• L'homme au cheval blanc

    Théodor Storm

    • Sillage
    • 24 Octobre 2018

    Paru en 1888, L'Homme au cheval blanc est le dernier roman de Theodor Storm. Inspiré d'une ancienne légende germanique, teinté de fantastique, ce texte est largement considéré comme son chef-d'oeuvre.

    Hauke Haien, jeune homme d'une brillante intelligence, travailleur acharné mais sans fortune, parvient à obtenir la charge d'intendant des digues de sa ville natale, au bord de la mer du Nord. Monté sur un mystérieux cheval blanc, il parcourt inlassablement les digues à l'abri desquelles vivent sa famille et ses concitoyens ; malgré tout, sa propension à lancer des travaux jugés inutiles et dispendieux le rend impopulaire. Une grande crue pourrait cependant tout emporter...

  • Theodor Storm (1817-1888), écrivain le plus marquant de l'espace hanséatique (il annonce Thomas Mann), est le représentant majeur de la nouvelle, genre dans lequel l'Allemagne a affirmé sa suprématie depuis Goethe et Schiller. On lui doit une cinquantaine de récits dont Le Cavalier au cheval blanc (Der Schimmelreiter) qui lui a valu une réputation internationale.
    Les huit nouvelles qui composent ce recueil ont été publiées entre 1862 et 1881. Elles développent des thèmes sociaux (luttes contre les préjugés, condition des femmes...), abordent la question du destin individuel à travers l'hérédité, expriment souvent une angoisse existentielle proche de « l'inquiétante étrangeté » freudienne.
    L'art de Storm nouvelliste éclate dans le recours à la narration rétrospective qui fonde la psychologie sur la remémoration.

  • La nouvelle éponyme, Ceux d'en face, confronte deux manières de vivre, au sein d'une même classe sociale, à la différence de ce qui nous est présenté dans Laure, où l'héroïne était issue d'un milieu ouvrier, puisque son père était tailleur. Laure veut quitter son milieu pour se hisser à celui de la classe immédiatement supérieure, la petite bourgeoise. Ses efforts ne déboucheront que sur une tragédie.
    Dans Ceux d'en face, le docteur Christophe fait déjà partie de la bonne société, par son métier de médecin et ses multiples connaissances, sauf que son extérieur est très (trop) négligé. Au lieu d'accepter les convenances de sa classe, comme le fait au contraire son ami le secrétaire, il préfère la fréquentation des gens simples, ceux du port, où il est toujours le bienvenu. En revanche, chez « ceux d'en face », il n'est appelé que lorsque l'autre médecin, le médecin régional, est occupé ailleurs.
    Pourtant, au début, il ne se doute de rien, il croit que tout le monde est beau, bon et gentil. Surtout Sophie, la fille du maire, qui est en effet non seulement mignonne mais aussi serviable et altruiste. Quelques mots, une attitude bienveillante de sa part, et voilà le docteur Christophe amoureux. Sans réfléchir davantage, il s'imagine un monde, qu'il crée d'ailleurs de toutes pièces en aménageant la chambre et le salon où il vivrait bientôt avec sa Dulcinée, mais cet autre Don Quichotte enfermé dans un monde idéal, ce reiner Tor (ou pur Fou), ce Parcifal à la quête du Graal, retombera bien vite dans la triste réalité...
    Storm a pratiqué ici un étonnant changement des perspectives qui lui a permis, d'une part, de démasquer l'hypocrisie de la société du beau monde, et d'autre part d'éviter de tomber dans le piège du sentimentalisme.

  • Theodor Storm (1817-1888) compte parmi les poètes et prosateurs éminents de l'Allemagne du XIXe siècle. Il est l'auteur de 58 nouvelles par lesquelles il a largement contribué à l'essor de ce genre littéraire dans la production germanophone. Jean-Pierre Chassagne est Maître de Conférences en Etudes Germaniques à l'Université Jean Monnet de Saint-Etienne. En 1999, il a soutenu à l'Université Stendhal de Grenoble une thèse de doctorat intitulée Le scepticisme dans l'oeuvre narrative de Leo Perutr. Dans le cadre de ses recherches au sein du CELEC (Saint-Etienne) et du CLCE (Lyon II), il est l'auteur de plusieurs publications sur Leo Perutz, Ernst Weill, Richard Beer-Hofmann, Alfred Kubin, Alfred Kolleritsch, Johannes Urzidil, ainsi que sur la poésie de Georg Trald. Les principaux axes de sa recherche sont la crise identitaire, l'écriture mythique, le voyage immobile, la transgression, le mensonge, les figures et les formes de l'étrangeté. En outre, il a participé à la traduction française de Novembre 1918, Une révolution allemande, Kart & Rosa, d'Alfred Döblin (Editions Agone, 2008) en proposant une version française de trois poèmes de Stefan George.

  • "Hans Kirch restait assis à son pupitre, silencieux et immobile ; mais dans son cerveau les pensées l'assourdissaient. Son bateau, un grenier, tout ce qu'il avait mis des années à acquérir si durement remontait devant ses yeux et s'ajoutait à la somme colossale des efforts accomplis. Et c'est tout cela qu'il devrait abandonner à ce... Il n'acheva pas sa pensée. Sa tête était en feu, ses oreilles bourdonnaient.
    - Gueux ! cria-t-il soudain. Ce n'est pas comme cela que tu reviendras dans la maison de ton père ! "
    Dans une petite ville au bord de la mer Baltique, où, pour mériter les honneurs de la cité, les fils de famille se vouaient corps et âme au commerce et à la navigation, Hans Adam Kirch, d'origine modeste, s'était hissé au rang de propriétaire d'un véritable navire. Avec la femme qu'il épousa, il eut un fils, Heinz, que ses professeurs s'accordèrent à trouver brillant, quoique d'un tempérament fougueux. Ce que lui-même n'avait pas pu accomplir, pensait Hans, Heinz, lui, ne manquerait pas d'y parvenir...

empty