• « Dans ce livre j'ai tenté de livrer directement de bouche à oreille un peu de cet univers grec auquel je suis attaché et dont la survie en chacun de nous me semble, dans le monde d'aujourd'hui, plus que jamais nécessaire. Il me plaisait aussi que cet héritage parvienne au lecteur sur le monde de ce que Platon nomme des fables de nourrice, à la façon de ce qui passe d'une génération à la suivante en dehors de tout enseignement officiel.
    J'ai essayé de raconter comme si la tradition de ces mythes pouvait se perpétuer encore. La voix qui autrefois, pendant des siècles, s'adressait directement aux auditeurs grecs, et qui s'est tue, je voulais qu'elle se fasse entendre de nouveau aux lecteurs d'aujourd'hui, et que, dans certaines pages de ce livre, si j'y suis parvenu, ce soit elle, en écho, qui continue à résonner. »

  • L'ambition n'était pas de clore le débat par une étude exhaustive mais de le relancer [...]. J'ai tenté de retracer les grandes lignes d'une évolution qui, de la royauté mycénienne à la cité démocratique, a marqué le déclin du mythe et l'avènement de savoirs rationnels. En quoi consiste le miracle grec ? Quelles sont les innovations ayant marqué ce que nous appelons la pensée grecque et pourquoi se sont-elles produites dans ce monde grec ? Le mérite de Jean-Pierre Vernant est de réaliser une synthèse personnelle et accessible sur un sujet controversé où s'affrontent de nombreux hellénistes.
    Publié en 1962 dans la collection « Mythes et religions », dirigée par Georges Dumézil, l'auteur a lui-même, à l'occasion d'une réédition parue vingt-cinq ans plus tard, réactualisé dans une longue préface certaines de ses interprétations.

  • Est-on en droit de parler de "religion" pour les Grecs, au sens où nous entendons ce terme ?
    Non, répond l'auteur, dans la mesure où le polythéisme des Grecs ne doit pas être confondu avec les religions monothéistes révélées. Alors que ces dernières visent à assurer le salut personnel de l'individu, au sein d'une Église, avec une ouverture sur l'au-delà, la religion polythéiste des Grecs s'exerce dans le cadre politique de la cité antique.
    Engagé dans les institutions de la cité, le religieux apparaît dès lors orienté vers la vie terrestre : il vise à ménager aux citoyens une existence pleinement humaine ici-bas, non à assurer leur salut dans l'autre monde.
    Ce que la religion laisse en dehors de son champ et que des courants sectaires et marginaux prennent en charge, la philosophie se l'appropriera.

  • salué dès sa parution en 1965 comme un événement majeur, ce recueil de textes de jean-pierre vernant, aujourd'hui professeur honoraire au collège de france, a été régulièrement réimprimé et traduit en plusieurs langues.
    vite devenu un classique, cet ouvrage, enrichi de nouveaux textes, montre à l'oeuvre l'originale méthode de l'auteur. nos études, précise-t-il dans la préface à l'édition de 1985, ont pour matière les documents sur lesquels travaillent les spécialistes, hellénistes et historiens de l'antiquité. notre perspective, cependant, est autre. qu'il s'agisse de faits religieux (mythes, rituels, représentations figurées), de philosophie, de science, d'art, d'institutions sociales, de faits techniques et économiques, toujours nous les considérons en tant qu'oeuvres créées par des hommes, comme expression d'une activité mentale organisée.
    à travers ces oeuvres, nous recherchons ce qu'a été l'homme lui-même, cet homme grec ancien qu'on ne peut séparer du cadre social et culturel dont il est à la fois le créateur et le produit. "


  • La mètis des Grecs - ou intelligence de la ruse - s'exerçait sur des plans très divers mais toujours à des fins pratiques : savoir-faire de l'artisan, habileté du sophiste, prudence du politique ou art du pilote dirigeant son navire. La mètis impliquait ainsi une série d'attitudes mentales combinant le flair, la sagacité, la débrouillardise... Multiple et polymorphe, elle s'appliquait à des réalités mouvantes qui ne se prêtent ni à la mesure précise ni au raisonnement rigoureux.
    Engagée dans le devenir et l'action, cette forme d'intelligence a été, à partir du Ve siècle, refoulée dans l'ombre par les philosophes. Au nom d'une métaphysique de l'être et de l'immuable, le savoir conjectural et la connaissance oblique des habiles et des prudents furent déconsidérés. Reconnaître le champ de la mètis, c'est, pour les auteurs de ce livre, réhabiliter une «catégorie» que les hellénistes modernes ont largement méconnue.

  • Pour un Grec de l'Antiquité, qu'est-ce qu'être soi-même ? La Grèce des cités a largement ouvert la voie au développement de l'individu dans la vie sociale ; pourtant l'être humain n'y apparaît pas encore comme une personne, au sens moderne, une conscience de soi dont le secret reste inaccessible à tout autre que le sujet lui-même. La religion civique n'a pas non plus doté chaque individu d'une âme immortelle qui prolongerait son identité dans l'au-delà.
    C'est que dans une société de face à face, une culture de la honte et de l'honneur, l'existence de chacun est sans cesse placée sous le regard d'autrui. Pour se connaître il faut contempler son image reflétée dans l'oeil de son vis-à-vis.
    Parmi les formes diverses que l'autre a revêtues aux yeux des Grecs, il en est trois qu'en raison de leur position extrême dans le champ de l'altérité J.-P. Vernant a retenues pour focaliser sur elles son enquête : la figure des dieux, le masque de la mort, le visage de l'être aimé. Ces trois types d'affrontement à l'autre servent comme de révélateurs pour dégager les traits de l'identité telle que les Grecs l'ont conçue et assumée.

  • Y a-t-il des liens entre la lecture par Jean-Pierre Vernant de l'épopée homérique et son action dans la Résistance militaire, avec les risques qu'elle comportait ? Dans cet ouvrage, le grand historien revient sur ces liens, à la réflexion très clairs, qui ont tissé, entre son interprétation du monde des héros d'Homère et son expérience de vie, comme un invisible réseau de correspondances orientant sa lecture « savante » et privilégiant, dans l'oeuvre du poète, certains traits : la vie brève, l'idéal héroïque, la belle mort, la gloire impérissable.
    Cette confrontation entre passé et présent, entre l'objectivité distante du savant et l'engagement passionné du militant, ne pouvait manquer de déboucher sur les problèmes de la mémoire et, en particulier, sur le franchissement des frontières : entre passé et présent, proche et lointain, familier et insolite, finalement, pour chacun de nous, entre ses souvenirs et lui-même.

  • Etude de l'angoisse suscitée par des puissances divines de la mythologie grecque comme Gorgô, Artémis ou Dionysos qui représentent l'inconnu, l'autre et ses métamorphoses. Contient un entretien de l'auteur avec P. Kahn.

  • Le mythe ne se définit pas seulement par sa polysémie, par l'emboîtement des différents codes les uns dans les autres.
    Entre les termes mêmes qu'il distingue ou qu'il oppose dans son armature catégorielle, il ménage dans le déroulement narratif et dans le découpage des champs sémantiques des passages, des glissements, des tensions, des oscillations, comme si les termes, tout en s'excluant, s'impliquaient aussi d'une certaine façon. le mythe met donc en jeu une forme de logique qu'on peut appeler, en contraste avec la logique de non-contradiction des philosophes, une logique de l'ambigu, de l'équivoque, de la polarité.
    Quel est d'autre part le lien entre le cadre intellectuel dégagé par l'analyse structurale et le contexte sociohistorique où le mythe a été produit ? comment s'articulent, dans le travail concret de déchiffrement, une recherche en synchronie où chaque élément s'explique par l'ensemble de ses relations au système et une enquête en diachronie où les éléments, insérés dans des séries temporelles, s'expliquent par leurs rapports à ceux qui les ont précédés dans les séquences ainsi définies ? la réponse consisterait sans doute à montrer que, pas plus dans l'enquête historique que dans l'analyse en synchronie, on ne rencontre d'éléments isolés, mais toujours des structures, liées plus ou moins fortement à d'autres, et que les séries temporelles concernent des remaniements, plus ou moins étendus, de structures au sein de ces mêmes systèmes que vise l'étude structurale.

  • L'homme grec

    Jean-Pierre Vernant

    • Points
    • 14 Janvier 2000

    Philippe borgeaud. professeur d'histoire des religions à l'université de genève.

    Giuseppe cambiano. professeur d'histoire de la philosophie à l'université de turin.

    Luciano canfora. professeur de philosophie classique à l'université de bari et directeur de la revue quaderni di storia.

    Yvon garlan. professeur émérite à l'université de haute bretagne (rennes).

    Claude mossé. professeur émérite à l'université de paris vii (vincennes).

    Oswyn murray. balliol college, oxford.

    James redfield. enseigne au department of classical languages and literatures de l'université de chicago.

    Charles segal. professeur de littérature classique et comparée à l'université de harvard.

    Mario vegetti. enseigne l'histoire de la philosophie ancienne à l'université de pavie.

    Jean-pierre vernant. professeur honoraire au collège de france.

  • Entre mythe et politique

    Jean-Pierre Vernant

    • Points
    • 20 Septembre 2000

    Entre mythe et politique jeune antifasciste dans le quartier latin des années 1930, grand résistant, militant luttant au coude à coude avec ses camarades, jean-pierre vernant est également le professeur honoraire au collège de france qui a renouvelé notre compréhension des mythes et des croyances de la grèce ancienne.
    Dans ce volume, l'auteur nous invite à un " parcours ". entre mythe et politique où il retrace la formation et l'itinéraire du savant et de l'homme engagé dans le siècle. mais plutôt qu'une biographie intellectuelle à deux faces, jean-pierre vernant montre combien " dans la démarche du savant comme dans les choix du militant, les deux pôles opposés du mythe et du politique n'ont jamais cessé de se nouer ".

  • Retranscription d'un entretien accordé en 1992 par l'helléniste J.-P. Vernant (1914-2007). Il revient sur les grandes étapes de sa vie, notamment sur son expérience dans la Résistance, en tant que chef de l'armée secrète pour Toulouse et la Haute-Garonne. Il évoque son style de vie, ses engagements, sa vision du travail, des relations sociales et de sa démarche intellectuelle.

  • Religions, rationalités, politique contient l'univers, les dieux, les hommes ; les origines de la pensée grecque ; mythe et pensée chez les grecs ; mythe et société en grèce ancienne ; mythe et religion en grèce ancienne ; l'individu, la mort, l'amour ; la mort dans les yeux ; religions, histoires, raisons ; entre mythe et politique et la traversée des frontières mais aussi les écrits issus d'ouvrages collectifs, notamment mythe et tragédie en grèce ancienne et les ruses de l'intelligence, la mètis des grecs.
    Plusieurs index - index des notions et des figures mythiques, index des noms anciens, index des noms d'auteurs modernes - viennent compléter cet ouvrage de référence.

  • Celui qui vit son existence, sa propre personne, sur ce mode-là consistant à choisir de mettre tout en jeu, soi-même, afin de se montrer, de se démontrer, de se prouver que justement, on est vraiment un homme sans accommodement, sans lâcheté, alors celui-là est sûr de mourir jeune.
    Et cette mort n'est pas une mort comme les autres. De même qu'il y a un honneur héroïque qui n'est pas l'honneur ordinaire, il y a une mort héroïque au combat qui n'est pas une mort ordinaire.

  • Jean-Pierre Vernant possède une formation en philosophie, couronnée en 1937 par la première place à l'agrégation Lorsque survient la guerre, il s'engage aussitôt dans la résistance pour devenir par la suite Chef des Forces Françaises de l'Intérieur du Sud Ouest sous le pseudonyme de Colonel Berthier. A l'issue du conflit, il abandonne l'armée pour la psychologie appliquée à la pensée grecque. C'est sous l'influence de l'helléniste Louis Gernet et du sociologue Ignaco Mayerson qu'il tente de montrer quelles sont les catégories psychologiques décelables dans les textes et les images du monde grec archaïque et classique. Il poursuit une carrière au CNRS puis à l'école des hautes études qui le mène au Collège de France en 1975 où il fut titulaire de la chaire d' «Étude comparée des religions antiques» jusqu'en 1984.

  • Agrégé de philosophie et grand spécialiste de la pensée grecque, Jean-Pierre Vernant a longtemps occupé la chaire d'études comparées des religions antiques au Collège de France. En hommage à son travail, cet ouvrage rassemble plusieurs de ses articles et exposés échelonnées entre 1965 et 1975, portant sur le caractère universel du fait religieux, l'avènement de la pensée rationnelle ou encore les rapports entre histoire et psychologie. Ses recherches visant à « reconnaître au phénomène religieux le statut d'un objet de connaissance, accessible comme tout autre à l'investigation scientifique », Jean-Pierre Vernant est l'un des premiers à considérer l'homme primitif par le prisme du contexte social et historique, et à se référer aux sciences humaines (linguistique, ethnologie.) pour expliquer la spécificité de son être au monde.

  • L'enquête dont ce volume donne les résultats a été conduite dans une double perspective, historique et sociologique.
    Il ne s'agissait pas seulement de brosser le tableau des institutions militaires, de dégager le portrait psychologique du combattant, mais, plus profondément, de définir le rôle, le statut social, la signification même de la guerre dans la civilisation grecque.
    Le monde mycénien, le système classique, l'époque hellénistique, trois moments essentiels où se dessine un nouveau visage de la guerre. dans le monde mycénien, la guerre semble bien être une fonction spécialisée.
    Avec la cité, avec la phalange des hoplites, la guerre devient " politique " : le personnage du guerrier cède la place au citoyen-soldat, l'activité guerrière se confond avec la vie commune du groupe. à l'époque hellénistique, avec les armées de mercenaires, recrutées par les princes pour conquérir des empires, la guerre se sépare de la politique ; elle prend la forme d'une activité de professionnels au service du souverain.

  • Réunir ces trois conférences en un volume permet de donner un aperçu de l'art oratoire de Jean-Pierre Vernant ainsi que de la diversité des publics devant lesquels il tenait à l'exercer : jeunes enfants accompagnés de leurs parents au théâtre de Montreuil, assemblée cultivée à la bibliothèque national de France, public populaire à Aubervilliers. Ces trois conférences scandent en outre les cinq dernières années de cette vie consacrée à la transmission de l'histoire et de la culture grecque, à travers l'évocation des oeuvres des poètes Homère et Hésiode et de trois figures fondatrices : Pandora, la première femme ; le rusé et fidèle Ulysse ; le brave et brillant Persée.

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