• Si Walter Benjamin en 1935 l'évoque comme homme allemand, c'est pour avoir su "sans gloire préserver l'honneur, sans éclat la grandeur, sans appointement la dignité".
    Malgré son effacement, Seume céda à ses amis et se plia à contrecoeur à la tâche de décrire sa vie, se jugeant seul dépositaire de son originalité. Lecteur passionné des ouvrages des Anciens, il fait de la sérénité une conquête permanente mais possible. L'époque n'est pas au lyrisme : observateur du monde, il y décèle les avatars de l'esclavagisme et de l'injustice. Puisant dans ses seules ressources morales, il s'efforce de surmonter les bouleversements personnels et ceux d'un pays où s'installe la domination napoléonienne.
    Le travail d'écriture accompagne dans l'ombre le refus d'un ordre établi inégalitaire. De l'autobiographie, écriture intime livrée au public, et ici dans sa première phase historique, s'extrait une individualité sans compromission. Prônant l'émancipation des tutelles dans la droite ligne des penseurs du XVIIIe siècle, cet esprit toujours en éveil est porté par une sensibilité aux choses les plus communes.
    Avec une ultime lettre à Wieland, dictée par une fidèle amitié, et un tout dernier récit de voyage, ces fragments d'une remémoration manifestent une foi en la seule humanité.

  • Il a parcouru le monde principalement à pied et l'approchait par l'intelligence de l'expérience qu'il en faisait, par-delà les livres sans jamais oublier la modestie de ses origines villageoises. Né de parents métayers, Seume quitte l'université de Leipzig à laquelle des appuis financiers lui avaient permis d'accéder ; recruté de force par des Prussiens, il est envoyé en Amérique à la fin de la guerre d'Indépendance. De retour en Europe, il assiste au soulèvement de Varsovie et est fait prisonnier. En 1802, il se rend à pied à Syracuse et revient dans sa Saxe natale. Sa patrie est cette part du monde qu'il a foulée et qui s'effondre ou s'édifie.

    S'adressant à quelques amis, il publie des lettres qui racontent les étapes de son quatrième grand périple, cette fois autour de la mer Baltique au printemps et à l'été 1805. Il traverse des frontières nouvellement redéfinies et les zones d'influence arrêtées après le troisième partage de la Pologne de 1793 et la guerre qui a opposé la Russie et la Suède entre 1788 et 1790 et avant le passage des armées napoléoniennes en route vers Moscou.

    Témoin des violents contrastes sociaux à une époque où le servage est couramment pratiqué, mais aussi militant des Lumières, Seume rejoint Dresde, Breslau, Varsovie, Riga, Saint- Pétersbourg, Moscou, Viborg, Abo, Uppsala, Stockholm, Copenhague, Hambourg, Brunswick pour enfin retourner à Leipzig dont il était parti. La vie rurale aussi, dans son aménagement réel ou prometteur, retient son attention. Une patrie restera toutefois à édifier après en avoir confronté le rêve aux réalités multiples : la sienne est l'inquiétude d'une recherche permanente.

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