• À l'évocation des mots photojournalisme ou photographie de guerre, la mémoire convoque des icônes dont les plus anciennes remontent aux années 1920 et 1930. On imagine ainsi que les conflits d'avant la Grande Guerre n'ont été que peints, dessinés et gravés ; figés dans un héroïsme un peu innocent avant que les violences du XXe siècle ne soient saisies sur pellicule dans leur réalisme cauchemardesque.
    Des albums privés des soldats coloniaux aux fonds des premières agences d'images, ce livre, véritable archéologie de la photographie de conflit, est une invitation, et une éducation, à lire l'image-choc pour la désarmer plutôt que la subir. L'auteur se focalise sur les clichés de la violence physique et de la destruction armée, pris non pas comme de simples illustrations mais comme les supports d'une relation sociale. Dans ce monde de la fin du XIXe siècle, les conflits se multiplient de façon inédite et les abus coloniaux ponctuent les conquêtes. En les capturant, l'appareil photographique, devenu portable et abordable, transforme profondément l'économie visuelle de la violence, et ce bien avant 1914.
    Au-delà d'une histoire des photographies des corps brutalisés et des violences armées, cet ouvrage, loin d'une pornographie du désastre, est aussi une proposition. Comment présenter des photographies montrant les atrocités indicibles pour les penser et en faire l'histoire ? L'observateur, y compris lorsque son regard plonge au coeur des ténèbres, peut retrouver dans les photographies les hommes et les femmes du passé, et non des victimes passives et anonymes figées sur le papier.

  • Bronzes de Benin City, objets royaux du Dahomey, crânes de résistants algériens, congolais et malgaches, cheveux du négus d'Abyssinie... En réponse aux débats actuels et à travers une lecture historique, ce numéro propose d'aborder frontalement la question des pratiques de collecte d'objets et de restes humains dans le contexte des conquêtes coloniales du début du XIXe siècle à la veille de la Première Guerre mondiale. Croisant les expériences de différents empires européens, le retour au terrain proposé permet de montrer la centralité des guerres coloniales et la transformation concomitante de ces artefacts et restes humains en "trophées".

    Ce numéro soulève aussi l'importance des émotions suscitées par ces appropriations violentes dès le XIXe siècle. À cet égard, et dans l'esprit des collecteurs de l'époque, il s'agit bel et bien de "tristes trophées" dont les sociétés européennes d'aujourd'hui sont encore les héritières ambiguës.

    Avec les contributions de Lancelot Arzel, Daniel Foliard, Leonor Faber-Jonker, Felicity Bodenstein, Kim Wagner, Jennifer Sessions, Ricardo Roque, Julien Bondaz, Nadia Vargaftig, Blaise Truong-Loi.

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