• « Non, quoi qu'en disent les amants et les poètes, ce n'est point loin des cités fastueuses, ce n'est point dans la solitude et sous le chaume, que l'amour règne avec le plus d'empire. Il aime l'éclat et le bruit, il s'exalte de tout ce qui satisfait l'ambition, la louange, la pompe et la grandeur. C'est au milieu des passions factices, produites par l'orgueil et par l'imagination, c'est dans les palais, c'est entouré des plus brillantes illusions de la vie, qu'il naît avec promptitude et qu'il s'accroît avec violence ; c'est là que la délicatesse et tous les raffinements du goût embellissent ses offrandes, président à ses fêtes, et donnent à son langage passionné des grâces inimitables et une séduction trop souvent irrésistible ! » Dans cette nouvelle historique, voyage subtil sur « la carte de Tendre » paru à l'orée du XIXe romantique, Madame de Genlis (1746-1830) porte ses deux héros, mademoiselle de Clermont et le duc de Melun, au rang d'amants maudits de la littérature.

  • " si vous deveniez auteur, vous perdriez la bienveillance des femmes, l'appui des hommes, vous sortiriez de votre classe sans être admise dans la leur.
    ils n'adopteront jamais une femme auteur à mérite égal, ils en seront plus jaloux que d'un homme. ils ne nous permettront jamais de les égaler, ni dans les sciences, ni dans la littérature ; car, avec l'éducation que nous recevons, ce serait les surpasser. "

  • Habituée depuis son enfance à exercer un extraordinaire pouvoir d'attraction sur son entourage, Félicité Ducrest s'est toujours jouée des contraintes et des convenances pour vivre comme elle l'entendait. Aristocrate déclassée, son mariage romanesque en 1763 avec le comte de Genlis lui ouvre les portes de la Cour. Bientôt maîtresse du duc d'Orléans (futur Philippe Egalité), elle devient le «gouverneur» de ses enfants.
    Scandale sans précédent, cette charge étant réservée à des hommes. Dans son salon de la rue de Bellechasse à Paris, elle reçoit les écrivains les plus célèbres de son temps et la plupart des ténors de l'opposition à la monarchie absolue. Mal vue par les royalistes, mais menacée par les «patriotes», elle juge plus prudent d'émigrer en 1792. Après cinq ans d'exil, elle revient dans un Paris bien différent de celui qu'elle a connu.
    Dans ses Mémoires publiés en 1824-1825, Madame de Genlis brosse un tableau extrêmement vivant de la société d'Ancien Régime, où l'on rencontre des personnages aussi célèbres que Madame Du Deffand, Voltaire, Rousseau, Madame Du Barry, Talleyrand... Témoin d'une histoire tumultueuse qui commence sous Louis XV et s'achève dix ans après la chute de l'Empire, elle évoque avec bonheur les moeurs de la société aristocratique à la veille de la Révolution et apparaît également comme une pionnière du féminisme.

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