Ressouvenances

  • Les cinquante-cinq Sonnets à Orphée furent écrits par Rilke en Février 1922, en moins de quinze jours. Leurs thèmes centraux sont Orphée et son chant de louange ; ce qui est chanté est le « Dasein », l' « être-ici », la présence au monde. Rilke tenait pour une trahison de sa poésie toute traduction qui ne restituerait pas en même temps que sa pensée, son mouvement intérieur, son rythme, ses rimes, sa musique. L'objectif du traducteur a été de faire « entendre » autant que possible cette orchestration en essayant de reproduire la structure, rime et rythme, des Sonnets de Rilke, pour faire de ces traductions françaises et anglaises des échos sonores des originaux. The fifty-five Sonnets to Orpheus were written by Rilke in February 1922, in less than two weeks. Their central themes are Orpheus and his song of praise; what is sung is «Dasein», «being- here», the presence in the world. Rilke considered as a betrayal of his poetry any translation that would not reproduce, together with his thinking, his internal movement, his rhythm, his rhymes, his music. The goal of the translator has been to make that orchestration «heard» as much as possible, to try and reproduce the structure, rhyme and rhythm, of Rilke's Sonnets, in order for these translations to sound as echoes of the originals.

  • Après les Sonnets à Orphée, parus en 2017, voici un recueil de poèmes choisis et traduits en rythmes et en rimes, en français et en anglais, par Claude Neuman. Dans sa présentation, celui-ci remarque que, à nouveau, l'être au monde, le Dasein, est le fil conduct?eur de ces errances énigmatiques, rêveuses, sensibles aussi, que le poète explore inlassablement. Cette confrontation au monde, à « la lourde terre en solitude sans fin », est une confrontation au mot, le geste primordial, et à son humble incertitude malgré et par-dessous sa dérélict?ion dans une langue chosifiée :
    J'en ai si peur, des mots des humains.
    Ils parlent de tout si distinct?ement :
    Et ceci a nom...
    Or c'est le temps qui emporte et raille la course circulaire de ces noms trop arrêtés :
    Et ça tourne, et ça vire, et ça n'a pas de but, et ça s'en va et vers sa fin ça file.
    Il dénie, érode, inverse les apparences :
    Ce qui dehors lentement se lève et s'appelle le jour nous est-il donc plus clair que la nuit ?
    Il nous renvoie à notre manque, notre incapacité, notre illusion comme seule approche insuffisante, impossible :
    Comment peut le lointain si proche paraître, et pourtant, ne point s'approcher ?
    Le poète, l'être aux mots, avoue son impuissance : « La terre, je crois, n'est autre que la nuit. » Il rend « au silence enfin, lui qui perd tout », « le monde [...] qui en chacun de nous tombe en débris. »

empty