• Au cours des dernières décennies, la plupart des sociétés se sont faites plus répressives, leurs lois plus dures, leurs juges plus inflexibles - et ceci sans lien avec l'évolution de la délinquance et de la criminalité. Didier Fassin s'efforce ici de saisir les enjeux de ce moment punitif.

    Qu'est-ce que punir ? Pourquoi punit-on ? Qui punit-on ? Analysant des contextes historiques et nationaux variés, il montre que la réponse aux infractions n'a pas toujours été associée à l'infliction d'une souffrance, qu'elle ne procède pas seulement des logiques rationnelles servant à la justifier et que la plus grande sévérité des peines accroît les inégalités.
    Son enquête propose une salutaire révision des présupposés qui nourrissent la passion de punir et invite à repenser la place du châtiment dans le monde contemporain.

  • Fondé sur une enquête conduite pendant près de deux ans auprès de la brigade anti-criminalité d'une banlieue parisienne, cet ouvrage met en lumière l'exception sécuritaire à laquelle sont soumises les « cités ». À l'opposé des épisodes spectaculaires qui nourrissent nos imaginaires, il montre l'ennui et l'inactivité des patrouilles, la pression du chiffre et les doutes sur le métier, les formes invisibles de violence et les relations ambiguës avec le monde politique, la banalité du racisme et des discriminations.
    Loin d'une posture confortable de dénonciation, cette anthropologie critique s'efforce d'approfondir un nécessaire débat sur la manière dont on police aujourd'hui les milieux populaires et, singulièrement, les jeunes de familles immigrées.

  • Comment comprendre le doublement de la population carcérale, en France, au cours des trois dernières décennies ? Pour tenter de répondre à cette question, Didier Fassin a conduit au long de quatre années une enquête dans une maison d'arrêt.

    Analysant l'ordinaire de la condition carcérale, il montre comment la banalisation de l'enfermement a renforcé les inégalités socio-raciales et comment les avancées des droits se heurtent aux logiques d'ordre et aux pratiques sécuritaires. Mais il analyse aussi les attentions et les accommodements du personnel pénitentiaire, les souffrances et les micro-résistances des détenus, la manière dont la vie au dedans est traversée par la vie du dehors.

    La prison apparaît ainsi comme à la fois le reflet de la société et le miroir dans lequel elle se réfléchit. Plutôt que l'envers du monde social, elle en est l'inquiétante ombre portée.

  • En faisant dialoguer philosophie morale, théorie critique et anthropologie, Didier Fassin propose une nouvelle intelligibilité du monde social et un nouveau regard sur les « politiques de la vie ».
    « Il y a, d'un côté, la vie qui s'écoule avec un commencement et une fin, et de l'autre, la vie qui fait la singularité humaine parce qu'elle peut être racontée. On pourrait ainsi parler de vie biologique et de vie biographique. L'espérance de vie mesure l'étendue de la première. L'histoire de vie relate la richesse de la seconde. L'inégalité des vies ne peut être appréhendée que dans la reconnaissance des deux. Elle doit à la fois les distinguer et les connecter. Les distinguer, car le paradoxe des femmes françaises montre qu'une vie longue ne suffit pas à garantir une vie bonne. Les connecter, car l'expérience des hommes afro-américains rappelle qu'une vie dévalorisée finit par produire une vie abîmée. C'est ainsi que se pose également la question des réfugiés et des migrants. »

  • C'est une histoire simple. Un homme de trente-sept ans appartenant à la communauté du voyage est abattu dans la ferme familiale par des gendarmes du GIGN alors qu'il n'a pas réintégré la prison après une permission de sortir. Deux versions des faits s'affrontent : celle des militaires, qui invoquent la légitime défense, et celle des parents présents sur les lieux, qui la contestent. Une information judiciaire est ouverte, qui se conclut par un non-lieu, confirmé en appel. La famille et ses soutiens continuent pourtant de se battre, réclamant justice et vérité. Réexaminant les pièces du dossier et interrogeant les protagonistes du drame, Didier Fassin présente ici une contre-enquête qui accorde le même crédit à tous les récits.
    Pour en rendre compte, Mort d'un voyageur propose une forme expérimentale de narration qui s'attache d'abord à restituer scrupuleusement par une écriture subjective la manière dont chacun affirme avoir vécu les événements, puis à croiser les témoignages et les expertises en intégrant l'ensemble des éléments disponibles pour aboutir à une autre lecture des faits. Réflexion critique sur les conditions de possibilité de telles tragédies, cette recherche contribue à rendre aux voyageurs un peu de ce dont la société les prive : la respectabilité.

  • Face aux désordres du monde, les sentiments moraux sont devenus un ressort essentiel des politiques. Qu'il s'agisse de conduire des actions en faveur des pauvres ou des réfugiés, d'aider des victimes de catastrophes ou de justifier des interventions militaires, un gouvernement humanitaire, mêlant solidarité et compassion, se déploie désormais partout au secours des démunis et des dominés.

    Sur des terrains proches ou lointains, Didier Fassin explore des scènes où la morale humanitaire se trouve soumise à l'épreuve de l'inégalité et de la violence, et rend compte des tensions et des contradictions qui traversent la politique humanitaire.

    Proposant une critique de la raison humanitaire à la fois respectueuse de l'engagement des acteurs et lucide sur les enjeux qui les dépassent, il jette ainsi les bases d'une anthropologie politique et morale.

  • Comment concevoir la vie dans sa double dimension du vivant et du vécu, de la matière et de l'expérience ? À cette question, la philosophie et, plus récemment, les sciences sociales, ont apporté toutes sortes de réponses, privilégiant souvent l'une ou l'autre de ces dimensions - le biologique ou le biographique. Est-il toutefois possible de les penser ensemble et de réconcilier ainsi les approches naturaliste et humaniste ? S'appuyant sur une série de recherches conduites sur trois continents, Didier Fassin s'y emploie en mobilisant trois concepts : les formes de vie, les éthiques de la vie et les politiques de la vie.
    Dans la condition des réfugiés et des demandeurs d'asile, à travers le geste humanitaire et le sacrifice pour une cause, à la lumière des statistiques de mortalité et des modalités de calcul des indemnités de décès, à l'épreuve, enfin, d'une enquête généalogique et ethnographique, l'économie morale de la vie révèle de troublantes tensions dans la manière dont les sociétés contemporaines traitent les êtres humains.
    Une fois assemblées, comme dans un puzzle, les pièces de cette composition anthropologique, une image apparaît : celle, troublante, des vies inégales.

  • Des attentats aux catastrophes naturelles, des accidents d'avion aux prises d'otages, des massacres de populations aux suicides d'adolescents dans des établissements scolaires, chaque événement violent appelle la présence de psychiatres et de psychologues. Mais la notion de traumatisme a longtemps servi à disqualifier soldats et ouvriers psychologiquement blessés. Après un siècle de suspicion, elle offre désormais aux victimes les moyens de leur reconnaissance sociale.
    C'est cette improbable transformation de la valeur morale attachée au traumatisme, le passage d'une aire du soupçon à celle de la reconnaissance, avec ses bénéficiaires et ses oubliés, ses élus et ses exclus, que ce livre raconte. Les auteurs ont enquêté pendant plus de cinq ans sur trois scènes emblématiques où ont été mises en oeuvre trois formes de politique du traumatisme : la victimologie psychiatrique (ou « politique de la réparation ») à la suite de l'explosion de l'usine AZF à Toulouse ; la psychiatrie humanitaire (ou « politique du témoignage ») dans les territoires palestiniens durant la seconde Intifada ; enfin, la psycho-traumatologie de l'exil (ou « politique de la preuve ») au sein des associations travaillant pour les demandeurs d'asile.
    Ils démontrent que la notion de traumatisme est finalement moins une donnée psychologique qu'une ressource sociale ambiguë.

  • Qu'est-ce que la santé publique ? A cette question, de nombreuses réponses ont été apportées, souvent en termes de définitions ou de prescriptions. Plutôt que d'ajouter une pièce supplémentaire à ce catalogue normatif et de dire ce que devrait être la santé publique, Didier Fassin propose ici une lecture analytique en se demandant simplement : qu'est-ce que faire de la santé publique ? Deux voies sont explorées. La première, généalogique, s'intéresse à la constitution d'un gouvernement des corps et des populations dans le temps long de l'histoire. La seconde, sociologique, analyse la construction d'une politique sanitaire à partir du cas exemplaire de la lutte contre le saturnisme infantile. L'ambition de cet ouvrage est donc de montrer comment des idées naissent, des instruments se forgent, des acteurs se mobilisent pour faire exister et reconnaître des réalités qui sont ainsi inventées tout autant que découvertes: ce qu'on appelle des " problèmes de santé publique". Insensiblement mais profondément, ces représentations et ces pratiques, ces concepts et ces méthodes transforment notre vision des choses et, avec elle, notre responsabilité à l'égard du monde et de ses citoyens.

  • Si l'affaire du sang contaminé a montré qu'un problème sanitaire pouvait mettre en cause les pouvoirs publics jusqu'aux plus hautes sphères de l'Etat, la mise à l'épreuve du politique à travers des questions de santé et, à l'inverse, l'expression du politique dans le champ de la santé ne se limitent pas à ces manifestations les plus visibles.
    Elles se jouent tout autant dans les choix implicites qui sous-tendent la construction des statistiques sanitaires, dans les évidences supposées sur lesquelles repose l'établissement de priorités en matière de prévention, mais aussi dans l'expérience quotidienne qu'ont de leur système de soins les habitants d'un village africain ou d'un quartier parisien et dans l'interprétation par la culture des désordres physiques ou psychiques dont souffrent les groupes dominés, qu'ils soient Indiens des Andes ou immigrés en Europe.
    Les études présentées dans cet ouvrage sont le résultat de quinze années de recherche, principalement au Sénégal, en Equateur et en France. Au-delà de la diversité des thèmes et des terrains, ce qu'il s'agit de saisir dans chaque cas, c'est l'épreuve de vérité que représente la santé pour le politique. Plus particulièrement, ce sont quatre registres d'épreuve qui sont explorés ici : l'épreuve de l'inégalité, par laquelle l'ordre social s'incorpore dans les individus ; l'épreuve du pouvoir, qui met en scène les détenteurs traditionnels ou modernes de savoirs thérapeutiques ; l'épreuve du gouvernement, qui engage la gestion collective des corps et de leurs désordres ; l'épreuve de la cité enfin, dans laquelle la santé se trouve confrontée aux exigences de la démocratie et de la citoyenneté.
    De ces épreuves, le sida sert d'exemple paradigmatique puisqu'il les traverse toutes. Mais le programme d'une anthropologie politique de la santé, tel qu'il est défendu et illustré dans ce livre, ne prend sens que par rapport à la réflexion, proposée en conclusion, sur l'implication, faite d'engagement et de distanciation, du chercheur.

  • D'une affliction l'autre. Les années 1990 ont été, en Afrique du Sud, celles de la sortie de l'apartheid : transition pacifique, premières élections libres, processus de réconciliation nationale se sont succédé à un rythme rapide. Elles ont été, également, celles de l'expansion du sida : de moins de I % au début de la décennie, les taux de séroprévalence sont passés a plus de 20 % à la fin de celle-ci, faisant de ce pays le plus gravement affecté dans le monde avec cinq millions de séropositifs ; cette situation sans précédent a fait l'objet d'une controverse inédite, sur les causes de l'épidémie et sur les effets des médicaments, qui a profondément divisé la société sud-africaine et ébranlé ses jeunes structures politiques. Comprendre la crise épidémiologique que connaît aujourd'hui l'Afrique du Sud et le drame social auquel elle donne lieu suppose de penser les événements à la lumière d'une histoire qui fournit à la fois les conditions objectives de la progression de l'infection et la trame narrative à partir de laquelle les acteurs l'interprètent. Contre les lectures oublieuses de l'héritage de la domination coloniale puis de l'apartheid, il s'agit donc de rappeler cette présence du passé dans les inégalités de distribution de la maladie et dans les arguments échangés au cours de la polémique, dans l'expérience quotidienne des habitants des townships comme dans la mémoire affleurant sans cesse dans l'espace public. Ce livre aborde cette histoire douloureuse et son inscription dans la société sud-africaine. 1l en explore les ramifications complexes au coeur des politiques de santé et des débats de société, dans la vie d'un hôpital et le discours des travailleurs des mines, à travers la biographie d'une jeune malade et les peintures d'artistes engagés. Ce détour par le passé est assurément nécessaire pour celles et ceux qui veulent penser. au-delà des épreuves du présent, l'avenir de l'Afrique du Sud démocratique. Cet ouvrage est le fruit d'une coopération scientifique entre la France et l'Afrique du Sud, dans le cadre d'un programme de l'Agence nationale de recherche sur le sida.

  • Découvrez Economies morales contemporaines, le livre de Didier Fassin. Les questions morales pénètrent nos représentations, nos pratiques, nos politiques. Qu'il s'agisse, dans le monde privé, d'interpréter les conduites des autres et de discipliner les siennes propres, ou bien, dans l'espace public, de sanctionner des déviances et de réguler des populations, nos sociétés mobilisent des normes, des valeurs et des affects, qu'illustrent notamment les tensions entre la raison humanitaire et l'ordre sécuritaire. Redonnant toute sa force critique au concept d'économies morales, les auteurs réunis ici par Didier Fassin et Jean-Sébastien Eideliman en explorent les multiples facettes à travers une série d'enquêtes conduites sur quatre continents. Des lieux d'enfermement des étrangers en France aux prisons de haute sécurité aux Etats-Unis, de la stigmatisation des familles roms en Italie à la marginalisation des enfants de migrants en Chine, de la condamnation du tourisme sexuel en Thaïlande à l'évaluation des transactions amoureuses au Mali, des pratiques de charité en Inde aux politiques contre la pauvreté au Chili, les auteurs s'attachent à comprendre comment on gouverne et on juge, comment on assiste et on exclut. Mais ils montrent aussi que les professionnels et leurs publics n'adoptent pas de manière passive et uniforme ces modèles moraux : ils déploient des subjectivités éthiques pour résister ou " faire avec ", autour du handicap et de la toxicomanie, de l'asile et de la naturalisation, de la violence et de la finance. Cet ouvrage nous propose ainsi de penser la vie sociale et politique de la morale.

  • Par un remarquable paradoxe, à mesure qu'elles s'ouvraient en interne à la circulation des biens et des personnes, les frontières de l'Europe se sont refermées aux étrangers, désormais indésirables, en provenance des pays non communautaires. Mais parallèlement, une autre réalité, moins perceptible, s'est traduite par la constitution de frontières raciales, ethniques ou religieuses à l'intérieur de l'espace national français. Ces deux mouvements par lesquels se cristallisent les frontières extérieures et les frontières internes, la question de l'immigration et l'enjeu de la racialisation, sont étroitement liés, tant dans les histoires familiales, puisqu'elles concernent les étrangers et leurs enfants, que dans les discours publics, comme l'ont montré les interprétations des récentes émeutes urbaines. D'où l'importance de cet ouvrage, qui restitue la recherche conduite pendant quatre ans par une équipe de sociologues, anthropologues, historiens, politistes, juristes, psychiatres et psychanalystes.

  • Avec six millions de personnes infectées, l'Afrique du Sud est le pays du monde le plus gravement touché par l'épidémie de sida.
    Elle est aussi le lieu des débats les plus virulents sur les causes et les traitements de la maladie, des mobilisations les plus spectaculaires et des procès les plus retentissants pour l'accès aux médicaments. Que ces faits surviennent dans le contexte de l'après-apartheid, dans une " nouvelle Afrique du Sud " où la reconstruction d'une " nation arc-en-ciel " affranchie des barrières raciales semblait enfin possible, confère à cette situation une tonalité particulièrement dramatique.
    En ce sens, la chronique sud-africaine du sida, de ses morts annoncées et de ses polémiques incessantes, forme le contrepoint de la Commission vérité et réconciliation, qui s'est efforcée de solder un héritage douloureux. Fruit de cinq années d'enquête dans les townships et les anciens homelands comme dans les milieux savants et politiques sud-africains, ce livre retrace les enjeux politiques d'une crise épidémiologique qui met en cause les discours de la science autant que la gestion du pouvoir il montre, à partir des biographies de malades et de l'anatomie des controverses, comment l'histoire de la colonisation et de la ségrégation demeure vivante, dans les inégalités et les violences, dans le racisme et les accusations de racisme.
    Le passé est intensément présent, se dévoilant sans cesse à travers une politique de la souffrance et une économie du ressentiment. Il s'agit donc ici de comprendre, de la manière la plus littérale, comment les corps se souviennent. Au-delà de la singularité historique de l'Afrique du Sud, l'auteur propose ainsi une réflexion sur la mémoire des afflictions collectives dans les sociétés contemporaines et sur l'anesthésie politique que perpétue notre indifférence à l'égard de ces injustices.

  • Au cours de la période récente, la santé publique a connu un certain renouvellement de ses objets et de ses pratiques à travers son inscription territoriale dans la ville.
    Dispositifs visant à favoriser l'accès aux soins aux populations paupérisées, politiques de réduction des risques pour les toxicomanes, programmes de santé dite communautaire dans des quartiers en déshérence, autant de manifestations de ces transformations par lesquelles l'action publique locale semble se déployer sur le terrain sanitaire pour y affronter des problèmes de société. Ce faisant, la santé publique locale s'est en bonne part affranchie des limites traditionnelles de la médecine et parfois même de la tutelle des médecins.
    Ingénieurs sanitaires, assistantes sociales, éducateurs de rue, animateurs de quartier, urbanistes, enseignants, policiers, juges, administratifs, élus et, bien sûr, habitants des villes en sontles acteurs, à côté des spécialistes de la santé. De nouveaux agencements de compétences et de pouvoirs, de pratiques et de savoirs, de valeurs et de normes se dessinent ainsi. Ces reconfigurations de l'espace local de la santé publique, les auteurs de ce livre les ont étudiées à travers une recherche menée dans huit villes de France (Béziers, Brest, Marseille, Metz, Nancy, Rennes, Toulouse, Tours) où des expériences multiples ont été recueillies et analysées.
    L'approche,pluridisciplinaire, réunit politologues, sociologues, anthropologues et géographes qui en proposent une lecture ouverte. Comment peut-on comprendre cette effervescence? La "nouvelle santé publique ", proclamée ici et là est-elle une réponse, dans l'espace local, à ce que l'on désigne parfois comme la "nouvelle question sociale"? L'examen attentif des situations observées invite ici à une certaine prudence dans l'interprétation.
    Plutôt que l'accomplissement ultime d'un "bio-pouvoir " que la modestie de ses moyens et de ses réalisations rend improbable, cette politique des corps, qui se met en place dans les villes contemporaines, n'est peut-être au fond que le dernier langage du social.

  • - Le déploiement des sentiments moraux (empathie, compassion, ...) dans l'espace public compose une nouvelle économie morale : la " raison humanitaire ". Didier Fassin s'attache ici à montrer comment les politiques de la compassion se sont imposées comme une évidence morale face aux violences, aux catastrophes, aux épidémies, à la pauvreté, à la précarité et au malheur. Fort d'une riche expérience de terrain, il s'appuie sur plus de dix ans d'enquête à travers le monde pour nourrir l'analyse d'une multitude d'exemples empruntés à notre histoire récente, selon deux axes principaux : la mise en oeuvre de la raison humanitaire dans les politiques des vies précaires en France et la dissémination du gouvernement humanitaire sur les scènes tragiques du monde.
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    - Anthropologue et médecin, Didier Fassin est professeur à l'université Paris-13 et à l'université de Princeton et directeur d'études à l'EHESS. Il est notamment l'auteur de L'Empire du traumatisme. Enquête sur la condition de victime (avec R. Rechtman), Flammarion, 2007.

  • Les mondes de la sante publique. excursions anthropologiques. cours au college de france 2020-2021 Nouv.

  • D. Fassin a partagé pendant deux ans le quotidien d'une brigade anti-criminalité. Loin des imaginaires du cinéma ou des séries, il raconte l'ennui des patrouilles, la pression du chiffre, les formes invisibles de violence et les discriminations. Cette enquête « ethno-graphique » montre à quel point les habitants de ces quartiers restent soumis à une forme d'exception sécuritaire.

  • Aujourd'hui, la question raciale vient apporter un démenti aux discours qui se réclament de l'universalisme républicain ; mais elle ne permet pas davantage de représenter la société exclusivement en termes de classes. À l'ombre des émeutes urbaines de l'automne 2005, c'est la représentation d'une France racialisée qui depuis s'est imposée dans le débat public. On n'ignorait pas le racisme ; on découvre combien les discriminations raciales, dans l'emploi, le logement et à l'école, face à la police et à la justice, structurent des inégalités sociales. En retour, se font jour des identifications ainsi que des tensions dans le langage politique de la race, naguère encore interdit de cité. Faut-il donc parler de races, ou pas ? Comment nommer ces réalités sans stigmatiser les groupes qu'elles désignent ? Doit-on se réjouir que les discriminations raciales soient enfin révélées, ou bien se méfier d'un consensus trompeur qui occulterait des inégalités économiques ? D'ailleurs, en a-t-on vraiment fini avec le déni du racisme ?
    Les études réunies dans ce livre composent un éloge de la complexité, autour d'un engagement problématisé : comment articuler, plutôt que d'opposer, question sociale et question raciale ? Une nouvelle préface vient confirmer les déplacements repérés trois ans plus tôt : l'émergence d'une « question raciale » - et plus seulement « raciste » - ou « immigrée », qui croise la « question sociale » sans s'y réduire, interroge désormais l'ensemble des paradigmes qui sous-tendent les représentations de la société française.

  • Si l'anthropologie ne cesse de parler de morale, peu d'auteurs ont tenté de thématiser la « question morale » en tant que telle. L'omniprésence contemporaine de cette question exige pourtant de réfléchir à cet impensé des sciences sociales. C'est à ce travail de problématisation des diverses dimensions de la morale que cette anthologie critique se consacre en rassemblant, traduisant et présentant les textes qui ont jalonné un domaine de recherche en plein essor : l'anthropologie morale.
    Cinq parties adossées chacune à une discussion critique organisent le volume. L'ouvrage reconstitue ainsi la généalogie qui mène de la philosophie morale à la constitution d'une science morale et sociale ; réunit les principales tentatives anthropologiques de penser la morale, entre relativisme et universalisme ; développe les concepts importants de morales locales et d'économies morales ; analyse la rencontre entre les anthropologues et la morale telle qu'ils la découvrent sur le terrain ; et enfin explicite l'éthique de l'anthropologie et les paradoxes moraux des codifications éthiques actuelles.

  • Ce livre, fruit d'un programme de recherches pluridisciplinaires, dresse un état des savoirs en matière d'inégalités sociales face à la santé. Pour les grands domaines de la santé et les principales maladies, il apporte des informations précises et révèle des faits encore trop méconnus, s'efforçant d'expliquer pourquoi ces inégalités ont leurs racines en amont du système de soins.

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