Belles Lettres

  • Pour Virginia Woolf, si les livres doivent tenir tout seuls sur leurs pieds, c'est qu'ils n'ont pas besoin de préface ou d'introduction pour exister. Heureusement qu'elle n'a pas suivi ses propres conseils ! Nous n'aurions pas eu la chance de lire ces 22 essais ou critiques qui nous montrent, entre autres, Thomas Hardy, Katherine Mansfield, Jane Austen, Thoreau ou Conrad, comme nous ne les avions jamais vus.
    Quelques mots suffisent à l'auteur de Mrs Dalloway pour définir Tchekhov : « s'il n'est pas au niveau des génies inspirés devant lesquels on s'incline, c'est parce qu'il est à notre niveau. » Et quelques phrases pour Defoe : « alors qu'il n'y a rien de métaphysique dans le récit par Daniel Defoe du séjour de Robinson Crusoé dans son île déserte, pourquoi réussit-il à en faire un chef d'oeuvre, alors qu'il n'y a pas de solitude, pas d'âme, qu'une chose à laquelle nous faisons face, un grand pot en terre cuite ? » Ces pages nous font découvrir également l'insolence de Virginia Woolf (lorsqu'elle plaide pour que la littérature ne soit pas réservée aux « gens en perruque et en robe » mais offerte à tous ceux qui « mettent l'accent au mauvais endroit » pour qu'ils « piétinent les pelouses vénérables »), ou son humour (« pour transposer aujourd'hui la légende d'Achille, imaginons Tennyson tué sur les marches de St Paul par un aigle - non c'est trop fantastique - imaginons-le tué par un taxi »).

  • Qu'est-ce qui distingue le journal qu'a tenu Virginia Woolf de tant d'autres journaux intimes ? On le lit comme un roman, car il est bien écrit. Comme un roman policier, car le suspense est là : année par année, on assiste en direct à la naissance de ses livres. À partir de quelques mots...
    Père, et Mère, et l'enfant dans le jardin : la mort. Presque rien. Une phalène pénètre dans la pièce. Ensuite, on l'accompagne dans la plus belle des aventures artistiques.
    Jusqu'au dénouement, Oh, quel soulagement, se réveiller et se dire : « j'ai terminé ». Comme dans une série, on est déçus que ça se termine et on a envie de vivre le prochain épisode. Heureusement il y en a. La Chambre de Jacob, Mrs Dalloway, Vers le Phare, Orlando... De plus on n'est jamais lassés car Virginia Woolf en dit beaucoup - et on a l'impression que c'est à nous, lecteurs, qu'elle le dit - sur elle, ses hésitations, sa confiance dans les mots, les bonheurs qu'elle sait nous faire partager, son angoisse au moment de la publication, qui la rend littéralement malade.
    Et en parallèle, elle a écrit des centaines de lettres où là encore, elle a inlassablement dévoilé les secrets de son travail. C'est le journal d'un écrivain et plus encore, le journal d'une vie. Qu'elle a poursuivi jusqu'au mot fin de cette vie. Tout mon travail d'écrivain se lit aussi comme un livre d'aventure.

  • Croisière est l'un des titres français qui a été donné à The Voyage Out, le premier roman de Virginia Woolf, publié au Royaume-Uni en 1915 par son demi-frère, l'éditeur Gerald Duckworth, puis aux États-Unis en 1920 par Doran.
    C'est un roman de satire sociale, l'un de ceux dans lequel Virginia Woolf montre le plus d'esprit. Rachel Vinrace, en s'embarquant pour l'Amérique du Sud, part à la découverte d'elle-même, dans une version moderne du voyage initiatique.
    En longeant les côtes du Portugal, le capitaine est contraint de prendre à son bord Richard et Clarissa Dalloway. Ce couple qui gravite dans les milieux les plus huppés impressionne Rachel, surtout séduite par l'assurance de Clarissa en qui elle voit une femme accomplie. Le vernis se fendille toutefois un peu quand Mr Dalloway tente de lui ravir un baiser.
    Les Dalloway quittent le navire à une escale. Rachel reste perplexe.
    Sa tante, Mrs. Ambrose, femme posée et intelligente et qui a pour sa nièce des attentions maternelles, s'aperçoit des émois de Rachel. Elle convainc le père de Rachel de la lui confier une fois arrivés en Amérique du Sud.
    Elle y possède une villa dans les montagnes dominant l'hôtel où les Européens descendent. Elle accorde à sa nièce une vaste chambre et des heures de tranquillité pour s'adonner à la lecture et à la musique. Mais c'est sans compter sur les jeunes gens qui montent de la vallée pour rendre visite à Rachel ou qui viennent à tout moment lui proposer de prendre le thé.
    Rachel fréquente ces riches oisifs, en majorité britanniques, dont l'activité principale se limite au commérage et à la médisance. Mais, peu aguerrie à ce jeu de société, elle accumule les déconvenues. Elle fait toutefois la rencontre de Terence Hewet et sent poindre en elle un sentiment amoureux timidement partagé. Sur ces entrefaites, pour secouer la monotonie des jours, une excursion est organisée sur le fleuve qui s'enfonce à l'intérieur des terres sauvages. Rachel et Terence sont du voyage. Au retour, la jeune fille tombe gravement malade.

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