Livres en VO

  • «Les Lettres à un jeune poète sont tout autant des lettres écrites par un jeune poète - Rilke a vingt-sept ans lorsqu'il répond pour la première fois, trente-deux ans lorsqu'il écrit la dernière lettre publiée - à un jeune homme dont la figure précise reste dans l'ombre de sorte qu'il devient, pour ainsi dire, l'éponyme, moins d'un âge, que d'une période de la vie, définie par un type de dilemmes. La force de ces lettres et leur très vaste lectorat tient d'abord à ceci que ce qu'on lit dans les réponses de Rilke prend un tour quasi universel en même temps qu'il y a suffisamment d'indications particulières pour ancrer la personne de Franz Kappus dans une réalité individuelle. C'est que ce dernier traverse ce moment inévitable, mais irréductiblement singulier dans l'expérience, au cours duquel chacun s'efforce de "passer" vers le monde adulte et de parvenir à être enfin vraiment soi-même : "Ne vous laissez pas troubler dans votre solitude par le fait que quelque chose en vous cherche à s'en évader. C'est précisément ce désir qui, pourvu que vous en tiriez parti calmement, à la façon d'un outil, et sans vous laisser dominer par lui, peut vous aider à étendre votre solitude à de vastes domaines [...]. Mais l'apprentissage est toujours une période longue et close..." Par la suite, Kappus a voulu, avec beaucoup de justesse et d'exactitude dans la reconnaissance, rendre hommage à celui qui, à ce moment-là, lui a permis d'accomplir ce passage.» Marc B. de Launay.

  • Les Notes sur la mélodie des choses datent de 1898. A la lumière de ce que sera l'oeuvre de Rilke, c'est sa poésie même qui, ici, se cherche. Le livre, d'une grande beauté, annonce magistralement son art poétique. L'ouvrage traite de cette atmosphère qui pousse les êtres à sor tir de leur individualité, pour se rejoindre en un choeur mélodieux, summum de l'accomplissement en art. Un autel sur lequel brûle une flamme sacrée figure, pour l'auteur, cet accomplissement.Rainer Maria Rilke a 23 ans lorsqu'il écrit ses Notes. Il a rencontré Lou Andrea Salomé l'année précédente, à Munich, où il étudie la philosophie et l'histoire de l'art. On peut supposer qu'elle lui a longuement parlé de Nietzsche. On trouve dans ces Notes, l'influence implicite de la Naissance de la tragédie. La distinction premier-plan/arrière-fond, l'articulation entre solitude et communauté renvoient aux considérations nietzschéennes sur l'apollinien et le dionysiaque. Rilke, comme Nietzsche, appelle de ses voeux une réforme de la scène qui soit, du même coup, un bouleversement dans la culture et jusque dans la vie, et mette en rapport les opposés. Or l'art, jusqu'ici, n'a pas oeuvré en ce sens.La mélodie des choses ne quittera jamais Rainer Maria Rilke. L'extrême attention portée à la fois au tout proche et à l'immensité de l'ouvert sera, jusqu'à la fin, l'un des traits constants de sa poésie ; la solitude en sera l'élément vital. Ce sont ses poèmes qui dresseront vraiment le théâtre de la mélodie des choses.

  • « Devant le ciel de ma vie je me tiens Ignorant, m'étonnant. » Poèmes épars regroupe des poèmes de Rainer Maria Rilke, choisis et traduits par un autre grand poète et un immense traducteur, Philippe Jaccottet. Dans ses poèmes, Rilke évoque l'imperceptible et l'insaisissable, l'amour, la mort et les Dieux. Il nous apprend comment être résolument humain, à l'écoute de l'invisible, dans le souci de la vibration la plus secrète de notre nature. Né à Prague en 1875, Rainer Maria Rilke est l'un des plus grands poètes et écrivains de langue allemande du XXe siècle. Il est notamment l'auteur des Élégies de Duino et des Cahiers de Malte Laurids Brigge, disponibles en Points. Atteint d'une leucémie, il meurt en 1926.
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  • Écrits en 1922 à Muzot, dans le Valais, en « quelques jours de saisissement immédiat » et conjointement aux dernières Élégies de Duino, auxquelles ils sont jumelés, les Sonnets à Orphée, sont une oeuvre magistrale et cristalline de Rilke. Après des décennies de traductions diverses, ils n'ont pas perdu un iota, ou un électron, de leur magnétisme, de leur puissance dionysiaque. Rilke affirme « le chant est existence » et son chant perpétue, en effet, une vibration lyrique de l'existence et de la pensée.

  • élégies de Duino

    Rainer Maria Rilke

    En 1943, François-René Daillie rencontre Maurice Betz, l'un des grands traducteurs de Rilke, et entreprend lui-même ses premières traductions du poète. C'est en 1948 qu'il s'engage dans la traduction des Elégies...
    Voici donc le résultat de cinquante années de travail et de perfectionnements. Les dix Élégies n'ont jamais, à notre avis, atteint cette force poétique en version française. C'est à une lecture réellement nouvelle de ce chef-d'oeuvre que nous convie ce livre.

  • Chant éloigné

    Rainer Maria Rilke

    • Verdier
    • 1 Février 2007

    Une idée répandue a longtemps voulu que Rilke, familier des peintres et des sculpteurs, ait éprouvé pour la musique une forme de défiance allant jusqu'à la répulsion. La vérité est bien plus complexe, comme le prouve cette anthologie où sont réunis trente-cinq poèmes et fragments directement inspirés à Rilke par ses expériences musicales, de 1899 à sa mort. Rilke, en fait, n'a jamais cessé d'exhorter la musique à dialoguer avec le silence, et c'est la recherche d'une correspondance intime entre le son et l'espace qui mène, fil rouge à travers toute son oeuvre, jusqu'à l'arbre sonore dressé au premier vers des célèbres Sonnets à Orphée. Depuis la parution de la première édition de Chant éloigné, d'éminents compositeurs de notre temps, Philippe Fénelon (Quatrième quatuor avec voix, 1999) et Henri Dutilleux (Correspondances, 2004), ont mis en musique plusieurs des poèmes ici rassemblés, confirmant ainsi que la conception rilkéenne de la musique est plus actuelle que jamais.

  • Le Livre de la Pauvreté et de la Mort est constitué d'une suite d'une tren-taine de poèmes de longueur très inégale. Avec une force de révolte qui paraîtra moins dans les recueils de la maturité, Rilke oppose la vie moderne - la ville monstrueuse, le culte de l'argent, l'accumulation des déchets - à la vie spiri-tuelle, avide de solitude et de pauvreté, en dialogue avec la mort et avec Dieu.
    Partout présente dans cette grande invocation, la figure de François d'Assise, le Poverello, la figure par excellence du pauvre : « Ô toi qui sais, toi dont l'immense science / te vient de pauvreté, de trop de pauvreté : / fais qu'on ne chasse plus les pauvres / ni que le mépris les piétine. » Selon Lou Andréas-Salomé, la conception du livre, publié la même année que l'essai Sur Rodin (1903), est marquée par l'art du sculpteur : « La sombre puis-sance du dieu qui d'abord protège en son sein l'être naissant se dresse comme une sorte de gigantesque masse montagneuse où l'homme est enfermé. » En 1941 Arthur Adamov publie dans l'urgence dans la revue Fontaine, repliée à Alger, une adaptation très libre de ce texte avec une préface foudroyante : « J'ai le droit de dire de tous mes contemporains qu'ils ne sont que gonflés de leur propre vide, pourris d'amour-propre jusqu'à la putréfaction. » Ce qui est étonnant, c'est que cette version n'a cessé depuis d'être rééditée comme la traduction du Livre de la Pauvreté et de la Mort, même si elle ne comporte qu'une grosse moitié de l'original et ne vise pas aucunement à la fidélité.
    Le texte de Rilke est pourtant assez beau et fort pour être lu pour lui-même. Le mérite de la traduction de Jacques Legrand, depuis longtemps épuisée (1re édition Arfuyen, coll. « Ivoire », 1997), bilingue et commentée, est de permettre de lire enfin le vrai texte de Rilke. J. Legrand est l'un des meilleurs spécialistes de la poésie de Rilke, dont il fut le co-traducteur au Seuil.

  • « C'est à peine si nous sommes les collaborateurs de notre amour, et c'est par cela même qu'il restera au-dessus des dangers banaux. Tâchons de connaître ses lois, ses saisons, son rythme et la marche des constellations à travers son vaste ciel étoilé. » Rilke dessine à travers sa poésie amoureuse une géographie universelle de l'amour, des premiers regards échangés à la douleur de l'absence. Au-delà de l'expérience intime, à côté des grands poèmes métaphysiques où s'inscrit une métaphysique de l'amour, le poète s'adresse dans les poèmes réunis dans ce volume à la Bien- Aimée : femme multiple et unique, pensée (mais non rêvée), extrêmement proche et extrêmement lointaine en même temps, dans la fi gure de laquelle s'opère la transmutation du discours amoureux en discours poétique.

  • L'oeuvre de Rilke n'a cessé d'accompagner les éditions Arfuyen depuis leur création. De Rilke elles ont publié cinq ouvrages : Le Vent du retour, trad.
    Claude Vigée (1989, rééd. 2005) ; La Vie de Marie, trad.
    Claire Lucques (1989, rééd. 1992 et 2013) ; L'Amour de Madeleine (1992, rééd. 2000 et 2015) ; Le Livre de la Pauvreté et de la Mort, trad. Jacques Legrand (1997, rééd. 2016) ; « Donnez-nous des maîtres qui célèbrent l'Ici-Bas », lettres à Verhaeren suivies de la « Lettre du jeune travailleur », trad. Gérard Pfister (2006).
    L'oeuvre de Rilke est très vaste, la correspondance en constituant un des aspects majeurs et souvent méconnus. Car Rilke fascine par ses écrits autant que par sa vie bohème et itinérante, son amitié avec Rodin et Verhaeren, sa relation avec Lou Andreas Salomé (l'amie de Nietzsche et Freud), ou Baladine Klossowska (mère de Balthus et P. Klossowski). C'est dans son ensemble qu'il faut envisager l'oeuvre de Rilke.
    S'y ajoute que la vie de Rilke tout entière a été une quête spirituelle, hors des sentiers balisés, et que cette expérience lui a permis de devenir pour nombre de ses contemporains et aujourd'hui encore (qu'on pense aux fameuses Lettres à un jeune poète) un maître à penser et, plus encore, une sorte de gourou laïc.
    La traduction française et la présentation bilingue permettent d'avoir accès à la langue de Rilke, riche de néologismes et de tournures baroques, trop souvent gommées pour donner à lire un Rilke aisé et fluide, conforme aux canons du style français classique.

  • Le premier séjour de rilke à paris, en 1902, est un moment capital dans l'évolution du poète.
    Il a vingt-sept ans. jusque-là il avait toujours mené une vie plus ou moins préservée, or le monde qu'il découvre en cet automne 1902 le plonge dans un profond désarroi. c'est une période de " grand étonnement et d'effroi ", écrit-il à son amie lou andreas salomé. seul dans cette " ville souffrance ", il est confronté à un monde hanté par la présence de baudelaire, d'appâts et de périls dont on retrouve les échos dans les cahiers de malte laurids brigge ainsi éclairés d'une lumière nouvelle dont ce journal est le foyer.
    à paris il apprend à s'éloigner d'une poésie encore fortement marquée par le romantisme et le symbolisme. ce texte met ainsi à nu la charnière capitale dans la formation du poète qui emprunte les chemins arides de l'intériorité.

  • Était-il, cet élan, dans l'auto qui virait ? Ou bien dans le regard, où l'on prit et retint, pour les perdre à nouveau, les baroques figures d'anges qui se dressaient, parmi les campanules, dans la prairie, emplies de souvenirs, avant que le parc du château n'encerclât, clos, la course, et qu'il ne la frôlât, qu'il ne la recouvrît, la relâchant soudain : le portail était là, qui, comme s'il l'avait appelé, désormais contraignait à tourner le long front du bâti, après quoi l'on stoppa. Éclat d'un glissement sur la porte vitrée ; et par son ouverture jaillit un lévrier, qui porta ses flancs creux, comme il en descendait, contre le plat des marches. Ce sont ces « poèmes de l'oeil », de l'oeil posé sur les choses et les paysages, sur les monuments, sur les scènes d'intérieur, sur tout ce qui fait le monde sensible, que nous souhaitons [re]faire découvrir au lecteur français, dans une édition bilingue (actuellement la seule disponible sur le marché éditorial) et dans une traduction nouvelle qui cherche à rendre, avec toutes les difficultés de l'entreprise, la beauté du texte original.

  • Longtemps après sa disparition (en 1926), l'oeuvre de Rainer Maria RILKE reste toujours très vivante, parce qu'elle peut parler à chacun. Pardelà les différences de culture et de sensibilité. Si nous cherchons des réponses à nos questions les plus fortes, alors Rilke devient un vrai passeur : celui qui aide à montrer le chemin. Les Élégies de Duino et Les Sonnets à Orphée, qui représentent le centre de gravité de cette oeuvre, nous disent que l'existence est pleinement vécue si l'on accepte la mort, et qu'il faut aimer ce monde pour lequel nous sommes faits, malgré tout. Leçons de vie, ces grands poèmes se situent entre soleil et ombre, là où la lumière ne blesse pas les yeux, mais éclaire le coeur.

  • Frühe Geglückte, ihr Verwöhnten der Schöpfung, Höhenzüge, morgenrotliche Grate aller Erschaffung, - Pollen der blühenden Gottheit, Gelenke des Lichtes, Gänge, Treppen, Throne, Räume aus Wesen, Schilde aus Wonne, Tumulte stütmisch entzückten Gefühls aund plötzlich, einzeln, Spiegel : die die entströmte eigene Schönheit wiederschöpfen zurück in das eigene Antlitz.
    Perfections premières, enfants gâtés de la création, lignes de hauteurs, arêtes aux rougeurs d'aurore de tout le monde créé, - pollen de la divinité en fleur, articulations de lumière, couloirs, escaliers, trônes, espaces faits d'essence, boucliers de félicité, tumultes d'orageuse extase et soudain, isolés, miroirs, qui épanchent à flots leur propre beauté pour la reprendre ensuite dans leur propre visage.

  • Après les Sonnets à Orphée, parus en 2017, voici un recueil de poèmes choisis et traduits en rythmes et en rimes, en français et en anglais, par Claude Neuman. Dans sa présentation, celui-ci remarque que, à nouveau, l'être au monde, le Dasein, est le fil conduct?eur de ces errances énigmatiques, rêveuses, sensibles aussi, que le poète explore inlassablement. Cette confrontation au monde, à « la lourde terre en solitude sans fin », est une confrontation au mot, le geste primordial, et à son humble incertitude malgré et par-dessous sa dérélict?ion dans une langue chosifiée :
    J'en ai si peur, des mots des humains.
    Ils parlent de tout si distinct?ement :
    Et ceci a nom...
    Or c'est le temps qui emporte et raille la course circulaire de ces noms trop arrêtés :
    Et ça tourne, et ça vire, et ça n'a pas de but, et ça s'en va et vers sa fin ça file.
    Il dénie, érode, inverse les apparences :
    Ce qui dehors lentement se lève et s'appelle le jour nous est-il donc plus clair que la nuit ?
    Il nous renvoie à notre manque, notre incapacité, notre illusion comme seule approche insuffisante, impossible :
    Comment peut le lointain si proche paraître, et pourtant, ne point s'approcher ?
    Le poète, l'être aux mots, avoue son impuissance : « La terre, je crois, n'est autre que la nuit. » Il rend « au silence enfin, lui qui perd tout », « le monde [...] qui en chacun de nous tombe en débris. »

  • De même qu'Alban Berg treize ans plus tard dédiera son concerto pour violon « à la mémoire d'un ange », Rilke compose en 1922 - et comme d'un seul souffle en trois semaines - les 55 sonnets constitutifs des Sonnets à Orphée à la mémoire (comme « tombeau », écrit-il en sous-titre du cycle) de Véra Ouckama Knoop (1900-1919), jeune danseuse qu'il avait prise en affection et qu'il incarne dans la figure d'Eurydice, pour dire que, face à la mort, il n'est d'espoir que de re-vie. Cette dernière, seul le chant du poète archétypal - le chant d'Orphée -, permet de l'envisager, au sens premier du verbe : ainsi voit-on la rose refleurir chaque année ; ainsi la fleur coupée, languissante, recouvre-t-elle sa vigueur pour peu qu'on la dispose dans un vase et l'humecte ; ainsi le printemps se révèle-t-il riche de promesses au sortir de l'hiver ; ainsi l'eau des aqueducs longe-t-elle, vive et perpétuelle, les tombeaux pour alimenter la bouche volubile des fontaines. Une strophe parmi d'autres dans le recueil résume peut-être cet espoir et cette sérénité :
    Seul qui mangea avec les morts du pavot, leur pitance, saura des plus légers accords garder la souvenance.
    Comme si la mort seule nous unissait au chant. Comme si la mort seule en était l'origine.

  • Dans son nouvel ouvrage, Bert Danckaert, grande figure du monde de la photographie artistique internationale depuis les années 1990, explore de nouveaux horizons. On y trouve encore des murs, des coins de rues et des trottoirs, mais l'hermétisme et le minimalisme poussés à l'extrême ont laissé place à plus de folie, plus de vie.

    Horizon nous dévoile un photographe à l'apogée de sa carrière.

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