre connue de l'auteur ne ressemble à ce petit recueil très intime où nous sont livrés tour à tour l'essence spirituelle d'une vie (Les trente-trois noms de Dieu), un bel «exercice d'admiration» (Les hommes vêtus d'espace) et un pan énigmatique de quotidien (Carnet d'adresses).

  • Marguerite Yourcenar (1903-1987) n'a que 23 ans lorsque paraît L'homme couvert de dieux dans les colonnes de l'Humanité.
    Cette oeuvre de jeunesse, violemment laïque, qui décrit l'homme croulant sous le poids de ses idoles tranche avec les pages plus tardives et plus connues de Yourcenar empreintes de mythes grecs et latins. Ce "conte", jamais republié depuis, aide à mesurer l'étendue et à saisir la complexité de l'oeuvre, immense, de Marguerite Yourcenar.

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