Littérature traduite

  • « Dans la vie, on n'éveille jamais assez souvent le sentiment du commencement en soi, et nul besoin pour cela d'un grand changement extérieur, car nous modifions le monde depuis notre coeur même, et si celui-ci veut bien être neuf et incommensurable, celui-là se présente alors comme au jour de sa création : infini. Si nous devions nous rencontrer un jour et pourquoi cela ne se réaliserait-il pas, vous réclamez que je vous raconte l'histoire d'un commencement nouveau qui se produisit durant une période de mon enfance des plus difficiles et en quelque sorte tout à fait désespérée. Que cela demeure une promesse entre nous. » Cette émouvante correspondance avec la jeune Anita Forrer est une découverte majeure qui comblera tous les amoureux de l'oeuvre de Rainer Maria Rilke. Rendu pour la première fois accessible en langue française, cet échange épistolaire, qui peut se lire comme le prolongement des Lettres à un jeune poète, ouvrit à Anita Forrer des espaces spirituels insoupçonnés et donna un sens nouveau à son existence. Rilke fut son guide et son confident, comme il l'avait été quinze ans plus tôt pour Franz Xaver Kappus. Les lectrices et lecteurs d'aujourd'hui puiseront à leur tour dans ce texte inédit de lumineuses leçons de vie.

  • Un élève officier de l'armée austro-hongroise, aspirant écrivain, adresse ses tentatives poétiques à Rainer Maria Rilke et sollicite son avis. De 1903 à 1908, en quelque dix lettres, le jeune homme, alors à la croisée des chemins, hésitant entre la voie toute tracée de la carrière militaire et la solitude aventureuse de la vie d'écrivain, confie à son aîné admiré ses doutes, ses souffrances, ses émois sentimentaux, ses interrogations sur l'amour et la sexualité, sa difficulté de créer et d'exister. Le poète lui répond. Une correspondance s'engage. Refusant d'emblée le rôle de critique, Rilke ne dira rien sur ses vers, mais il exposera ce qu'implique pour lui le fait d'écrire, de vivre en poète et de vivre tout court.

    /> Publié pour la première fois dans son intégralité, cet échange intime ne permet pas seulement de découvrir enfin le contrechamp de lettres qui furent le bréviaire de générations entières, il donne au texte de Rilke une puissance et une portée nouvelles, et invite à repenser la radicalité de son engagement esthétique, mais aussi la modernité frappante de sa vision de la femme.

  • « Et nous sommes comme des fruits. Nous sommes suspendus bien haut parmi des branches étrangement entrelacées, et nous sommes livrés à bien des vents. Ce que nous possédons, c'est notre maturité, notre douceur, notre beauté. Mais la force qui les nourrit coule à travers un seul tronc, depuis une racine qui a fini par s'étendre sur des mondes entiers. Et, si nous voulons témoigner de sa puissance, chacun de nous doit vouloir l'utiliser dans le sens qui est le plus propre à sa solitude. Plus il y a de solitaires, plus solennelle, plus émouvante et plus puissante est leur communauté. » Dans cette composition de jeunesse (1898) - ici enrichie de trois textes sur l'art de la même période -, se forment et se dessinent les plus grandes percées de la poétique de Rilke : de ce qui se nommera, dans les Élégies de Duino, « l'Ouvert » et « l'espace intérieur du monde ».

  • Au sortir d'une enfance presque légendaire dans le château de ses ancêtres, le jeune Danois Malte Laurids Brigge se retrouve, solitaire, à Paris. Ses cahiers sont le livre de la souffrance, où affluent les souvenirs et les angoisses de Rilke.

  • L'écriture des Élégies de Duino, débutée entre Venise et Trieste en 1912, fut achevée dix ans plus tard en Suisse, en même temps que la rédaction des Sonnets à Orphée. Dans ces poèmes, la mort n'est plus seulement le « fruit qui mûrit à l'intérieur de la vie », mais « la face cachée de l'existence - l'autre côté de la nature... ».

    Chant nostalgique, célébration de l'enfance, méditation sur l'amour et la mort, ces deux recueils constituent le chef-d'oeuvre poétique de Rilke.

    Traduit de l'allemand par Lorand Gaspar et Armel Guerne.

  • Nourris d'éléments autobiographiques, les deux contes d'Histoires pragoises décrivent la Prague de l'adolescence de Rilke, celle où est né son désir d'écriture. Entre les souvenirs du pont Charles et du Café national, il évoque l'émergence du sentiment nationaliste anti-allemand. Dans Le Testament, il parle du conflit latent entre art et amour. Deux oeuvres symboliques, l'une de jeunesse, l'autre plus mature, rassemblées pour nous faire découvrir autrement l'un des plus grands écrivains de langue allemande.

  • Rilke Lettres à un jeune poète et autres lettres En 1903, Rainer Maria Rilke entame une correspondance avec un jeune homme de vingt ans, Franz Kappus, élève d'un établissement militaire, qui lui a envoyé ses premiers essais poétiques. Plusieurs lettres suivent, que Kappus publie en 1929, trois ans après la mort de Rilke. Ces textes sont immédiatement devenus célèbres et comptent parmi les plus beaux de Rilke ; au fil du temps et des échanges, ils composent une superbe méditation sur la solitude, l'amour, la création, l'accomplissement de l'être. D'autres lettres viennent compléter ce recueil, adressées à l'amante du poète, Lou Andreas-Salomé, à son ami, Friedrich Westhoff, et à sa femme, Clara Rilke. Elles continuent de parler « de la vie et de la mort, et de ceci que l'une et l'autre sont grandes et magnifiques ».

  • Rilke relate un épisode de la vie d'un de ses ancêtres, Christoph Rilke, jeune noble parti en guerre en 1663; il est porte-drapeau, engagé volontaire dans la cavalerie de l'Empire d'Autriche en guerre contre l'Empire ottoman. Rilke fait de cet épisode familial une légende universelle : son ancêtre devient l'étendard de la passion. Durant son périple, le cornette passe une nuit dans un château de Hongrie et y rencontre l'amour. C'est cependant le moment que l'armée turque choisit pour attaquer. Il se réveille au milieu des flammes.
    Mais il veut encore porter haut son drapeau et court à la poursuite de son régiment, sa bannière en feu. Il est malgré tout vite rattrapé par ses ennemis et trouve la mort sur le champ de bataille. Il n'a alors que 18 ans. Sa dépouille ne sera jamais retrouvée.

  • À côté de George et de Hofmannsthal, Rilke (1875-1926) est, dans le monde germanique, le poète-phare du début du XXe siècle.
    Polyglotte, esprit cosmopolite (on se souvient de son voyage en Russie avec Lou Andréas Salomé), il fut très attaché au monde latin et spécialement à la France. Un temps secrétaire de Rodin à Paris ? il dédia à l'artiste une passionnante monographie en 1903 ?, traducteur de Paul Valéry notamment, il composa des poèmes français (Vergers) en 1926.

  • Recueil


    «Il n'est pas seulement précieux que deux êtres se reconnaissent, il est essentiel qu'ils se rencontrent au bon moment et célèbrent ensemble de profondes et silencieuses fêtes qui les soudent dans leurs désirs pour qu'ils soient unis face aux orages. Combien de gens se seront-ils manqués pour n'avoir pas eu le temps de s'habituer l'un à l'autreoe Avant que deux êtres aient le droit d'être malheureux ensemble, il leur faut avoir connu la félicité ensemble et en avoir en commun un souvenir sacré qui maintienne un même sourire sur leurs lèvres et une même nostalgie dans leurs âmes.»


    En 1897, à Munich, le jeune poète Rainer Maria Rilke rencontre Lou Andreas-Salomé. De leur coup de foudre naîtra une longue amitié et une forte complicité artistique et humaine. Cette vingtaine de lettres, tirées de la correspondance de Rilke, retrace l'histoire de ce lien unique, jusqu'à la mort du poète en 1926.

  • En proie à de multiples doutes quant à son inspiration, Rainer Maria Rilke se promène sur les rochers du château de Duino, non loin de Trieste, quand il entend soudain une voix : «Qui donc, si je criais, m'écouterait dans les ordres des anges ?» Il tient là les premiers mots des Elégies de Duino, dont la rédaction s'échelonne de 1912 à 1922. Comment vivre avec la menace de la mort ? Comment accepter les limites de l'homme, qui n'est ni animal ni Ange ? L'amour peut lui offrir ce soupçon d'éternité. Et les figures les plus hautes de cette aspiration première seraient l'enfant qui connaît la mort précoce ou encore la femme à l'amour brisé, fuyant tout lien terrestre. En acceptant de se plier à sa condition terrestre, l'homme peut accepter la mort, condition de l'éternité.

  • Dans sa remarquable préface, Claude David émet l'hypothèse que l'oeuvre toute entière de Rilke s'édifie sur une absence, celle de la mère. Il va radicalement à l'absence, c'est-à-dire à la mort qui «mûrit en nous comme un fruit». Car la mère, qui n'est même pas morte (si on peut dire), s'est absentée et la retrouver, c'est l'halluciner. Ainsi s'ouvre le temps et l'oeuvre s'inaugure. Par des spectres, qui donnent à voir l'invisible. On sait que le Golem erre dans Prague comme Rilke ne cessera d'errer à la recherche de fantômes qui habilleraient la disparue. «Même Dieu, évoqué presque à chaque page, ce Dieu sans passé, sans tradition, sans contour, sans dogme, n'est guère différent d'une absence. Et les choses elles-mêmes ne sont à leur tour qu'un masque et qu'un décor» note Claude David. Comme les anges dans les églises baroques de Prague, elles sont suspendues dans le vide qui seul leur donne un sens. Dans ce «manchon de néant, à revêtir des déguisements et des masques, soudain on ne se reconnaît plus. Ce n'est jamais la chose, ni l'être que l'on trouve, mais seulement son image, sa représentation». Le deuil, pour s'apaiser, cherche une relique : l'oeuvre comme ombre portée de la mère ?

  • La richesse de l'oeuvre poétique de Rilke est parfois occultée par la célébrité des Élégies de Duino et des Sonnets à Orphée. Cette nouvelle traduction, incluant une bonne moitié de textes encore ignorés du public français, a pour ambition de retracer l'évolution de l'oeuvre dans son ensemble, depuis les poèmes de jeunesse célébrant les blondes jeunes filles et les paysages de Bohême, jusqu'à la poésie inspirée et parfois énigmatique des célèbres recueils. Pour la première fois, des poèmes épars ont été rassemblés en cycles autonomes. Certains de ces cycles s'imposaient ; les autres, apparemment moins évidents, respectent des choix exprimés par Rilke lui-même : c'est ainsi qu'est proposée une seconde partie des Élégies. Celles-ci sont en outre suivies de variantes et de fragments que Rilke avait rassemblés, et qui permettent d'éclairer la genèse du recueil ; de même, on a fait figurer à la suite des Sonnets à Orphée les annotations du poète, ainsi que des poèmes et fragments tirés de ce qu'il appelait leur «orbitaire». Enfin, trois pièces de théâtre, qui par leur caractère intimiste et leur réalisme évoquent H. Ibsen, révèlent une dernière facette d'un auteur encore fortement ancré dans le XIXe siècle, mais qui par toute une partie de son oeuvre appartient sans conteste à la modernité.

  • Une messe d'enterrement, un hospice de vieillards, deux soeurs liées par la haine, des malades et des personnages médiocres... Tout cela n'est guère réjouissant. Et pourtant, Rilke, avec un talent inégalé, nous fait rire de chacune de ces scènes. Il révèle le grotesque et la drôlerie des moments et des caractères les plus pathétiques.
    À travers onze courtes nouvelles, découvrez la richesse de l'univers et l'humour de l'auteur des Carnets de Malte Laurids Brigge.

  • L'oeuvre de Rilke n'a cessé d'accompagner les éditions Arfuyen depuis leur création. De Rilke elles ont publié six ouvrages, souvent réédités : Le Vent du retour, trad. Claude Vigée (1989, rééd. 2005) ; La Vie de Marie, trad. Claire Lucques (1989, rééd. 1992 et 2013) ; L'Amour de Madeleine (1992, rééd. 2000 et 2015) ; Le Livre de la Pauvreté et de la Mort, trad.
    Jacques Legrand (1997, rééd. 2016) ; « Donnez-nous des maîtres qui célèbrent l'Ici-Bas » (2006), enfin Ainsi parlait Rainer Maria Rilke, trad. Gérard Pfister (2018).
    Le Livre de la vie monastique (Das Buch vom mönchischen Leben) a été écrit par en 1899 au retour de son premier voyage en Russie (avril-juin 1899) avec Lou Andreas-Salomé, à qui il est dédié.
    Il constitue la première partie du Livre d'heures publié en 1905. Lou Andreas-Salomé en conservait le manuscrit original qui sera publié en fac-similé en 1936 : y figurent à côté des poèmes de précieux commentaires sur les lieux, les circonstances et l'état d'esprit dans lesquels ils ont été écrits par le « moine » réputé en être l'auteur. Ils sont reproduits ici pour la première fois avec les poèmes.
    Écrit dans des circonstances exceptionnelles, ce texte est une des oeuvres les plus fortes, les plus « nietzschéennes » de Rilke, l'une de celle qu'Etty Hillesum gardait toujours avec elle. Peu et souvent très mal traduite en français (car très difficile à rendre), elle reste à découvrir par le public français.

  • Dans les nouveaux poèmes publiés en 1907, rilke inscrit sa poésie dans les marges de la littérature classique et antique, revisitant à la fois l'histoire, la bible et de nombreuses références artistiques (de rembrandt à botticelli, de rodin à bernini).
    Pour philippe jaccottet, "les nouveaux poèmes constituent la part de l'oeuvre de rilke qui a été la première accessible et qui est restée longtemps la plus chère aux lecteurs." le recueil requiem est constitué de deux élégies funèbres, écrites en 1908 après la disparition de proches.

  • Requiem

    Rainer Maria Rilke

    Moins lu en France que d'autres oeuvres majeures de Rilke, Requiem fut, de son vivant, l'un de ses textes les plus largement diffusés. Écrits en 1908 et dédiés à un très jeune poète suicidé et à une artiste peintre à laquelle Rilke avait été presque fiancé avant d'épouser Clara Westhoff, dont elle était l'amie, ses deux volets représentent une expression déjà pleinement maîtrisée des thèmes qu'amplifieront les Élégies de Duino. Pour la première fois depuis les Nouveaux poèmes, Rilke se détourne du monde objectif et de " l'apprentissage du regard qu'il s'était fixé pour tâche, et revient à la question de la mort qui le hantait dès ses premiers poèmes, cherchant à lui donner une réponse qui ne relève d'aucune religion instituée. Deux autres " Requiem ", l'un de 1900, l'autre de 1915, complètent la présente édition.

  • Tout séduit. Même le faible oiseau du fond de son feuillage pur, nous fait violence ;
    La fleur, faute d'espace, tend vers nous ;
    Et le vent, n'exige-t-il pas ? Seul le dieu, pareil aux colonnes, laisse passer, répartissant au plus haut, où il porte, sur les deux côtés l'arche sans poids de son indifférence.
    Robert Musil disait de Rilke : «il ne fut pas une sommité d'aujourd'hui, mais l'une de ces hauteurs sur lesquelles le destin de l'esprit avance de siècle en siècle». Ce choix de poèmes, entre 1906 et 1926, établi et traduit par Philippe Jaccottet, agit comme un miroir dont la lumière viendrait de l'intérieur : il éclaire deux sommets, deux oeuvres parmi les plus singulières et complexes.

  • Au tournant des xixe et xxe siècles, Rilke a vingt-cinq ans et vient d'effectuer deux voyages en Russie au cours desquels il a pu faire entre autres la connaissance du peintre Léonide Pasternak et de Tolstoï. Mais le second voyage, aux côtés de Lou Andréas Salomé, signe la fin de l'histoire d'amour entre Rilke et cette dernière. C'est alors en août 1900, sur l'invitation d'un jeune peintre, Heinrich Vogeler, que Rilke décide de rejoindre un groupe d'artistes, à Worpswede, où il rencontrera bientôt Clara Westhoff qui deviendra sa femme et grâce à laquelle surtout il découvrira Auguste Rodin dont elle avait été l'élève. Au cours de cette période essentielle dans l'existence de Rilke, quelques premiers textes voient le jour, notamment Deux histoires pragroises, les deux premières parties du Livre d'heures, les Histoires du bon Dieu, mais également ce Chant de l'amour et de la mort du cornette Christophe Rilke, où l'on trouve déjà les images et les thèmes essentiels à l'oeuvre de Rilke, à la constitution de sa profonde vie intérieure. Un chant composé en une nuit, au cours de l'automne 1899, et qui connaîtra au fil du siècle un succès toujours grandissant. Un chant splendide et qui résonne comme un écho lointain, à la manière

  • et achevées dix ans plus tard en Suisse, en même temps que la rédaction des Sonnets à Orphée,
    constituent le chef-d'oeuvre poétique de Rilke. Dans ces poèmes, la mort n'est plus seulement le
    « fruit qui mûrit à l'intérieur de la vie », mais « la face cachée de l'existence - l'autre côté de la
    nature... ». Un chant nostalgique, une célébration de l'enfance, une méditation sur l'amour et la
    mort.
    Rainer Maria Rilke est né à Prague en 1875. Enfant, il est envoyé dans une école militaire
    (celle qui inspirera Les Désarrois de l'élève Törless à Musil). Sa vie sera jalonnée de rencontres
    essentielles - Lou Andréas Salomé, qui aura une influence décisive sur sa vocation poétique, Clara
    Westhoff avec qui il aura une fille et qui le présentera à Auguste Rodin, Baladine Klossowska, qui
    sera l'objet des fameuses Lettres à Merline - et de nombreux voyages : Russie, Allemagne, Italie,
    Scandinavie, Afrique du Nord, Espagne, Suisse... Atteint d'une leucémie aiguë, il meurt en 1926.
    Les Elégies sont proposées ici dans la traduction de Lorand Gaspar, lui-même poète, qui
    s'est attachée à faire entendre au plus juste la voix poétique de l'auteur. Les Sonnets sont
    proposés dans l'une des traductions historiques de Rilke en France, celle d'Armel Guerne.

  • Il est peu de pages sur la peinture de cézanne (sur la peinture tout court, peut-être) plus denses et plus justes que cet ensemble de lettres et fragments de lettres adressées par rilke à sa femme, le sculpteur clara westhoff, entre le 3 juin et le 4 novembre 1907, autour de la première rétrospective parisienne du peintre d'aix.

    Rien d'étonnant à cela. au moment oú rilke devait faire accepter à clara que chacun d'entre eux menât son combat de son côté, le plus grand exemple de cézanne, encore plus radicalement enfermé dans son travail que rodin, leur maître à tous deux, venait à point légitimer ce choix. plus profondément, en ce moment de sa vie oú le poète commencer à s'affermir, en cette année de 1907 dont l'été lui avait donné nombre de poèmes nouveaux, rilke pouvait voir dans les tableaux de cézanne le modèle le plus admirable de ces " choses d'art " objectives et " miraculeusement absorbées en elles-mêmes " auxquelles il tendait lui-même ; lui, le poète le plus exposé à voir, comme son narcisse, sa substance se diluer stérilement dans l'air.

    Ce volume constitue la traduction intégrale de l'édition préparée à insel verlag par h. w. petzet en 1983, à partir de celle réalisée sur le voeu et du vivant de clara rilke en 1952.

  • Ces lettres qui sont inédites, même en allemagne, n'ont été publiées que dans une édition restreinte en italie, pendant la dernière guerre.

    Rilke, âgé à l'époque d'une trentaine d'années, a été très amoureux d'une jeune vénitienne d'une grande beauté. ces lettres écrites en français entre 1907 et 1912, sont envoyées au cours de voyages incessants, aussi bien de paris que de capri, de brême ou du château de duino.
    Chez ce grand poète inquiet, en constant déplacement, on retrouve pourtant ses préoccupations permanentes, ses réflexions sur les poètes et surtout sur la poésie : " c'est effrayant de penser qu'il y ait tant de choses qui se font et se défont avec des mots, enfermés dans l'éternel à-peu-près de leur existence secondaire, indifférents à nos extrêmes besoins ; ils reculent au moment oú vous les saisissez, ils ont leur vie à eux et nous la nôtre.
    ".

empty