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  • Laissez le vent souffler ; laissez le pavot se semer lui-même et l'oeillet s'accoupler avec le chou. Laissez l'hirondelle construire son nid dans le salon, le chardon jaillir du carrelage, le papillon profiter au soleil du tissu fané du fauteuil. Laissez les débris de verre et de porcelaine dormir sur le gazon, et qu'ils s'entortillent d'herbes et de ronces.
    Kew Gardens * Le temps passe * Une maison hantée * La Marque sur le mur * Lundi ou mardi * Un roman non écrit * Le Symbole * La Ville d'eau : huit nouvelles comme autant de facettes de Virginia Woolf, proposées ici dans une nouvelle traduction de Christine Jeanney.

  • Une pièce à soi

    Virginia Woolf

     "Mais, me direz-vous, nous vous avons demandé de parler des femmes et de la fiction - quel rapport cela a-t-il avec une pièce à soi ?" On est en octobre 1928, dans un vénérable collège de Cambridge (des collèges féminins). Celle qui parle est une femme de 46 ans, dans la plénitude de son art. L'année d'avant, elle a publié "La promenade au phare", et bientôt arrivera "Les vagues". Et pourtant, comment, dans la profondeur et la radicalité de cette pensée qui ici se dresse contre l'obscurité d'une société, ne pas avoir au fond de soi l'image de celle qui en 1941 se lestera sa robe de galets noirs pour se suicider dans la rivière Ouse, parce qu'il lui semble que c'est la seule échappatoire contre la folie ?
    C'est à cette plénitude et cette maîtrise d'une des plus hautes écrivains du monde anglophone d'une part, de la littérature du XXe siècle d'autre part, qu'il faut mesurer l'importance de cet essai qui fait littéralement trembler l'ordre occidental: une revendication toute modeste, une pièce pour soi toute seule, "A room of one's own", peut déplacer toute la balance des sexes, de la société, de la place faite aux artistes femmes, tout simplement qu'elles soient.  Longtemps connu sous le titre "Une chambre à soi", les premières traductions cassaient cette première revendication. Ici, où on croisera Marcel Proust aussi bien que Shakespeare et Jane Austen, c'est la langue qui bouge les mondes, et ouvre à la pensée neuve. Texte ébouissant, qu'il faut honorer comme littérature.  Entrée dans le domane public en 2012, ce travail redevient permis. Jean-Yves Cotté ne se contente pas de revisiter le rythme, la syntaxe, et tout ce qu'on a appris de Virginia Woolf, ou bien de ce qu'elle nous a appris. Cette reprise et recréation du texte est ici accompagnée d'un appareil de notes et commentaires qui se poursuivra aisément sur vos tablettes et liseuses.  "J'aime souvent les femmes. J'aime leur anticonformisme. J'aime leur complétude. J'aime leur anonymat..." Aucun de nous qui puisse se dispenser de suivre Virginia Woolf sur un chemin qui reste chaque jour à reprendre, à refaire.    FB

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