• Des vaisseaux et des hommes : la marine de Louis XV et Louis XVI Nouv.

    Actrice centrale de la croissance du royaume autant que des enjeux géopolitiques qui s'écrivent au XVIIIe siècle à l'échelle du monde, la marine est au coeur de cette synthèse unique réalisée par le grand spécialiste du sujet en France.

    Marine royale et marine de commerce françaises ne furent sans doute jamais aussi fortes qu'en 1789. La France maritime, et particulièrement la France des ports, est alors le moteur de la croissance du royaume. Or, à la suite des traités d'Utrecht (1713), le pays a perdu une partie de son empire colonial. En échange d'une paix sur mer de près de trente ans, le Régent puis le cardinal de Fleury ont sacrifié la marine de guerre. Directement victime des choix budgétaires et d'une politique continentale calamiteuse, elle s'effondre sous Louis XV. Par la victoire de la Chesapeake, cette marine donne pourtant leur indépendance aux États-Unis d'Amérique et permet ainsi un nouvel ordre européen.
    Par-delà le rôle indiscutable de grands ministres tels Maurepas, les Choiseul, Sartine ou Castries, Patrick Villiers restitue un siècle d'histoire d'une marine de guerre française encore trop méconnue. Il dresse le portrait de ces hommes et de leurs vaisseaux, de leurs combats et de leurs engagements, autant que de l'incompréhension dont ils firent l'objet de la part d'une société de cour tournée bien plus vers la terre que vers la mer.

  • Au printemps 1764, une jeune bergère est attaquée par une « bête ». Elle ne doit son salut qu'à ses boeufs qui chassent l'agresseur. S'ouvrent trois années de terreur pour l'une des régions les plus reculées d'Europe : le Gévaudan.
    Malgré la venue de chasseurs royaux et des battues incessantes, les victimes sont légion, tuées ou mutilées. Sur la Bête bien des hypothèses surgissent, jetant sur les événements plus d'obscurité que de lumière. Un mythe s'est élaboré, traversant les frontières du temps et de l'espace. Décryptant les réalités dont la Bête du Gévaudan est le révélateur, Jean-Marc Moriceau retrace l'histoire du drame et l'empreinte qu'il a laissée en un récit extrêmement vivant.

  • « [...] une fois ou deux je demandai à ce geôlier un peu d'eau chaude pour me laver. «Cela n'a pas le sens commun, m'avait-il répondu, rien ne peut vous sauver des mains du bourreau, et comme elles sont fort sales, vous n'avez pas besoin de vous laver». » Témoins privilégiés de la Révolution à Paris, toutes deux prisonnières ayant survécu à la Terreur, Louise-Emmanuelle de Châtillon, princesse de Tarente (1763-1814) et Grace Dalrymple Elliott (1758?-1823) fréquentèrent deux courants distincts de la noblesse française. La première, tout entière consacrée à sa charge de dame d'honneur de Marie-Antoinette, évolua dans une société de cour farouchement anti-orléaniste. La seconde, Écossaise et proche amie du duc d'Orléans, côtoya la faction de ceux qu'unissait une commune hostilité au régime et à la cour. À la fois complémentaires et d'une grande valeur documentaire, leurs témoignages saisissent par le climat incessant de peur, de flambées de violence, de menaces et de mesures expéditives dont ils se font l'écho.

  • L'aspect le plus original des Mémoires de la baronne d'Oberkirch réside sans doute dans le tableau fidèle qu'elle nous donne d'abord de la vie au XVIIIe siècle dans une province française au statut très particulier : l'Alsace, son pays natal.
    Elle nous raconte avec fraîcheur et esprit ses séjours à Strasbourg - le Strasbourg de Goethe et du cardinal de Rohan -, et ses visites à la cour de Montbéliard où la princesse Dorothée de Wurtemberg était son «amie de coeur». C'est pour retrouver celle-ci, devenue grande-duchesse de Russie et qui faisait en France un voyage semi-officiel avec son époux, que Madame d'Oberkirch se rend pour la première fois à Paris, en 1782. Elle rédige alors son journal qui est la partie la plus célèbre des Mémoires. Tous les historiens des moeurs avant la Révolution connaissent cette chronique savoureuse où défilent rois et princes, gens de lettres et magiciens, coiffeurs et modistes. Les anecdotes alternent avec les récits et les mots historiques. Comme elle le dit elle-même : «L'histoire se compose aussi de ces détails ; ils peignent l'époque».

  • Dans le sillage d'une des plus illustres expéditions maritimes de Brest jusqu'au tragique naufrage à Vanikoro au milieu de l'océan Pacifique sud.

    En 1785, Louis XVI lance sur les mers la plus formidable expédition scientifique de l'histoire de France, commandée par le comte de Lapérouse. Sur les frégates La Boussole et L'Astrolabe embarquent les meilleurs officiers, une dizaine de savants - astronomes, physiciens, naturalistes - et des artistes qui peindront paysages, animaux et plantes. C'est à cette « académie flottante », si caractéristique du Siècle des Lumières, que le lecteur est invité à se joindre. Escale après escale, le lecteur accompagnera les savants cartographier et inventorier le monde, faire des expériences de physique et de chimie au niveau de la mer comme au sommet des volcans et aussi vivre les premiers pas de l'anthropologie et de l'ethnologie. Durant plusieurs années, l'auteur, Bernard Jimenez s'est rendu précisément sur les lieux visités par l'expédition Lapérouse, afin d'ajouter aux sources historiques sa compréhension des lieux et des évènements qui s'y sont déroulés.
    Il a observé les fleurs étudiées par les botanistes du Jardin du roi, contemplé la même moue dubitative des statues de l'île de Pâques et aussi interrogé les descendants des « Naturels » qu'a rencontrés Lapérouse. Le Grand Voyage de Monsieur de Lapérouse prend ainsi une autre dimension. Le livre vous convie à ce voyage dans le sillage de l'expédition, à une époque où la soif de connaître et de comprendre le monde était immense. À une époque où il s'agissait, ni plus, ni moins, d'explorer la face cachée de la terre...

    Cette nouvelle édition s'accompagne de 16 pages inédites, riches de documents et d'éléments majeurs de l'expédition, notes et documents d'archives souvent inédits.

  • Initialement destiné à Madame du Barry, l'une des dernières favorites de Louis XV, le célèbre collier de diamants ne parvient pas à sa destinataire. Le roi meurt avant la fin de sa réalisation.
    Dépités, les joailliers mettent en vente le bijou d'exception, composé de près de 650 diamants et pesant 2 800 carats.
    Le 28 décembre 1784, Madame de La Motte, qui se présente comme une amie de la nouvelle reine Marie-Antoinette, se montre intéressée. Elle affirme aux joailliers qu'elle va intercéder auprès de sa maîtresse pour la convaincre d'acheter le bijou. Elle devra toutefois passer par un prête-nom.
    En quête de fonds pour mener ses guerres, le pouvoir royal ne peut se permettre de se porter officiellement acquéreur.
    D'autant que Marie-Antoinette a refusé l'achat du collier deux ans auparavant.
    C'est le début de l'Affaire du collier. Restant au plus près des faits historiques, l'auteur défend la thèse selon laquelle Madame de la Motte aurait abusé du Cardinal de Rohan, Grand aumônier de France en disgrâce auprès de Marie-Antoinette et qui a accepté de jouer les prête-noms.

  • En 1787, la Bounty, commandée par William Bligh, quitta l'Angleterre pour rapporter de Tahiti des plants d'arbre à pain. Plusieurs des marins avaient déjà navigué avec Bligh, dont Fletcher Christian. La Bounty ne remplit jamais sa mission ; sur le chemin du retour, le navire fut saisi par des mutins menés par Christian. Bligh, avec dix-neuf hommes loyaux, dut entreprendre un périple de plus de six mille kilomètres jusqu'à l'Indonésie. Christian laissa quinze hommes à Tahiti, et, accompagné de mutins et de Tahitiens, s'installa sur la petite île inhabitée de Pitcairn. Isolés, ils créèrent un mélange unique des cultures anglaise et polynésienne. La Bounty fascine, inspirant un poème de Lord Byron, une nouvelle de Jules Verne, deux films... À travers les textes de Bligh lui-même, de John Barrow, un homme de l'Amirauté, et de Rosalind Amelia Young, descendante des mutins, 'Un noir rocher au milieu des ondes' offre des perspectives intimes sur cette histoire insolite.

  • Comment saisir les vies oubliées, celles dont on ne sait rien ? Comment reconstituer au plus près l'atmosphère d'une époque, non pas à grands coups de pinceau, mais à partir des mille petits événements attrapés au plus près de la vie quotidienne, comme dans un tableau impressionniste ?
    Arlette Farge offre ici ce qu'on appelle les « déchets » ou les « reliquats » du chercheur : ces bribes d'archives déclarées inclassables dans les inventaires, délaissées parce que hors des préoccupations présentes de l'historien. Ce sont des instantanés qui révèlent la vie sociale, affective et politique du siècle des Lumières. Prêtres, policiers, femmes, ouvriers, domestiques, artisans s'y bousculent.
    De ces archives surgissent des images du corps au travail, de la peine, du soin, mais aussi des mouvements de révolte, des lettres d'amour, les mots du désir, de la violence ou de la compassion.
    Le bruit de la vague, expliquait Leibnitz, résulte des milliards de gouttelettes qui la constituent ; Arlette Farge immerge son lecteur dans l'intimité de ces vies oubliées. Une nouvelle manière de faire de l'histoire.

  • Le second volet de cette Chronique de la Cour et de la Ville commence le 5 janvier 1757, lorsque Louis XV échappe à un attentat. Il s'achève le 6 octobre 1789, quand le peuple parisien marche sur Versailles et contraint Louis XVI et Marie-Antoinette à s'installer dans la capitale.
    Entre ces deux dates, le monde a changé. La Ville l'emporte sur la Cour qui l'a trop longtemps ignorée. Alors que Versailles n'est plus que le sanctuaire de la monarchie et le foyer des intrigues, la société parisienne fermente jusqu'à l'implosion. Voltaire, Rousseau et Diderot achèvent leur oeuvre ; les salons se politisent ; Beaumarchais et Mirabeau dardent leurs flèches contre le régime. Paris se modernise ; les artistes français sont demandés dans toute l'Europe et les premières montgolfières prennent leur envol.

  • Le XVIIIe siècle Nouv.

    Le XVIIIe siècle

    Jérôme Hélie

    Le XVIIIe siècle, trop souvent réduit à l'expression de « siècle des Lumières », est finalement mal connu. Ce livre souhaite avant tout éclairer cette période et en montrer toutes les caractéristiques, dans une vision globale. En effet, s'il s'inscrit essentiellement dans un espace européen, l'ouvrage s'ouvre sur les autres mondes : Chine des Qing, Inde des Moghols, Afrique ou terres d'Islam. Cette période, riche en circulations et en échanges de toute sorte, marquée par de nombreux conflits à l'échelle internationale s'inscrit en effet pleinement dans le courant de l'« histoire connectée ».
    Commençant dès 1700, l'ouvrage resitue la période dans le prolongement d'un XVIIe siècle finissant, marqué par les guerres de Louis XIV, les révolutions scientifiques et intellectuelles ou la seconde Révolution d'Angleterre. Il se ferme sur la date symbolique de 1789, qui ouvre un autre, et majeur, pan de l'histoire.
    Par son approche politique et géo-politique, économique autant que culturelle, ce volume donne à voir et à comprendre ce que fut véritablement ce siècle charnière dans l'histoire de l'Europe et du monde.

  • Comment les huguenots ont-ils survécu, vécu et même prospéré dans le Paris du dix-huitième siècle, alors que la majorité de la population catholique était notoirement hostile au protestantisme? Pourquoi, à la fin de l'Ancien Régime, l'opinion publique était-elle très majoritairement favorable à l'octroi de droits plus grands aux protestants? Cet ouvrage étudie l'essor de la tolérance religieuse à Paris et retrace l'histoire des huguenots parisiens après la révocation de l'édit de Nantes en 1685 - une des décisions de Louis XIV sans doute les plus lourdes de conséquences pour la France. David Garrioch trouve les racines de cette transformation des attitudes à l'endroit de la minorité huguenote à la fois dans la manière dont elle sut résister à la persécution et dans le pragmatisme avec lequel le gouvernement décida d'y réagir, surtout après la mort de Louis XIV, mais aussi dans l'environnement tout à fait particulier qu'était alors la capitale française par rapport au reste du royaume. Ce livre permet surtout de comprendre l'évolution extraordinaire de la culture catholique qui se produisit au cours du siècle, dans le cadre de la transformation culturelle et intellectuelle que nous appelons les Lumières et qui bouleversa la France et l'Europe.

  • Madame de Staal-Delaunay, quoique de petite naissance, et qui n'était d'abord que Mademoiselle Delaunay, fut bientôt, avant d'épouser Monsieur de Staal, une des dames d'honneur les plus proches et les plus intimes de la duchesse du Maine. Nous sommes, par sa plume, à la cour de Sceaux, cour de beaux esprits, de vie brillante et de plaisir, caractéristique des premiers temps de la Régence. On y converse, on y reçoit - on y intrigue aussi, et la duchesse elle-même est à la tête du fameux complot. On conspire avec élégance : pour préparer une révolution de palais, faut-il cesser de s'amuser ? Madame de Staal-Delaunay eut une vie peu chargée d'événements personnels et elle ne parle guère d'elle-même. Mais elle parle de la duchesse et de son entourage et nous dépeint, vive et spirituelle, un monde brillant, futile, qui respire l'intelligence et le raffinement des sens et du coeur.

  • Pour le peuple de Paris la rue est, au XVIIIe siècle, un espace privilégié. Elle investit l'espace urbain tout entier d'une sociabilité multiforme et souvent agressive, elle envahit l'espace privé : l'atelier, le logement. Dans la rue, le travail, l'amour, la discussion, l'attroupement, le spectacle, la mort même. À travers les agendas du guet, les procès-verbaux et les rapports des commissaires de police, les récits des voyageurs étrangers et ceux des observateurs parisiens, Arlette Farge restitue le monde sonore, coloré, odorant du Paris populaire. Mais la rue, sa violence anonyme, son opacité font peur aussi : on entreprendra de régler et d'ouvrir l'espace urbain pour le contrôler mieux. Viendra le temps où le peuple descendra dans la rue où il aura cessé de vivre.

  • Dans quelles archives faut-il débusquer les rythmes quotidiens d'une société, avec ses tragédies et ses ferveurs collectives ou intimes ? Comment rendre compte de ce qui détermine hommes et femmes, patrons et ouvriers, princes et commis, à se lier, à se fâcher, à s'organiser ou à se révolter ? C'est à ces questions que répond Arlette Farge en prenant l'exemple de la société parisienne au xviiie siècle. Au travers des archives judiciaires, dans ce livre exubérant et grave, elle explore et met en lumière la portée symbolique du fait divers. On y rencontrera une vaste population d'artisans, de femmes séduites ou abandonnées, de revendeurs et de filous, d'enfants de la rue, de contremaîtres, de couples querelleurs aux prises avec tous les instants d'une « vie fragile ».

  • L'équipée de Varennes ne figure pas dans le canon des 'journées révolutionnaires' : ni foules anonymes en fureur, ni sang versé, ni exploits individuels, ni vaincus. À Varennes, un roi s'en est venu, un roi s'en est allé, avant de retrouver une capitale sans voix et une Assemblée nationale appliquée à gommer la portée de l'événement. Autant dire une journée blanche.
    Et pourtant, ce voyage apparemment sans conséquence fait basculer l'histoire révolutionnaire : il éteint dans les esprits et les coeurs l'image paternelle longtemps incarnée par Louis XVI ; met en scène le divorce entre la royauté et la nation ; ouvre inopinément un espace inédit à l'idée républicaine ; et, pour finir, projette la Révolution française dans l'inconnu.
    Le livre de Mona Ozouf reconstitue cette histoire à la fois énigmatique et rebattue. Il en éclaire les zones obscures, pénètre les intentions des acteurs et observe le démenti que leur inflige la fatalité ; avant d'interroger les lendemains politiques d'une crise qui contraint les révolutionnaires à 'réviser' la Révolution. Réapparaissent ainsi des questions aujourd'hui encore irrésolues : y a-t-il une politique distincte du roi et de la reine? Peut-on faire de Varennes l'origine de la Terreur? Quelle figure de république voit-on se dessiner dans le chaos des passions du jour?
    Ce moment tourmenté, écrit l'auteur, ouvre une vraie fracture dans l'histoire de France. Il allonge déjà sur le théâtre national l'ombre tragique de l'échafaud. Dix-huit mois avant la mort de Louis XVI, Varennes consomme l'extinction de la royauté.

  • Nous vivons une époque où les spectres de la terreur, qu'elle soit brune, rouge ou noire, ne cessent de nous submerger, de nous interroger sur le rôle de la terreur dans notre histoire. Les terreurs des deux guerres mondiales et des guerres coloniales, les terrorismes récents n'ont-ils pas bousculé nos sensibilités ?
    Jean-Clément Martin rappelle comment « la Terreur » a été inventée, en 1794, après la mort de Robespierre dans le but de le rendre responsable des violences commises et de clore la révolution populaire. Cette invention s'est imposée, pendant deux siècles, parce qu'elle satisfaisait le goût du macabre et du mélodrame, autant qu'une aspiration au sublime et à l'enthousiasme.
    Le débat sur la Terreur de la Révolution française continue, mais cette terreur n'est certainement plus notre contemporaine. Au moment où une autre ère commence, ce livre retrace deux cents ans de discussions, de représentations et de réflexions autour de cette légende politique qui a bâti notre conscience nationale.

  • Les idées reçues ont le cuir dur : la lettre de cachet, sous l'Ancien Régime, passe aujourd'hui encore pour l'exemple même du bon plaisir royal servant à enfermer nobles infidèles ou grands vassaux désobligeants. Symbole de l'arbitraire, elle serait un acte public cherchant à éliminer l'ennemi du pouvoir sans autre forme de procès - au point que l'histoire a fait d'elle le symbole de la prise de la Bastille.
    Mais de la mémoire se sont enfuies les innombrables lettres servant à tout autre chose qu'aux affaires d'État. Il ya celles pour affaire de police, instrument le plus simple pour enfermer discrètement et secrètement la forte tête qui crée du désordre dans l'atelier, mais aussi les prostituées, les voleurs à la tire, les filous ou les comédiens - tout un monde de migrants, mouvant, fugitif.
    Plus encore, il y a les lettres de famille, lorsque le comportement d'un conjoint ou d'un fils paraît troubler l'ordre intime dont la tranquillité participe à l'ordre public.
    Arlette Farge et Michel Foucault nous proposent une lecture différente des Archives de la Bastille : où l'on n'avait voulu voir que la colère du souverain, ils dévoilent les passions d'un menu peuple ; où l'on était obnubilé par l'ordre monarchique, ils discernent, entre parents et enfants, dans les disputes des ménages, la trame fine de la vie privée et le désordre des familles.

    Édition revue en 2014

  • Le voyage de Bougainville, de 1766 à 1769, constitue la première circumnavigation jamais réalisée dans un but uniquement scientifique. Une entreprise dont l'organisation doit à la personnalité exceptionnelle de Bougainville, qui, dès son adolescence, s'est découvert une vocation d'explorateur. Jeune officier, il se porte volontaire pour combattre au Canada, où il côtoie, fasciné, les tribus amérindiennes dont il se fait l'ethnographe. Quand Louis XV abandonne le Canada, Bougainville décide d'offrir à ses habitants français un nouveau territoire, aux îles Malouines, base pour la découverte du vaste continent dont on rêvait dans les hautes latitudes australes. Malheureusement, la couronne espagnole fait valoir ses droits et Bougainville doit quitter les Malouines. En compensation, le roi lui propose d'effectuer « un tour du monde » dont il pourra tirer un grand profit. Sur un fil conducteur de Dominique Le Brun, et à travers une documentation d'époque en partie inédite - journaux de route, lettres, Mémoires et récits de Bougainville, ainsi que de ses compagnons -, c'est cette extraordinaire épopée qui nous est racontée.

    Dominique Le Brun, auteur de nombreuses anthologies aux éditions Omnibus, a aussi publié une biographie de Bougainville.

  • Lorsque les foules emportent la Bastille le 14 juillet 1789, le sort de la « police despotique » paraît scellé. Au nom du roi, ses représentants ont enfermé des milliers de personnes. Ses espions et ses mouches sont devenus insupportables à une population en quête de liberté et de justice.
    Pourtant, la police de l'Ancien Régime ne se résume pas au seul contrôle du corps social et de l'opinion. Les archives attestent de la variété de ses tâches. Conçue comme un art de gouverner, elle régule l'approvisionnement en blés des villes, organise le travail et les échanges, veille à la santé et à l'hygiène des populations. Le XVIIIe siècle est, à bien des égards, une étape charnière au cours de laquelle la police se structure pour devenir une force incontournable de la puissance étatique.
    Fille de son siècle, perméable aux idées des Lumières, la police est aussi au coeur de nombreux débats, comme le contrôle des actes policiers par l'autorité judiciaire, la régulation de la presse ou encore l'intervention de la puissance publique dans l'économie.

    Sous la direction de Vincent Denis et Vincent Milliot, historiens, et d'Isabelle Foucher, responsable aux Archives nationales.

  • L'Europe est le grand chantier du XVIIIe siècle. Diplomates, militaires, étudiants, négociants, aristocrates et aventuriers sillonnent en tous sens l'espace européen.
    La correspondance et la presse tissent leur toile à travers le continent, se jouant des frontières et de la censure. En retraçant l'histoire des Lumières et non celle de quelques grands hommes, cet ouvrage montre la remarquable culture de la mobilité des élites de ce siècle et leur conscience européenne.
    Il analyse aussi les contradictions d'un temps écartelé entre le cosmopolitisme et l'émergence brutale du nationalisme, entre la fascination et la jalousie que suscite la France de Voltaire.

  • De la mort de Louis XIV, le 1er septembre 1715, à la veille de réunion de l'Assemblée des notables, en décembre 1786, la France connaît en apparence une des périodes les moins mouvementées de son histoire. Il est vrai cependant que la dernière décennie du règne de Louis XV, devenu Louis le mal aimé, se caractérise par une vigoureuse réaction absolutiste et que le gouvernement de Louis XVI semble, dès le début, peu armé pour affronter la crise financière et politique qui se déclenche au lendemain de la coûteuse guerre d'Amérique.

    Cette histoire politique de la France des Lumières ne vise pas à rapporter le xviiie siècle à 1789-1799, comme si tout, dès la Régence, conduisait inexorablement à la Révolution. Cette perspective déterministe biaise l'intelligence même du processus historique. Le titre du volume explique le but visé : montrer comment le système monarchique s'est nourri de la pensée des Lumières, même si les valeurs dominantes restent fondées sur l'esprit de corps, les préséances et le privilège.

  • On n'écrit plus guère sur la Terreur. Cet épisode central de la Révolution française, l'un des plus mystérieux et des plus controversés, n'a cessé de hanter notre histoire contemporaine. Il a prêté à des interprétations nombreuses, inconciliables, souvent polémiques, rarement impartiales. Aucune, à ce jour, n'a pu en épuiser le sens et la portée.
    Cet ouvrage veut éclairer l'histoire de la Terreur en interrogeant ses origines, ses ressorts, ses modalités et la rhétorique qui lui tenait lieu de légitimité. Il décrit ce que doit la violence révolutionnaire à l'héritage de l'Ancien Régime. Il tente d'élucider la relation complexe entre Terreur et violence, entre idéologie et Terreur. Il clôt le débat sur la part des circonstances dans la dérive terroriste de l'an II.
    Instrument de la politique révolutionnaire, la Terreur ne se laisse pas enfermer dans des bornes chronologiques, écrit Patrice Gueniffey. Elle fait irruption dans le discours comme dans les pratiques dès 1789 : elle apparaît avec la Révolution pour ne disparaître qu'avec elle. Pourtant, on ne peut confondre les deux histoires. C'est en montrant ce qui les sépare qu'on découvre leur secrète parenté.
    Livre d'histoire politique, attentif aux événements, aux idées, aux passions comme aux destins individuels, cet essai invite à relire l'histoire de la Terreur dans le langage serein de la vérité.

  • Galère, bagne, garde-chiourme, taulard. Le vocabulaire d'aujourd'hui garde la trace d'une histoire de plusieurs siècles censée s'achever en 1953 lorsque sont rapatriés les derniers forçats de Guyane.

    À partir de la fin du XVIIe siècle, partout en Europe les galères périclitent. En France, elles sont supprimées par un édit royal de 1748. Sont alors créés les bagnes portuaires : les trois plus importants (Toulon, Brest, Rochefort) abritant chacun entre 2 000 et 4 000 condamnés aux travaux forcés. Leur succèdent, un siècle plus tard, les bagnes coloniaux de Guyane et de Nouvelle-Calédonie.
    Dans cette même période du Second Empire et de la Troisième République, se développent les bagnes militaires de « Biribi » et les bagnes d'enfants et d'adolescents des maisons de correction et autres établissements pénitentiaires pour mineurs.
    Tout un système pénal qui disparaît progressivement au milieu du XXe siècle et dont demeure la mémoire fragmentée mais tenace de centaines de milliers de destins broyés par force légale.

  • Témoignant du basculement de la France et de l'Europe vers un nouveau monde, la guerre des camisards et la guerre de Vendée encadrent le XVIIIe siècle. La première est une révolte face à la volonté d'absolutisme de Louis XIV et deviendra a posteriori le symbole d'une lutte pour la liberté de conscience;la seconde est une révolte qui symbolise à la fois la Contre-Révolution et la marche forcée vers l'État-nation. Des protestants luttant pour garder leur liberté de culte sans contester la légitimité du pouvoir royal;des catholiques se battant pour préserver leur manière de pratiquer,en contestant le bien-fondé d'un nouveau régime qui les instrumentalise. Deux rapports à l'État mais la même incapacité de l'État d'appréhender la diversité.
    La mémoire de ces deux guerres est demeurée très vivace,non seulement dans les régions concernées,les Cévennes et la Vendée, mais également à l'échelle nationale voir internationale. Ce sont des récits fidèlement transmis, de génération en génération. Mais ce sont aussi deux mémoires façonnées par le temps et dont la perception a pu changer, parfois de manière radicale.
    À travers le récit des révoltes, ce livre à deux voix est une réflexion originale et limpide qui questionne le rapport à l'histoire et à sa mémoire, écrite, orale et picturale.

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